Cannes 2026 : Gentle Monster, l’emprise des hommes

Connaissons-nous vraiment les gens qui nous entourent ? Serions-nous capables de croire en des vérités dérangeantes ? Et comment vivrions nous avec ? En soulevant ces questions, Marie Kreutzer aborde avec Gentle Monster un sujet sensible, la pédopornographie, à travers le regard de deux femmes, une épouse et une policière, chacune en quête de vérité.

Quatre ans après avoir présenté Corsage dans la sélection Un Certain Regard, Marie Kreutzer intègre la Compétition cannoise avec Gentle Monster, un drame mettant en scène l’effondrement d’un couple en apparence idyllique. Loin du faste de la cour viennoise, la réalisatrice autrichienne livre un récit contemporain, mais toujours ancré dans la réalité, en s’inspirant d’un fait divers relaté dans l’hebdomadaire Die Zeit. En 2020, le magazine a révélé l’existence d’un vaste réseau de pédophilie impliquant environ 30 000 personnes. Bouleversée par cet article, Marie Kreutzer étudie le sujet en rencontrant des policiers, des psychologues et des avocats. Lorsqu’elle apprend l’inculpation de Florian Teichtmeister, interprète dans Corsage, pour des actes de pédopornographie, elle choisit d’adopter pour son film une approche à la fois dramatique et factuelle.

Les femmes face aux monstres ordinaires

Lucy, une musicienne incarnée par Léa Seydoux, et Philip, un vidéaste, viennent de s’installer dans une maison de campagne avec leur fils de sept ans. Ils semblent vivre une existence parfaite jusqu’au jour où une équipe de police arrête Philip et saisit tous ses équipements informatiques. Sidérée, Lucy réalise qu’elle ne connait pas vraiment son mari et s’inquiète pour son enfant. Elle se réfugie alors chez sa mère, jouée par Catherine Deneuve, et s’isole peu à peu face à cette atroce vérité. Sans emphase, Gentle Monster suit le déroulement de l’enquête judiciaire de deux points de vue, celui de Lucy et celui d’Elsa, une jeune inspectrice. Le film s’attache à la palette d’émotions traversées par une épouse, d’abord choquée, puis incompréhensive et terrifiée, mais encore prête à accepter les justifications qui lui sont présentées. Comme dans Corsage, il centre son histoire sur les femmes, le personnage de Philip demeurant largement opaque. Marie Kreutzer montre des femmes qui souffrent à cause de leurs sentiments pour des hommes dominateurs et malveillants. Une façon subtile de suggérer leur soumission à une société patriarcale qui les écrase.

À travers leurs actes, les prédateurs sexuels recherchent une forme d’autorité, comme le souligne le psychologue. Gentle Monster souligne que ce pouvoir désiré par les hommes est subi par les femmes. Outre Philip, dont le comportement reste suggéré, le père de Lisa impose à la policière une vie soumise infernale, qui laisse supposer l’exercice de la violence. Marie Kreutzer dénonce ainsi une société patriarcale, que les femmes tentent de combattre. Pour Lucy, grâce à l’art. En effet, la musicienne explique qu’elle reprend des chansons d’amour masculines car elle souhaite les « déconstruire », sans doute afin de les traduire dans une version féminine, plus tendre et émotive. Pour sa mère, par le choix de son mode de vie, résolument indépendant et libre. Elle suggère d’ailleurs rapidement à sa fille de divorcer. Et enfin, pour Elsa, avec son travail acharné. Au contraire de La Vie d’une femme, également présenté en Compétition, Gentle Monster met en lumière des figures féminines piétinées par le monde masculin. Ce drame très factuel, au rythme lent et à la mise en scène classique, manque cependant de souffle et de tension pour convaincre pleinement. Il aurait certainement mieux trouvé sa place au sein des Premières qu’aux côtés de Ryusuke Hammaguchi, Rodrigo Sorogoyen et James Gray.

Ce film est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2026.

Gentle Monster – fiche technique

Réalisation : Marie Kreutzer
Scénario : Marie Kreutzer
Interprètes : Léa Seydoux, Jella Haase, Laurence Rupp
Photographie : Judith Kaufmann
Décors : Myrna Wolff
Costumes : Monika Buttinger
Montage : Ulrike Kofler
Musique : Camille Dalmais
Producteurs : Johanna Scherz, Alexander Glehr, Jonas Dornbach, Janine Jackowski, Jean-Christophe Reymond
Sociétés de production : Film-AG Produktion, Komplizen Film, Kazak Productions
Pays de production : Autriche, Allemagne, France
Durée : 1h54
Genre : Drame

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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