Thor Love and Thunder de Taika Waititi : plus enclume que marteau

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Pour deux scènes (réjouissantes) conjuguant autant l’imaginaire de John Carpenter que celui de Fritz Lang (si si !), Thor Love and Thunder se borne le reste du temps à proposer une application (très) bête et méchante du cahier des charges marvellien, saupoudré du vernis faussement cool & désinvolte de la plus grande arnaque d’Hollywood : Taika Waititi…

Quitte à verser dans la référence, chose d’ailleurs fort à propos dans le cas de ce Thor Love and Thunder, on va oser une analogie. Si possible, avec une oeuvre décriée et donc plus sujette à la moquerie vu que ça a l’air d’être l’apanage du bonhomme. 

Prenons donc Prometheus. 

Dans la mouture signée Ridley Scott, l’antipathique David (Michael Fassbender) justifiait ses actes par une tirade aux airs de leitmotiv : « les grandes choses ont de petits commencements » On passera sur le sens de ladite phrase, a priori compréhensible par toutes & tous, pour n’en retenir que son application concrète. Car il suffira seulement d’un plan de cône de glace (!!) pour cerner l’étendue du problème qui semble gangréner de l’intérieur ce Thor Love And Thunder. Puisque en utilisant le gantelet de Thanos, responsable rappelons-le d’un génocide planétaire dans le dyptique Avengers Infinty War/Endgame, comme logo d’une enseigne de glace, Taika Waititi fait plus qu’affirmer sa voix dissonante au sein du MCU. Non, il en sape sciemment toute la gravité et instaure la désinvolture comme mètre-étalon de son récit. D’aucuns répondront que c’est précisément cette formule, largement usitée dans Thor Ragnarok, qui avait transformé le film en l’un des plus appréciés du MCU. Et ils auront raison car cette relecture gonzo de l’Odyssée d’Ulysse appelait de tout son être l’humour justement. Or, dans le cas de Thor Love and Thunder, la donne a changé : point question d’une apocalypse ancestrale ici mais bien la fusion de 2 des arcs les plus dramatiques du Dieu du Tonnerre. D’abord, l’arc Mighty Thor (où l’ex-amour du roi d’Asgard, condamnée par un cancer, se transforme en égal du Dieu nordique) puis l’arc Gorr (ou un humanoïde extraterrestre se décidait au moyen d’une arme redoutable à dessouder toutes les figures divines de la galaxie).

Tiens, Valhalla du boudin…

2 arcs a priori irréconciliables avec le ton rigolard et faussement béta déployé par Waititi que ce dernier va pourtant tenter de fusionner. Las, Waititi n’est ni Midas ni Prométhée. Incapable de transformer en or son scénario de plomb & encore moins de retrouver le semblant de feu sacré qui faisait justement le sel de son Ragnarok, il va ainsi s’échiner 2 heures durant à prouver toute son incompétence à construire une dramaturgie. Car c’est peut-être bien sur ce point-là que le ratage se révèle le plus foudroyant. Incapable d’assembler correctement ses inspirations (qui lorgnent autant du coté du SNL que d’Ingmar Bergman) & ses envies de cinéma au cahier des charges du studio, Thor Love And Thunder semble ainsi d’emblée évoluer en pilotage automatique. A l’exception notable de l’ouverture (réussie) sur Christian Bale, l’entame brille ainsi par sa désinvolture. Entre SFX bazardés sur l’autel du rire, introduction au forceps (& donc inutile) de la clique des Gardiens de la Galaxie) & scènes d’actions dévitalisées, tout sonne terriblement faux. Un constat d’autant plus renforcé quand Korg (un alias de Waititi) se la joue narrateur de la vie du Dieu nordique pour les rares du fond n’étant pas au fait des 28 films précédents de la firme. Ça pourrait éventuellement passer pour le compte d’une blague à l’image du film, conscient de lui-même et bardé d’orgueil, mais ce simple rappel agit déjà comme une redite mais surtout un déni. Puisqu’à détricoter tout ce qu’Avengers Endgame a fait du personnage pour en donner un énième reboot, Waititi se refuse à donner à son héros et au lore qui l’entoure, l’évolution qui pourrait transformer l’entreprise en projet qui vaille un minimum la peine que l’on s’y intéresse. Difficile dès lors de donner du crédit au spectacle qui défile sous nos yeux. Trop timoré pour convaincre et trop benêt pour susciter le rire, le film égraine ses rares bonnes idées sans le moindre génie (on soulignera un joli passage en N&B que n’aurait pas renié Fritz Lang). Mais à ce stade, difficile de feindre la surprise à la vue de ce naufrage tant la messe a déjà été dite avec Ragnarok, qu’il duplique sans âme. On compile ici & là des hits sentant bon les 80’s (dont 4 des Gun’s & Roses), des scènes d’action très colorées à grands renforts de fonds verts disgracieux et on ose verser dans la gravité lors du dernier quart d’heure, mais ça sera insuffisant pour distiller de la nouveauté sur ce morne divertissement qu’il serait préférable d’oublier fissa…

A l’exception d’un 3ème acte qui parvient un temps (seulement) à donner l’illusion que Taika Waititi a repris les rennes de la nouvelle mouture du MCU, Thor Love & Thunder est peut-être le signe annonciateur d’une phase inéluctable dans le grand édifice marvellien : la lassitude. C’est en tout cas la seule chose qui puisse expliquer le ratage foudroyant de cette 4ème aventure du Dieu du Tonnerre qui échoue sur tous les plans et nous laisse craindre le pire pour la suite de la phase IV. 

Thor : Love And Thunder : Bande-Annonce

Thor : Love And Thunder : Fiche Technique

Réalisateur : Taika Waititi
Scénario : Taika Waititi & Jennifer Kaytin Robinson
Casting : Chris Hemsworth (Thor), Nathalie Portman (Jane Foster/Mighty Thor), Christian Bale (Gorr), Tessa Thompson (Valkyrie), Taika Waititi (Korg), Jaimie Alexander (Sif), Russell Crowe (Zeus), Chris Pratt (Star-Lord), Pom Klementieff (Mantis), Dave Bautista (Drax), Karen Gillan (Nebula), Bradley Cooper (Rocket), Vin Diesel (Groot),
Musique : Michael Giacchino
Photographie : Barry Baz Idoine
Montage : Maryann Brandonn
Production : Kevin Feige & Marvel Studios
Distribution : Walt Disney Studio Productions
Durée : 119 minutes
Genre : Super-héros

Etats-Unis – 2022

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Antoine Delassushttps://www.lemagducine.fr/
J'ai une profonde admiration pour les sushis, James Bond, Leonardo DiCaprio, Apocalypse Now, Zodiac, les bons films et le ski. Pas forcément dans cet ordre. Et à ceux pouvant critiquer un certain amateurisme, je leur répondrais simplement que l'Arche de Noé a été fabriqué par des amateurs et le Titanic par des professionnels.

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