Monty Python : Sacré Graal ! , un sacré film culte

Monty Python : Sacré Graal ! est ce qui a permis financièrement aux Monty Python de se libérer de la télévision pour offrir leur folie géniale au cinéma. Film médiéviste si l’on veut, il retrace les marqueurs du Moyen Âge et de la légende arthurienne avec beaucoup, beaucoup de malice.

Synopsis de Monty Python : Sacré Graal ! :  Le roi Arthur et les Chevaliers de la Table Ronde se lancent à la conquête du Graal, chevauchant de fantomatiques montures dans un bruitage de noix de coco cognées. La petite troupe va devoir passer mille épreuves, dont un chevalier à trois têtes, des jouvencelles en chaleur, voire même un terrible lapin tueur.

 

La chevauchée fantastique

Le titre original de ce film culte est Monty Python and the Holy Grail. Aucun point d’exclamation, contrairement à ce titre français un peu roublard qui veut faire comprendre à marche forcée autant que subliminale le côté « sacrés farceurs » de la bande de joyeux drilles britanniques, alors encore peu connue dans notre pays.

Par « Sacré Graal », on doit pourtant bien entendre Saint Graal dans la légende arthurienne, assimilé au Saint Calice des chrétiens. En effet, pour inaugurer notre nouvelle série consacrée au Moyen Âge, cette parodie des Chevaliers de la Table Ronde est complètement dans le sujet. Les prises de vue en terres écossaises, vertes et vastes, nous plongent quelque peu dans l’ambiance médiévale, et les sujets traités par les auteurs dans cette quête du Graal recoupent de manière sérieuse l’histoire, même si on est dans un traitement parodique et loufoque.

La légende des chevaliers du Roi Arthur (Graham Chapman), le roi des bretons, est découpée en de saynètes plus ou moins égales, devenues presque toutes cultes depuis 46 ans que le film existe.  Après un faux générique sous-titré en faux suédois en guise d’introduction, au risque d’une sortie anticipée de spectateurs déroutés, le métrage commence avec le roi lui-même, qui traverse tout le film en marchant en pas chassés pour figurer l’allure d’un cheval, pendant que le bruit de ce cheval imaginaire est simulé par deux demi noix de coco entrechoquées par son écuyer Patsy (Terry Gilliam)… L’effet de surprise décuple l’hilarité quand le roi et sa suite sortent de cette manière des brumes britanniques : on entend d’abord les bruits avant de constater l’énormité du gag.

Dans  sa toute première partie, Monty Python : Sacré Graal ! présente le choix des futurs chevaliers. Ainsi, on retrouve les figures de Sir Lancelot le courageux (John Cleese), Sir Robin le pas-aussi-courageux-que-Sir-Lancelot (Eric Idle), Sir Galahad (Michael Palin), ou encore Sir Bedevere (Terry Jones). La légende est respectée, même si l’absurde-pas-si-absurde, pour paraphraser les Monty Python, est partout : les paysans en guenille et asservis sont anar’ et syndicalistes, d’autres personnages refusent de reconnaître l’autorité du roi , parce que non, ils n’ont pas voté pour lui ! Puis, sous l’injonction d’un Dieu en carton-pâte, ils se dispersent pour tenter de retrouver le Saint Graal, gage de paix, voire d’immortalité puisqu’il est l’avatar du chaudron d’immortalité des légendes celtes. Entrecoupés des animations de Terry Gilliam, les récits gagnent en cohérence et unité par rapport à leurs sketches télévisés.

Sans vouloir trop simplifier, le Moyen Âge, surtout dans les contrées britanniques où l’on parle plus de Dark Ages (de siècles obscurs), est synonyme de chaos, quand le départ des Romains n’est remplacé par aucune autre autorité. Le christianisme y bat son plein, et c’est en érudits que les Monty Python se moquent gentiment de ses symboles. Pour le sketch avec Galahad, par exemple, dont l’aventure connue est celle dite du Châtel aux pucelles, ils n’ont pas peur de remplacer les pucelles de la légende par des nonnes entièrement nues,  jeunes et girondes, qui veulent s’attaquer à la vertu du bon et pur Galahad. Vers la fin du film, un épique épisode avec le lapin tueur fait intervenir la Sainte Grenade d’Antioche, une pure invention pythonnesque, pour anéantir l’horrible lapin. Pour actionner cette grenade, on doit trouver les instructions dans le livre des armes, qui ressemble en tous points à la Bible, à ceci près que dans le premier, on parle de destruction, un détournement caustique des Saintes Écritures…

On trouve également dans Monty Python : Sacré Graal ! des allusions savantes à l’évolution de la langue anglaise avec le célébrissime sketch des « Chevaliers qui disent Ni ». La terreur qu’ils engendrent auprès de la population serait le reflet de leur appréhension relative au glissement de la langue du Old English au Middle English dans ces siècles-là, synonyme de changements autrement plus influents…

Sous des couverts drolatiques, Monty Python : Sacré Graal ! est un vrai  film médiéviste, intelligent et documenté. Il serait faux d’affirmer que le métrage n’a pas subi les affronts du temps. Certaines saynètes sont terriblement datées, mais le film a tenu le haut du pavé depuis tellement d’années, quasiment toutes les scènes sont devenues tellement cultes, qu’in fine, il est devenu un tel classique que le souvenir de nos premiers fous rires suffit encore et toujours à nous faire esquisser un sourire d’aise. Sans atteindre la perfection de La Vie de Brian, c’est un film inoubliable.

 

Monty Python : Sacré Graal ! – Bande annonce

Monty Python : Sacré Graal ! – Fiche technique

Titre original : Monty Python and the Holy Grail
Réalisateur : Terry Gilliam et Terry Jones
Scénario : Graham Chapman, John Cleese, Eric Idle, Terry Gilliam, Terry Jones, Michael Palin
Interprétation : Graham Chapman: le roi Arthur / la voix de Dieu / la tête du milieu du chevalier à trois têtes / le garde du château des marais qui a le hoquet
John Cleese : Lancelot / un garde du premier château / l’homme transportant le « mort » qui continue de parler / le Chevalier noir / un paysan chasseur de sorcières / le principal chevalier français / un chevalier chanteur de Camelot / Tim l’enchanteur
Eric Idle : Robin / le collecteur de morts / un paysan chasseur de sorcières / un chevalier chanteur de Camelot / le garde du château des marais bavard / Concorde, l’écuyer de Lancelot / Roger le bosqueteur / Frère Meynard
Terry Gilliam : Patsy, l’écuyer d’Arthur / le Chevalier vert / un chevalier chanteur de Camelot / la main de gorille / le vieil homme de la scène 24 / Bors / le dessinateur
Terry Jones : Bedevere / la mère de Dennis / un chevalier français / la tête gauche du chevalier à trois têtes / le scribe des enluminures / le prince Herbert
Michael Palin: Galahad / un garde du premier château / Dennis / un paysan chasseur de sorcières / le narrateur / un chevalier chanteur de Camelot / un chevalier français / la tête droite du chevalier à trois têtes / le chef des Chevaliers qui disent « Ni ! » / le roi du château des marais / un invité du château des marais / le disciple de Frère Meynard
Photographie : Terry Bedford
Montage : John Hackney
Musique : Stanley Black, Kenneth Essex, Paul Ferris ,Neil Innes, Peter Knight, Jack Trombey , Roger Webb
Producteurs: Mark Forstater, Michael White
Maisons de Production : Python (Monty) Pictures, Michael White Productions, National Film Trustee Company
Distribution (France) : Carlotta Films
Durée : 91 min.
Genre : Comédie, aventure
Date de sortie :  03 Décembre 1975
Royaume-Uni– 1975

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4.5

Festival

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Beatrice Delesallehttps://www.lemagducine.fr/
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