Quand Guillermo Del Toro conte Pinocchio

Il est coutume dans le cinéma de Guillermo Del Toro d’avoir des histoires teintées de beauté et de noirceur. Ceci dit, avec l’oeuvre de Carlo Collodi, le créateur de La forme de l’eau parcourt la voix de l’innocence avec une sensibilité et une douceur nouvelles. Un triomphe certes mais plus encore.

L’enfance est un thème des plus élémentaires dans le cinéma du cinéaste mexicain, tant dans ses réalisations que dans ses productions. De L’Echine du Diable au Labyrinthe de Pan en passant par L’Orphelinat ou Mama pour les productions, le point de vue enfantin sur les monstruosités environnantes contrebalance l’obscurité par la candeur. Ici pas de créatures d’outre-tombe ou de fantômes mais l’horreur de la guerre, de la cruauté humaine et du deuil.

Il est bon de rappeler une fois encore qu’il ne s’agit pas d’une énième relecture que l’on connaîtrait par coeur mais plutôt de revisiter, d’inventer et d’innover sur des thématiques fidèles au réalisateur.

Avec Pinocchio, Guillermo Del Toro a pris soin de travailler son imaginaire au lieu d’illustrer mot pour mot ce qui a déjà été fait. A partir de là, le cinéaste plonge le conte dans une Italie fasciste, sombre, où le deuil est omniprésent tout au long de l’histoire, de la première à la dernière pomme de pin. Une façon bien singulière et propre au réalisateur de donner vie aux tribulations du pantin de bois. L’ajout de la stop-motion (qui est d’une esthétique juste sublime) rajoute à cette singularité, comme une empreinte visuelle qui accompagnerait l’imaginaire des petits et des grands à l’instar des illustrations de vieux livres de contes.

Il y a de la beauté dans la mort

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Au-delà de l’histoire elle-même, l’œuvre est un véritable poème sur la mort, taillée au travers du regard d’un enfant pour diriger l’ensemble avec une ombre bercée par la légèreté de l’innocence. Même quand l’au-delà se présente, l’esthétique est douce et le décor surnaturel s’installe comme la représentation onirique d’un rendez-vous avec la mort. Des grains de sable plus bleus que la nuit, une chimère funeste mais semblable à une amie et le temps qui s’écoule, telle est l’incarnation de la mort qui au final ne demande rien d’autre que d’être un hymne à la vie.

Il y a une certaine fragilité dans le petit garçon de bois de Del Toro. Dégingandé et totalement insouciant par son jeune esprit, le pantin est plus humain que les humains eux-mêmes. Entre tendresse et désobéissance, l’enfance si bien représentée par le personnage de Pinocchio sera mis à dure épreuve dans cette ère fasciste et encline à la remise en question, à l’incompréhension des lois et des poids de la vie comme avec cette notion de fardeau que l’enfant de pin assimilera comme une tristesse à effacer par un sacrifice d’amour. Car ici il est aussi question de ça, de l’amour d’un fils pour son père et de l’amour d’un père pour ce nouveau fils quitte à abandonner l’emprunte laissée par le premier.

Il a fallu attendre 15 ans pour découvrir cette virtuose version du mythe de Collodi, doré d’une véritable texture, d’une sensibilité et d’une atmosphère tactile, propre à l’image du réalisateur qui se dégage dans tous les aspects de la réalisation. Guillermo Del Toro offre le plus idéal des films de fin d’année en sonnant les valeurs fondamentales de la période de Noël à savoir cette notion d’identité, l’idée de rester soi même, d’être aimé pour ce que l’on est, et l’importance de la famille. Une croyance essentielle et importante pour le créateur du Cabinet des curiosités qui fera de Pinocchio un véritable chef d’œuvre du cinéma d’animation et restera pendant longtemps dans les cœurs du plus petit au plus grand des cinéphiles.

Bande annonce – Pinocchio

Fiche technique

  • Réalisation : Guillermo Del Toro et Mark Gustafson
  • Distribution : Gregory Mann, Ewan McGregor, David Bradley, Tilda Swinton, Christoph Waltz, Cate Blanchett,…
  • Scénario : Guillermo Del Toro et Patrick McHale d’après Les aventures de Pinocchio de Carlo Collodi
  • Décors : Samantha Levy et Laura Savage
  • Direction artistique : Andy Berry et Robert DeSue
  • Photographie : Frank Passingham
  • Musique : Alexandre Desplat
  • Sociétés de production : Netflix, ShadowMachine
  • Genre : animation, fantaisie
  • Durée : 114 min
  • France – 09 décembre 2022

Festival

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Charlotte Quenardel
Charlotte Quenardelhttps://www.lemagducine.fr/
Mordue de ciné depuis mes jeunes années, allant de The Thing à Moulin Rouge, Lost Highway ou encore To Have and Have Not, je m'investis à nourrir cet hétéroclisme cinématographique en espérant qu'il me nourrisse à son tour. Et peut-être qu'en passant, je peux en happer un ou deux sur ma route. Après tout, comme disait Godard : “Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d’autre chose ? Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout.”

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