Delcourt rend hommage à Spawn à l’occasion du trentième anniversaire de la série

Les admirateurs francophones de la série Spawn, initiée il y a trente ans par l’excellent Todd McFarlane (ex-Spider-Man et Hulk), ont de quoi être ravis : les éditions Delcourt leur proposent rien de moins qu’un album anniversaire de grande taille (416 pages, 18.9 x 28.4 x 3.9 cm), comprenant les quinze premiers chapitres de la série (en ce y compris les épisodes dont la parution étaient contrariées par des problèmes de propriété intellectuelle), ainsi que des planches augmentées des commentaires additionnels du scénariste et dessinateur canadien.

En 1992, un groupe d’artistes désireux de préserver les bénéfices financiers de ses créations s’unit et décide de fonder Image Comics. La même année paraît le premier numéro de Spawn, dont le personnage principal, torturé et ambivalent, deviendra l’un des héros de comics les plus célèbres de ces trente dernières années. En 2019, fait significatif, la série est d’ailleurs devenue la plus ancienne appartenant encore à son auteur d’origine. Inspiré de Venom et de Spider-Man – comme en atteste d’ailleurs la couverture de cet album anniversaire –, Spawn est un ancien agent de la CIA nommé Al Simmons et liquidé parce qu’il tendait à s’affranchir de l’agence gouvernementale tout en remettant en question ses méthodes. Se compromettant inexorablement à travers un pacte faustien dont l’objectif ultime est de revoir sa femme Wanda, celui que l’on appellera désormais Spawn va devoir affronter toutes sortes de créatures maléfiques dans une ambiance sépulcrale où la ronde des monstres et la science de l’image se verront portées à incandescence.

Au-delà de la somptuosité graphique de la série, Spawn se caractérise par une apparence travaillée et une pluralité de pouvoirs surprenante. Doté de dons télépathiques, capable d’engendrer des trous noirs, de modifier sa morphologie, d’employer la magie ou de faire montre d’une force terrifiante, ce personnage d’écorché vif, tirant notamment son pouvoir de sa cape, va placer le dark fantasy sur le devant de la scène, en écoulant ses albums à des millions d’exemplaires. Il contribue aussi à populariser le antihéros dans les années 1990, accompagnant un mouvement de redéfinition des comics américains. Définitivement installé dans le paysage des albums indépendants, bientôt nanti de trois nouveaux spin-off, Spawn bénéficie à l’occasion de son trentième anniversaire du formidable travail éditorial des éditions Delcourt, qui en republie les quinze premiers chapitres, qu’elles ne manquent pas d’assortir de documents inédits éclairant les intentions créatives de Todd McFarlane.

Dialogues fusants, dessins raffinés, Spawn se distingue aussi par un propos porteur d’enjeux puissants : l’amour et ses trahisons, les manœuvres politiques, la violence urbaine… On y retrouve notamment les détectives Sam Burke et Twich Williams – lesquels bénéficient par ailleurs de leur propre série –, qui mènent l’enquête sur la profusion de meurtres dans les ruelles sordides de Rat City. Si la vie terrestre apparaît frelatée, celle de l’au-delà n’est guère plus enviable : Al Simmons se verra ainsi torturé afin de renforcer sa haine et sa soif de vengeance avant de revenir hanter New York et ses allées caractérisées par la pègre et le sans-abrisme. Car comme le révèle amplement cet album anniversaire, la série Spawn se nappe d’une ambiance noire, inquiétante, arrimée au crime et à l’abjection. En cela, la figure de ce « démon » maudit semble indexée sur la corruption des lieux qu’il visite et des personnes dont il croise la route. Une singularité qui ne fait que renforcer la modernité d’une série devenue incontournable.

Spawn, Dave Sim, Todd Mcfarlane, Neil Gaiman et Alan Moore
Delcourt, mai 2022, 416 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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