Retour d’« Hitler est mort ! »

Le journaliste et écrivain Jean-Christophe Brisard s’associe au dessinateur italien Alberto Pagliaro à l’occasion du second tome de la série Hitler est mort !. Si le Führer allemand est au centre de toutes les attentions, ce sont surtout les dissensions internes soviétiques qui font le sel de l’album.

Le récit débute en juin 1945, dans une ville de Berlin assaillie par les troupes soviétiques. Le régime national-socialiste est en voie de disparition. La mort d’Adolf Hitler est annoncée par le colonel russe Gorbushin aux médias internationaux. « On a dû rajouter des chaises. Il y a des journalistes du monde entier. » Ce second tome, intitulé « Mort aux espions », s’amorce dans l’urgence, précisément au moment où le lieutenant Elena Kagan cherche à interrompre cette annonce officielle du décès du Führer. Malgré les affirmations d’un dentiste nazi, le corps retrouvé par le Smersh (le contre-espionnage soviétique) ne serait pas celui d’Hitler. L’autopsie réalisée par le Dr Faust en atteste.

L’histoire que nous content Alberto Pagliaro et Jean-Christophe Brisard prend appui sur les dissensions qui opposent le Smersh au NKVD, la police politique soviétique. Joseph Staline, attendu dans une réunion au sommet aux côtés des Américains et des Britanniques, voit se déclarer « une guerre interne dans ses deux meilleurs services secrets ». Partant, Adolf Hitler se réduit de plus en plus à un prétexte commode. La communication autour de son cadavre retrouvé, puis de sa prétendue fuite en Argentine, n’est que la face émergée des guerres de chapelle que mènent des services soviétiques en concurrence les uns avec les autres.

Graphiquement réussi, « Mort aux espions » porte en son sein un témoignage précieux sur la fin de la Seconde guerre mondiale, entre les réunions diplomatiques, les attentions médiatiques et le mystère entourant le corps d’Adolf Hitler. Clair quant aux motivations des différents protagonistes, l’album prend le temps de caractériser le lieutenant général Meshik, le colonel Gorbushinen, le lieutenant Elena Kagan ou l’indissociable tandem Beria/Saveliev. Chacun avance ses pions, parfois mû par une intégrité personnelle, souvent par des ambitions folles. « Je contrôlais tout le pays avec près d’un million d’hommes et me voilà à gérer une centaine d’ingénieurs », avance ainsi Beria au moment où on le propulse à la tête d’un projet sur la Bombe H.

Si ce second tome se clôture par l’annonce de l’opération « Mythe », une contre-enquête officielle sur la disparition d’Adolf Hitler, sa colonne vertébrale demeure, on l’a vu, les batailles internes soviétiques. En ce sens, le scénariste Jean-Christophe Brisard met en exergue les bouleversements induits par la guerre, avec des perdants parmi les vainqueurs, mais aussi les félonies et les faux-semblants. C’est par exemple le maréchal Joukov cherchant à leurrer les forces alliées, la France hissant son drapeau malgré l’Occupation et le maréchal Pétain, des documents confidentiels soviétiques à livrer aux Anglais… Hitler est mort, certes, mais cela ne contribue qu’à un apaisement relatif des conflits et des jeux de pouvoir. Là est peut-être la clef de cette lecture passionnante.

Hitler est mort ! : Mort aux espions, Alberto Pagliaro et Jean-Christophe Brisard
Glénat, octobre 2021, 64 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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