Juste la fin du monde : et après, l’au-delà

Une étoile, trop vite passée, subitement arrachée, injustement rappelée. Entre déclaration d’amour à un film précieux et hommage à une lumière qui laisse nos cœurs dans le noir, voici quelques mots qui sonnent tout différemment depuis ce mercredi.

Mais où est l’amour ?

dans les regards
dans les non-dits
dans les agressions
                c’est en fait l’amour qui agresse
dans la fuite aussi
parce que l’amour se joue dans la fuite
dans l’absence
dans les secrets.

juste la fin du monde.
la sentence est brutale.

Juste la fin du monde parce que tout s’écroule.
Juste la fin du monde parce qu’il n’y aura rien après
et ça, tout le monde le sait.

 

Quelle place pour la parole de l’absent, du déserteur, du revenant ? Celle de la carte postale, toutes sont soigneusement conservées par Martine, Antoine et Suzanne comme trace du fils, du frère parti et dont l’absence prive de parole. Louis est un écrivain ; il manie les mots, connaît leur profondeur, mais connaît aussi la vanité de la parole.


L’espace de la parole comme espace de la défiance, de l’affrontement. L’envahir, de façon sonore aussi. L’espace de la langue est vidé de ce qu’il a de singulier, c’est pour ça qu’on radote, par peur de la profondeur, et par refus du silence. Mais comment dire l’extra-ordinaire ? Comment s’approprier l’espace du commun pour en faire un événement ? Et dans ce cas, qui pour écouter ? Qui pour entendre et recevoir la révélation ?

La musique envahit l’espace de la vaine parole pour lui donner une nouvelle saveur, et là se dessinent les sourires et la complicité.

Les mots permettent l’espace commun mais creusent aussi, parfois, un fossé. “Je ne suis pas bonne pour parler” alors j’acquiesce au silence. Peut-on parler pour ne rien dire ? Surtout pour ne rien dire. Surtout pour ne pas dire. “Personne ne m’entend quand je parle” et se crée alors le brouhaha de ceux qui ont renoncé, et perdu la capacité de s’exprimer et s’écouter. Que reste-t-il à partager ? Parler devient inventer, raconter des histoires, les potins, comme ça se fait. Parce que laisser parler le cœur, ça ne se fait pas ? Et petit à petit, creuser le fossé de l’incommunicabilité. La distance ne se joue pas dans le lointain “même quand il est dans le salon, il est loin”.

Puis Louis finit par se prêter au jeu et parler, lui aussi. Mais quelle valeur lui donner ? Il repart en ayant parlé, sans avoir dit.

Mais dans ce chaos, une lumière : celle de la certitude des amours inaltérables. “Je ne comprends pas mais je t’aime” et lorsque les frontières s’effacent, c’est la possibilité même de (re)trouver l’Autre qui réapparaît. Retrouver l’autre, et en lui tous les autres. Louis a “les yeux de son père”, les yeux de celui qui est parti, les yeux du mort, le visage du condamné.
En gardant toujours, au loin, au devant de soi, un espace par lequel s’échapper.

Est-ce un film sur rien, en fin de compte ? Peut-être, mais sur un rien qui dit tout de la crise, la crise familiale, qui parfois laisse interdit.

 

Au revoir, Gaspard.

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