Coup de théâtre : Tom George a perdu sa partie de Cluedo

Dans Coup de théâtre, Tom George nous embarque dans le Londres des fifties pour élucider le meurtre d’un producteur de cinéma. Dans ce film de métafiction, le réalisateur a voulu s’amuser des codes du genre policier. Un projet audacieux qui reste malheureusement décevant.

Synopsis : Londres, années 50. La pièce de théâtre adaptée de La Souricière d’Agatha Christie remporte un succès tel qu’on veut la porter sur grand écran. Le projet est interrompu par le meurtre du réalisateur hollywoodien qui préparait le scénario. On confie l’enquête à l’inspecteur Stoppard, du genre blasé et désabusé, et à l’agent Stalker, une policière débutante aussi gaffeuse que zélée.

Un concept audacieux mais qui ne prend pas

Avec son Coup de théâtre, Tom George ambitionne de décrypter les codes du genre policier dans une démarche de métafiction. Tout le long de l’intrigue, la voix-off et les personnages n’hésitent pas à railler les mécanismes omniprésents des romans d’Agatha Christie au magistral A Couteaux Tirés réalisé par Rian Johnson en 2019.

Le concept est plutôt séduisant tant pour les cinéphiles que pour les amateurs d’intrigues policières. Un problème cependant. Si l’idée est bonne, l’exécution laisse à désirer. A force de moquer les codes du murder mystery, le Coup de théâtre finit par donner l’impression qu’il ne se prend pas lui-même au sérieux.

Dans une scène, un personnage explique qu’un film policier qui a recours aux flashbacks est un mauvais film. La séquence suivante nous plonge précisément une semaine dans le passé. Le même personnage critique ensuite le recours incessant aux ellipses. Un message « Trois semaines plus tard » s’affiche à l’écran. Les gags de ce genre s’enchaînent et se ressemblent. Le second degré ne permet pas une véritable analyse du genre policier. Il manque souvent de subtilité et finit par se faire lourd. C’est d’autant plus dommage que l’idée de départ était réellement intéressante.

En définitive, la déconstruction du genre « murder mystery » donne au film un côté brouillon. L’intrigue policière requiert une forme de rigueur. Les indices, les personnages et le motif sont comme les pièces d’un puzzle. Ils doivent s’assembler presque naturellement pour la révélation finale. Ici, le dénouement (que nous ne révèlerons évidemment pas) est original mais pas suffisamment bien amené. Si Tom Georges trouve le moyen de faire intervenir Agatha Christie elle-même, ce personnage drôle et intéressant n’est malheureusement esquissé que de manière expéditive.

Des personnages décevants

Le casting de Coup de théâtre est plutôt impressionnant. Avec Sam Rockwell (oscarisé en 2018), Saoirse Ronan ou encore Adrien Brody (oscarisé en 2003), l’affiche a de quoi allécher le spectateur. Mais le résultat ne suit pas.

S’il n’y a rien à redire du jeu des acteurs, les personnages qu’ils incarnent sont tristement stéréotypés. L’inspecteur Stoppard est un policier alcoolique et dépité par la vie comme on en a déjà vu des dizaines dans des livres, des séries ou des films policiers. Le personnage de Mervyn Cocker-Norris n’est qu’une caricature inintéressante et poussive d’auteur homosexuel et efféminé.

Le plus décevant reste l’agent Stalker. Cette policière débutante a quelque chose d’attachant mais reste caricaturale dans son rôle d’ingénue maladroite et zélée. Dans le Londres des années 50, ce personnage de femme déterminée à se faire une place dans un monde d’hommes aurait pu être très intéressant. Le scénario ne l’explore pourtant que superficiellement.

Un film pas désagréable pour autant

Avec de bonnes idées et un fort potentiel non-exploités, Coup de théâtre est un film plutôt décevant. Pour autant, il serait abusif de dire que le spectateur passe un très mauvais moment face au grand écran.

L’humour « pieds dans le plat » et l’intrigue un peu chaotique donnent un côté burlesque pas désagréable au film. Certains gags fonctionnent réellement et nous embarquent dans un voyage déjanté vers le Londres des fifties.

Tom George joue sur les costumes, les décors, les lumières et les couleurs. Il nous offre une belle parenthèse rétro en plein âge d’or du roman policier. Certains plans tout particulièrement réussis se démarquent. On peut citer le passage où des voitures filent à travers la campagne anglaise enneigée sous le clair de lune ou encore la scène de meurtre avec ses mouvements de caméra dynamiques et audacieux.

S’il échoue à nous faire réfléchir sur le genre policier et à nous offrir une intrigue solide, Coup de théâtre a le mérite non négligeable de nous faire voyager et rire un peu. Néanmoins, si vous êtes à la recherche d’un murder mystery impeccablement ficelé, privilégiez peut-être d’autres films du genre mieux exécutés.

Bande-annonce – Coup de théâtre

Fiche technique – Coup de théâtre

Titre original : See How They Run

Réalisation : Tom George
Scénario : Mark Chappell
Interprétation : Sam Rockwell, Saoirse Ronan, Leo Köpernick
Musique : Daniel Pemberton
Direction artistique : John Reid
Décors : Amanda McArthur
Costumes : Odile Dicks-Mireaux
Photographie : Jamie Ramsay
Montage : Gary Dollner et Peter Lambert
Production : Gina Carter et Damian Jones
Production déléguée : Katie Goodson et Richard Ruiz
Société de production : DJ Films
Distributeur : Searchlight Pictures
Durée : 98 minutes
Genre : comédie policière
Date de sortie : 14 septembre 2022
Etats-Unis – 2022

Auteur : Maxime D

2

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Toy Story 5 tire la corde vers l’infini et au-delà

"Toy Story 5" déçoit malgré une belle animation. Woody trahit sa fin du quatrième opus, Buzz reste secondaire et c'est Jessie qui porte tout le poids émotionnel du film. Un scénario qui ne décolle jamais, des décors paresseux... Disney a-t-il fini par essorer sa propre saga ?

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.

Toy Story 5 tire la corde vers l’infini et au-delà

"Toy Story 5" déçoit malgré une belle animation. Woody trahit sa fin du quatrième opus, Buzz reste secondaire et c'est Jessie qui porte tout le poids émotionnel du film. Un scénario qui ne décolle jamais, des décors paresseux... Disney a-t-il fini par essorer sa propre saga ?

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.