« C’est mon homme » ou le dilemme du désir

L’amnésie d’un soldat après la grande guerre sert de point de départ énigmatique à C’est mon homme, mélodrame douceâtre et trop classique de Guillaume Bureau.

C’est mon homme est un film résolument romantique où triomphe un certain idéal : celui de l’amour, de l’imaginaire plus fort que le vrai ; l’idéal du désir plus fort et peut-être plus vraisemblable que le réel.

Deux femmes, Leila Bekhti (profondément attachante) et Louise Bourgoin (élégamment digne) prétendent toutes deux reconnaître leur mari (Karim Leklou hagard) en la personne d’un soldat blessé, revenu de la guerre de 14/18 amnésique.

À partir de cet argument solide de scénario, Guillaume Bureau tente de créer un suspense : qui des deux femmes ment, l’intéressé va-t-il reconnaître l’une ou l’autre de manière décisoire ? Et quels sont les indices qui vont nous permettre de trancher, nous spectateurs ou le médecin (Guislain de Fonclare) en charge du blessé ?

Le long-métrage propose une mise en scène un peu trop sage et lisse, surlignée d’une musique illustratrice, pour ce récit qui eût pu être traité dans le vertige d’une mémoire manquante ou affabulatrice, dans la tête du soldat amnésique. Même si Karim Leklou offre ici un visage glabre et presque méconnu de sa filmographie, le film ne se passe pas depuis sa mémoire délabrée. Et au demeurant l’est-elle vraiment ? Nous ne le saurons qu’à demi. Car c’est cela la tonalité feutrée et romanesque du film : la demi-teinte.

Guillaume Bureau s’en tient à une facture classique qu’il peaufine jusqu’à  réserver à chacune des prétendantes (Leïla Bekhti et Louise Bourgoin) presque le même temps à l’image et dans l’histoire pour se ré-acclimater avec ce mari prétendu et reconstituer la mémoire de leur rencontre.

Le film souffre de cette symétrie trop forcée où chacune des femmes bénéficie de la même durée pour prouver qu’elle est bien l’amoureuse, la femme aimante. La seconde partie sent trop l’artifice de la reconstitution, le toc du faux et toute la délicatesse du jeu de Louise Bourgoin ne parvient guère à la rendre crédible.

Il est beau néanmoins de voir dans la 1ère partie Leila Bekhti reconstituer les souvenirs de sa propre vie désirée ou fantasmée avec ce mari revenu de la grande guerre.

Pour ne point divulgacher le suspense, allez voir  C’est mon homme pour les questionnements qu’il suscite.

La beauté du film réside dans les incertitudes qu’il fait émerger : à quoi tiennent nos choix de vie ? L’ardeur d’un désir suffit elle à déterminer nos identités ? 

Et surtout quel que soit le réel des faits juridiques, peut-on se choisir libre et vivre mille vies ? 

Si vous voulez agréablement vous plonger dans ces questions, allez voir C’est mon homme. C’est aussi la fonction du cinéma que d’apprendre à mieux nous connaitre et ouvrir la réflexion.

Bande-annonce : C’est mon homme

Fiche Technique : C’est mon homme

Réalisation : Guillaume Bureau
Scénario : Guillaume Bureau, en collaboration de Robin Campillo et Pierre Chosson
Avec Leïla Bekhti, Karim Leklou, Louise Bourgoin…
Musique : Romain Trouillet
Décors : Catherine Jarrier-Prieur
Costumes : Nathalie Raoul
Photographie : Colin Lévêque
Montage : Nicolas Desmaison
Son : Thomas Grimm-Landsberg
Production : Caroline Bonmarchand
Coproduction : Jean-Yves Roubin et Cassandre Warnauts
Production déléguée : Xenia Sulyma
Sociétés de production : Avenue B Productions ; Frakas Productions et RTBF (coproductions)
Société de distribution : BAC Films

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Festival

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