Don’t Worry Darling d’Olivia Wilde : Alice In Chains…

Après un passage mouvementé à la Mostra et une promotion tout autant chaotique, Don’t Worry Darling arrive enfin sur les écrans avec pour but avoué de recentrer les débats autour de questions purement cinématographiques. Et c’est tant mieux, car si la copie finale laisse poindre quelques (grosses) maladresses dans l’écriture, elle confirme surtout le talent de mise en scène d’Olivia Wilde qui signe ici un solide divertissement à l’insidieuse beauté.

Pour quiconque s’étant intéressé à l’actualité cinéma des dernières semaines, le cas de Don’t Worry Darling demeure il faut bien le dire un sacré numéro. Un casting glamour qui s’écharpe, une star qui louvoie sur le tapis rouge, mais zappe les formalités médiatiques & une promo désastreuse auront autant suscité la curiosité que la pure inquiétude à l’égard de la 2e mouture signée Olivia Wilde (Booksmart). Si bien qu’à mesure que les lumières s’éteignent, on se retrouve à se demander si notre excitation tient finalement au scandale apparemment tapi derrière son esthétique de carte postale rétro ou à la dose de cinéma que sa rutilante BA laissait présager.

Et du cinéma, heureusement, il y en a. Beaucoup. Sans doute assez d’ailleurs pour savoir dès les premières minutes qu’Olivia Wilde a mûri en tant que metteur en scène. Exit en effet la promiscuité du duo d’adolescente de Booksmart et son cadre estudiantin (sans doute plus propice à un premier film) et place à l’ambitieuse dépiction de tout un quartier.

Ce quartier, c’est Victory, une bourgade des 50’s calée en plein désert dans laquelle on suit le quotidien d’Alice, une housewife qui aux premières lueurs de l’aube entame une drôle de chorégraphie : shopping entre amies, tâches ménagères, bain de soleil & préparation de petits plats pour son homme. Une routine bien huilée qu’elle ne tarde pourtant pas à remettre en cause, suite à une série d’événements qui vont progressivement craqueler le vernis un peu trop idyllique de son monde. Un monde qu’étonnamment, elle est bien la seule à contester parmi ses amies au sourire Colgate de façade qui cachent surtout une grande passivité. Avec ça, on tient la première thématique importante mais hautement paradoxale essaimée par le récit : Alice n’est pas vraiment une héroïne d’action. Puisque si l’on se réfère à la définition, un héros est celui qui prend des décisions. Ici, Alice va certes remettre en cause son monde, non sans difficultés, mais suite à des circonstances indépendantes de sa volonté.

Autant dire une belle contradiction vu le caractère profondément féministe revendiqué par le film, mais qui tient surtout à la maladresse initiale du scénario. Ce dernier doit en effet, pour maintenir une certaine tenue, se livrer à un numéro de funambule assez tarabiscoté où chaque révélation doit être amenée au bon moment, sous peine de voir tout l’édifice s’effondrer. Une gageure qui s’avère sur le long terme certes handicapante tant elle réduit à néant les rares surprises émaillant le récit (en atteste sa GRANDE révélation qui sera aisément devinable au bout de 20 minutes) ; mais paradoxalement intéressante tant elle révèle un des autres thèmes sous-jacents de l’ensemble : le paradoxe. Car dans sa représentation d’une American Way Of Life idyllique, Olivia Wilde fait plus que convoquer l’image d’Épinal que l’on se fait de cette décennie des 50’s baignant dans l’insouciance et le soleil. Elle amène, via ses images léchées (merci à Matthew Libatique) à se questionner sur le poids et le sens de ces images et notamment celles qui en occupent le plus à l’écran : les femmes.

Comment en effet réussir à conjuguer la figure de femme libre qu’arbore le personnage d’Alice & son contrepoids d’objet de désir qui était l’apanage des publicités de jadis ? Comment incarner ce symbole de révolution dans une imagerie qui renvoie à ce point à l’image d’une Amérique patriarcale et blanche ? Tel est le credo de ce Don’t Worry Darling qui entend ainsi faire dialoguer les 2 approches via le truchement d’une satire si diablement bien emballée qu’elle en vaut à elle seule le détour. Alors, si en plus tu l’agrémentes d’une Florence Pugh qui continue de prouver d’année en année son talent, d’une composition de John Powell sacrément audacieuse et d’une esthétique si léchée que tu as envie de traverser l’écran, c’est le jackpot.

Thriller psychologique ? Drame du gaslighting ? Ou puissant récit d’émancipation ? Don’t Worry Darling ne s’embarrasse pas à choisir et c’est tant mieux, car avec ses multiples casquettes, il gagne en efficacité ce qu’il perd (un peu) en rigueur d’écriture. En résulte cela dit un solide divertissement qui laisse (encore) la part belle à une Florence Pugh des grands soirs.

Don’t Worry Darling : Bande-annonce :

Don’t Worry Darling : Fiche Technique

Réalisation : Olivia Wilde
Scénario : Katie Silberman, Carey et Shane Van Dyke
Casting : Florence Pugh, Harry Styles, Chris Pine, Gemma Chan, Olivia Wilde, Nick Kroll, Kiki Layne
Photographie : Matthew Libatique
Musique : John Powell
Production : New Line
Distribution : Warner Bros
Durée : 2h02
Genre : Drame/Thriller
Etats-Unis – 2022

Festival

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Antoine Delassus
Antoine Delassushttps://www.lemagducine.fr/
J'ai une profonde admiration pour les sushis, James Bond, Leonardo DiCaprio, Apocalypse Now, Zodiac, les bons films et le ski. Pas forcément dans cet ordre. Et à ceux pouvant critiquer un certain amateurisme, je leur répondrais simplement que l'Arche de Noé a été fabriqué par des amateurs et le Titanic par des professionnels.

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