Esther 2 Les origines : C’est la hess(ther)

Esther 2. Vous l’attendiez ? Non ? C’est normal. Le premier opus tenait, jusqu’ici, l’exploit rarissime dans le cinéma d’horreur d’être un film unique. Oui, dans une industrie ou le moindre détail caché dans le décors peut faire l’objet d’un spin-off ou d’un préquel, c’est suffisamment rare pour le souligner. Il faut dire que le projet de Jaume Collet-Serra en 2009 en avait étonné plus d’un. C’est près de 13 ans plus tard qu’un bonhomme s’est dit qu’il fallait faire un prequel, avec l’actrice originale, sans effet numérique. Mais pourquoi personne ne lui a dit que c’était une mauvaise idée ? 

Synopsis d’Esther 2, Les origines : Esther revient ! La saga terrifiante se poursuit dans cette préquelle palpitante. Après avoir orchestré une brillante évasion d’un établissement psychiatrique, Esther se rend en Amérique en se faisant passer pour la fille disparue d’une famille aisée. Mais, face à une mère prête à tout pour protéger sa famille, son plan va prendre une tournure inattendue. Il vous reste beaucoup de choses à découvrir sur Esther…

Imaginons l’une des premières réunions du film entre un réalisateur talentueux (R) et les producteurs (P) d’Esther 2 à propos du long-métrage : 

P : James, félicitations ! Tu es officiellement le réalisateur d’Esther 2 !

R : Ah, super ! En revanche, j’ai quelques questions concernant la qualité du scénario. Il faudrait en modifier pas mal d’aspects.

P : Le scénario est parfait, c’est nous qui l’avons écrit. Esther premier du nom est un film culte. Nous avons parfaitement respecté l’ADN de l’histoire et du personnage. Tu ne trouves pas ?

R : Ben, dans les grandes lignes, si. Mais, quel est l’objectif de faire un prequel ? À la fin du premier opus, nous savons déja tout ce qu’il y a à savoir… Je veux dire, quel est l’interêt de cette histoire ?

P : De raconter comment elle bascule dans la folie et devient une tueuse !

R : Mais elle est tarée dès le début du film… Qui de saint d’esprit irait s’évader d’un asile psychiatrique pour prendre la vie d’une enfant disparue ?

P : C’est pas le sujet! Nous voulons raconter les événements décrits dans le premier film, tout en surprenant le spectateur. Tu penses quoi du twist ?

R : Il est vraiment chouette, pour le coup ! Mais il en faudrait plusieurs pour que ça fonctionne bien. Le film part dans une autre direction que le premier, c’est bien. Mais pour moi, ça ne suffit pas. Le scénario insiste trop sur l’affrontement entre Esther et les personnages. On sent trop que c’est une suite pour une suite où elle tue tout le monde. J’aimerai un film plus profond. Esther remplit nettement plus les codes du thriller que du film d’horreur. C’est de cet ADN-là qu’il faut se servir.

P : C’est un film d’horreur sur fond de psychologie. N’hésite pas à jouer avec les couleurs, le gris. Vas-y à fond avec les flous, pour accentuer la folie d’Esther.

R : Ouais, enfin, mollo sur les flous. Si c’est mal utilisé, ça peut très vite rendre mal à l’écran.

P : Non, vas-y à fond.

R : Puis, attendez, il faut qu’on la trouve, notre Esther. Isabelle Fuhrman avait mis la barre très haut pour le rôle.

P : Mais de quoi tu parles ?

R : Ben, de l’actrice  qui va la remplacer.

P : Personne ne la remplace. Elle reprend son rôle. Et toi, ton challenge en tant que réalisateur, ce sera de trouver des subterfuges pour rendre ça crédible.

R : Wouah… Ok. Intéressant. Avec les effets numériques, ça devrait le faire.

P : Pas de ça. Utilise des trucages naturels, joue avec la perspective, les plans, filme-la en plan rapproché.

R : Mais enfin, Isabelle à vingt-cinq ans! Elle n’en a plus 9. Je pourrai sans aucun problème jouer avec sa taille, mais je ne peux pas rajeunir une femme pour qu’elle ressemble à une gamine de neuf ans ! Ça va se voir immédiatement. Les traits ne sont pas les mêmes, les expressions non plus. C’est… Ça ne peut pas rendre crédible. C’est impossible, pas avec nos moyens et pas sans effets numériques.

P : Comme je te l’ai dit, tu te débrouilles, mais on garde Isabelle. Elle va s’éclater dans le rôle et les spectateurs seront heureux de la retrouver. Je te rappelle que dans l’histoire, le personnage a plus de 30 ans. L’idée n’est pas si absurde. C’est comme le premier film, mais l’inverse.

R : Mais… le principe de la maladie de Leena (le vrai nom d’Esther) c’est qu…

P : Bon, écoute. Là, on t’offre un carton sur un plateau. On te demande juste d’en faire quelque chose de superbe.

R : Mais les personnages sont insupportables! À part le twist qui redistribue les cartes, ils sont tous mal écrits. Le père est complètement inintéressant, le frère t’as envie de le voir mourir à chaque fois qu’il parle et la mère est totalement bipolaire ! Vous voulez que le film dure 1h40, je n’ai pas suffisamment de matière pour rendre ça intéressant sur la durée. La fin, c’est n’importe quoi. C’est vu, revu, re-revu, re -re-rev..

P : On a compris.

R : Et aussi, à qui doit-on s’attacher ? Esther ? Non. La famille ? Non plus. À quoi sert cette histoire ? Elle se déroule très peu de temps avant le premier film. Quitte à vouloir faire une Origins Story, pourquoi ne pas en avoir fait une vraie ? Faites-la vivre quelque chose d’horrible, faites-la devenir un monstre, petit à petit.

P : Esther est la méchante, on ne peut pas l’humaniser. On veut raconter comment elle a commis ses premiers meurtres, c’est tout.

R : Mais, même ça, c’est absurde. Le film s’appelle Esther : First Kill, elle a déjà tué deux personnes alors que l’histoire a à peine commencé. Ça n’a pas de sens.

P : Bon, et à part râler sur l’histoire, tu as des idées de mise en scène sympathiques ?

R : Aucune qui se démarquerait. Trop d’éléments m’en empêchent.

P : Jurassic World 2 a une excellente réalisation avec l’un des pires scénarios de l’histoire du cinéma. Donc si tu n’es pas inspiré pour Esther, ne dit pas que c’est à cause du scénario.

R : Mais qu’est ce que vous voulez que je fasse ? Le film est un quasi huis clos et il y a trop peu de moments marquants pour rendre le film impactant par la réalisation. La plupart des scènes se prêtent juste au champ/contre champ. Puis, de toute manière, je dois tricher pour filmer Isabelle. Ça limite énormément les possibilités. Je n’ai pas le choix. J’ai une ou deux idées de jumpscare, mais là encore, ils sont prévisibles à des kilomètres à cause du scénario. On en parle de la scène du détective ?

P : Bon… tu as raison. Quelque chose ne va pas.

R : Oui, il faut annuler le projet.

P : Ah, non, non. On continue le film. C’est toi qui ne va pas. On va continuer sans toi. Appelez-moi William.

FIN DE LA RÉUNION. 

Fiche Technique : Esther 2

Titre original Orphan: First Kill
Esther 2: Les Origines une film d’horreur de William Brent Bell
Scénario : David Coggeshall d’après les personnages créés par Alex Mace
Avec Isabelle Fuhrman, Julia Stiles, Rossif Sutherland…
Décors : Matthew Davies
Costumes : Kim H. Ngo
Photographie : Karim Hussain
Montage : Josh Ethier
En salle le 17 août 2022 / 1h 39min / Horreur psychologique
Société de distribution : Metropolitan FilmExport

Note des lecteurs0 Note
2

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
Dimitri Redier
Dimitri Redierhttps://www.lemagducine.fr/
Film préféré (Gladiator) - Série préférée (Mr Robot) - Acteur préfére : (Benedict Cumberbatch) - Actrice préférée (Emma Stone) - Réalisateur préféré (Denis Villeneuve) - Jeu vidéo préféré (The Last of Us 2) - Plat préféré (Les sushis…ça n’a aucun rapport mais je suis sûr que vous vous posiez la question)

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.