« Murina » : la jeune fille et la mer

Caméra d’or au Festival de Cannes 2021, Murina est le premier long-métrage de sa réalisatrice, la croate Antoneta Alamat Kusijanović. Produit, entre autres, par Martin Scorsese, Murina est un film sensible et humaniste. Un film qui annonce brillamment le doux mystère d’une filmographie à venir.

Synopsis de Murina : Sur l’île croate où elle vit, Julija souffre de l’autorité excessive de son père. Le réconfort, elle le trouve au contact de la mer, un refuge dont elle explore les richesses. L’arrivée d’un riche ami de son père exacerbe les tensions au sein de la famille.

La mer, les murènes, Julija…

La mer et ses secrets, à peine dévoilés. Le miroitement de l’eau, par éclats furtifs. Deux corps à la recherche de murènes. Deux corps qui nous sont encore inconnus, peut-être toujours inconnus l’un l’autre et qui connaissent, eux, cette mer. Dès sa première séquence, Murina envoûte le regard et éveille les sens par son rapport éminemment physique au monde. En quelques plans seulement, le film d’Antoneta Alamat Kusijanović dévoile toute sa beauté délicate, spirituelle et sensorielle sans se révéler entièrement et révéler son mystère.

Formée à l’Université de Columbia, à New York, c’est dans son pays natal, la Croatie, qu’Antoneta Alamat Kusijanović choisit de situer Murina. Un premier long-métrage d’une grande précision technique mais dont la maîtrise n’entrave en rien la fluidité des sentiments. Une première œuvre, pensée comme un véritable voyage aux confins de la mer, qui nous entraîne sur une petite île de l’archipel des Kornati. La photographie d’Hélène Louvart (rappelant l’atmosphère charnelle de cet autre film qu’elle a récemment « éclairé », The Lost Daughter de Maggie Gyllenhaal) participe de cet envoûtement en se posant avec bienveillance sur ces corps qui nagent, dont celui de Julija (la merveilleuse Gracija Filipovic) toujours en mouvement, sous l’eau, sur terre, à la recherche des murènes, ou de sa liberté.

… et les autres

Les autres, ce sont les parents de Julija. Julija vit sous le joug de son père Ante (Leon Lučev), un homme autoritaire et machiste. Un père dont la violence émotionnelle et physique touche également sa femme, Nela (Danica Curcic), ancienne reine de beauté. Dans ce monde extérieur et naturel, cette île aux allures de paradis, Julija vit au sein d’un huis clos oppressant. Un espace paradoxal, sec et aride dans son ressenti malgré l’infinité de la mer qui le berce.

De temps en temps, Julija regarde avec ses jumelles les jeunes de son âge qui passent sur des bateaux et qui s’amusent tandis qu’elle est assignée à rester dans sa chambre sans sortir, surtout lorsqu’il y a des invités. Les autres, ce sont ces invités, ces autres, ceux qui pourraient donner des idées de liberté et de voyages à Julija, et en particulier Javier (Cliff Curtis), le riche ami de son père, ancien compagnon de Nela. Dans ce monde hostile, Javier semble être cette échappatoire que Julija, cette ouverture vers d’autres pays, le lointain, l’ailleurs. Des rêves de nouvelle vie partagés par toute la famille mais non pas pour les mêmes raisons.

Parce que pour Julija, la mer, c’est le quotidien : c’est avec son père qu’elle pêche chaque matin, depuis des années. Cette mer est peut être son refuge mais elle la renvoie également à sa condition de vie. Sur cette île mirage, reculée, lieu du partout et du nulle part, la communion de Julija et de la mer incarne avec justesse cette complexité d’être femme ou, plutôt, la complexité de n’être perçue que comme telle.

Murina est un film nécessaire et brillant parce qu’il met en avant l’absurdité des sociétés patriarcales à travers des scènes de vie banales, afin d’illustrer comment le sexisme est ordinaire. Le scénario suit Julija, ses expériences, son vécu, lequel se heurte aux impératifs de son père, obnubilé par des idées machistes. L’œil de la réalisatrice s’associe au point de vue de Julija et nous lie à son histoire avec force et ferveur. Un personnage qui nous bouleverse par ses combats et son désir de liberté.

Bande-annonce – Murina

Fiche technique – Murina

Réalisation : Antoneta Alamat Kusijanović
Scénario :  Antoneta Alamat Kusijanović et Frank Graziano
Interprétation : Julija (Gracija Filipovic), Ante (Leon Lučev), Nela (Danica Curcic)
Durée : 1h32
Genre : Drame
Date de sortie : 20 avril 2022
Pays : Croatie

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

Cotton Queen : au bout du fil

Premier long métrage de la réalisatrice soudano-russe Suzannah Mirghani, "Cotton Queen" suit Nafisa, adolescente élevée dans un village cotonnier du Soudan, tiraillée entre les récits coloniaux de sa grand-mère et l'arrivée d'un homme d'affaires venu imposer ses graines génétiquement modifiées. Un film sobre sur l'émancipation et la mémoire.

Une affaire turque : Famille, je vous tais

Dans "Une affaire turque", Hüseyin Aydin Gürsoy filme moins un thriller qu'une faille : celle d'un homme pris entre deux mondes qui ne lui pardonnent pas d'appartenir à l'autre. Avec une mise en scène sensible, le cinéaste ausculte les stigmates invisibles du transfuge, et fait de Lionel Erdogan un héros fracturé dont le vrai combat n'est pas judiciaire, mais existentiel.

« Spider-Man : Brand New Day » s’entoile encore trop dans le MCU, malgré d’excellentes qualités

"Spider-Man : Brand New Day" marque le meilleur retour du tisseur au cinéma depuis la trilogie de Sam Raimi, porté par des effets pratiques bluffants et un Tom Holland toujours parfait. Mais le film reste plombé par un cahier des charges Marvel étouffant et le retour discutable de Zendaya en MJ.

Le Triangle d’or : sous le palais, la cage

Une jeune femme est embauchée dans un palace saoudien du XVIe arrondissement de Paris. Sa mission : servir la favorite du prince. Les deux femmes, auxquelles s’ajoute le majordome de la demeure, vont s’apprivoiser, réunis par leur condition de captifs volontaires. Un premier long-métrage réussi signé Hélène Rosselet-Ruiz. 

Gavagai, et autres malentendus : du postcolonialisme mou

"Gavagai" entend nous instruire de la grande affaire des rapports post-coloniaux, mais n'aboutit qu'à un petit drame sans aspérité.

Cotton Queen : au bout du fil

Premier long métrage de la réalisatrice soudano-russe Suzannah Mirghani, "Cotton Queen" suit Nafisa, adolescente élevée dans un village cotonnier du Soudan, tiraillée entre les récits coloniaux de sa grand-mère et l'arrivée d'un homme d'affaires venu imposer ses graines génétiquement modifiées. Un film sobre sur l'émancipation et la mémoire.

Une affaire turque : Famille, je vous tais

Dans "Une affaire turque", Hüseyin Aydin Gürsoy filme moins un thriller qu'une faille : celle d'un homme pris entre deux mondes qui ne lui pardonnent pas d'appartenir à l'autre. Avec une mise en scène sensible, le cinéaste ausculte les stigmates invisibles du transfuge, et fait de Lionel Erdogan un héros fracturé dont le vrai combat n'est pas judiciaire, mais existentiel.

« Spider-Man : Brand New Day » s’entoile encore trop dans le MCU, malgré d’excellentes qualités

"Spider-Man : Brand New Day" marque le meilleur retour du tisseur au cinéma depuis la trilogie de Sam Raimi, porté par des effets pratiques bluffants et un Tom Holland toujours parfait. Mais le film reste plombé par un cahier des charges Marvel étouffant et le retour discutable de Zendaya en MJ.