Eugénie Grandet : des longueurs pour l’adaptation du roman de Balzac par Marc Dugain

Le mois de février nous permet de découvrir en DVD le film Eugénie Grandet, qu’on avait pu voir au cinéma en 2021. Le réalisateur Marc Dugain a choisi d’adapter ce très célèbre roman d’Honoré de Balzac (1833-34). L’adaptation, très classique, laisse finalement l’impression de n’être qu’une retranscription à l’écran d’un roman, sans véritable utilisation du médium cinématographique.

Synopsis : au XIXème siècle, près de Saumur, la jeune Eugénie Grandet vit sous l’autorité de son père. Félix Grandet est marqué par un trait de caractère particulièrement désagréable et développé chez lui : sa pingrerie. Une pingrerie telle que le père de famille ne cesse d’éconduire les prétendants à la main de sa fille, peut-être pour ne pas payer de dot. La jeune fille et sa mère ignorent que le sens des affaires de Félix les a rendus riches : celui-ci leur fait croire qu’ils doivent continuer à vivre modestement. 
Charles Grandet, le cousin d’Eugénie, vient s’installer chez eux. Eugénie et lui tombent amoureux. Malheureusement, l’heureux élu est loin de plaire à son oncle : il est sans le sou… 

Un long-métrage sans parti pris 

Cet Eugénie Grandet peut s’avérer décevant, en ce qu’il donne l’impression d’être un film très long, très mou. L’histoire commence de manière plate et se déroule de la même manière, sans jamais démarrer.
On aurait aimé un film un peu plus taiseux, un peu plus contemplatif aussi. Où est la musique ? Elle est quasi-absente de l’œuvre, de même que l’émotion. Tout est classique dans ce métrage : la photographie neutre, la mise en scène sans surprise, sans effet de style. Le problème majeur du film étant son absence de parti pris : Marc Dugain adapte le roman d’Honoré de Balzac à l’écran : cela s’arrête là. Il s’agit d’une transposition d’un médium à l’autre, sans plus. Le spectateur suit l’histoire qui lui est montrée, mais il ne comprend pas particulièrement ce que le réalisateur a voulu en dire. Pourquoi Marc Dugain a-t-il choisi Eugénie Grandet ? Qu’en a-t-il fait ? Qu’en a-t-il dit ? En quoi la transposition du récit romanesque au cinéma a-t-elle apporté une nouvelle lecture à l’œuvre ? Les potentialités du médium cinématographique ne sont pas exploitées.
Le résultat ? Le film n’est même pas académique, il est formel. Une œuvre sans saveur, très longue à suivre et à laquelle on s’attache très difficilement.

Des émotions lissées et difficilement ressenties 

La forme lisse et sans objectif entraîne un problème de compréhension du fond. N’étant pas accroché par l’histoire, on ne s’y intéresse pas. La suite logique ? On a beaucoup de mal à être touché, concerné par la détresse d’Eugénie (Joséphine Japy), par sa solitude et son envie de liberté. Dans le même ordre d’idées, lorsque son cousin Charles (César Domboy) vient s’installer chez eux, si l’on voit bien les deux acteurs échanger un regard, on ne comprend pas cette romance et son intensité, et cette absence de compréhension n’est pas liée au fait que cette histoire d’amour soit rapide. L’exemple d’un film comme Titanic nous prouve qu’une romance éclair peut dissimuler l’amour d’une vie, un peu à la manière d’un coup de foudre. Pourtant, très peu d’émotions émergent de la rencontre entre ces deux cousins qui tombent amoureux, comme nous l’apprennent les dialogues. Ainsi, lorsque le spectateur doit être informé de ce qui se déroule à l’écran, mais qu’il ne le perçoit pas dans les images, le mécanisme est raté.
Cela résulte à la fois d’un problème d’écriture, mais aussi d’interprétations, toutes très plates, à l’image du film. A l’exception de ce père qui joue très bien le pingre (Olivier Gourmet), bien que parfois à la limite du surjeu, ce qui peut se comprendre au vu du personnage.

Au final, Eugénie Grandet est une œuvre dispensable. Même les changements mineurs effectués par le réalisateur (départ pour les plantations esclavagistes des Amériques au lieu des Indes, décision finale d’Eugénie) peinent à témoigner de ses intentions et à changer vraiment la nature de l’œuvre. C’est une histoire qui se laisse regarder sans vraiment interpeller son spectateur. Une sorte de pièce de théâtre qui se joue à l’écran. 

Bande-annonce : Eugénie Grandet

Fiche technique :

Titre :  Eugénie Grandet
Réalisation : Marc Dugain
Casting : Olivier Gourmet, Joséphine Japy, Valérie Bonneton, César Domboy
Scénario : Marc Dugain
Pays d’origine : France, Belgique
Genre : Drame
Durée : 105 minutes
Date de sortie : 2021

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Sarah Anthony
Sarah Anthonyhttps://www.lemagducine.fr
Ecrivain et artiste, Sarah Anthony est copywriter freelance et a écrit au Mag de 2020 à fin 2023, elle y a notamment été responsable de deux rubriques : Arts & Culture (qu'elle a créée) et Séries. Son premier roman, La Saison sauvage, est disponible aux Editions Unicité depuis le 6 décembre 2022. Au sein de la rubrique Arts & Culture, Sarah a créé en janvier 2021 une chronique illustrée : l'Abécédaire artistique, qui a comptabilisé jusqu'à 20 000 lecteurs certains mois. En octobre 2023, l'Abécédaire artistique a été publié en livre et la chronique a pris fin en décembre de cette même année. Sarah Anthony se consacre désormais à l'écriture de son second roman. Plus d'infos : https://sarahanthonyfineart.com

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