« Escroqueuse – Quand l’hypo frappe » : sur le diabète et ses conséquences

Escroqueuse – Quand l’hypo frappe voit le jour aux éditions Delcourt. Ana Waalder et Mikhael Allouche s’intéressent au diabète en adoptant le point de vue d’Anna, de son enfance à l’âge adulte. Incompréhensions, considérations médicales, conséquences familiales, fragilités psychologiques : la maladie prend une place considérable dans la vie des patients qui en souffrent.

Il est difficile de ne pas songer à Goupil ou face en parcourant les pages de l’Escroqueuse – Quand l’hypo frappe. De la même manière que l’album de Lou Lubie se penchait sur la cyclothymie et se mettait à hauteur de ceux qui en souffrent, la bande dessinée d’Ana Waalder et Mikhael Allouche, elle aussi publiée aux éditions Delcourt, porte sur le diabète et ses contrecoups (psychologiques, relationnels, familiaux, médicaux…).

L’histoire contée est celle d’Anna, trois ans au début du récit, éternelle assoiffée et coupable d’uriner en conséquence. Elle suscite d’abord l’incompréhension de ses parents, avant que le diagnostic ne tombe : elle souffre de diabète. Son pancréas ne produit plus d’insuline et le sucre stagne dans le sang, avec le risque d’abîmer ses organes. Dorénavant, les troubles alimentaires, les épisodes d’hypoglycémie, les bandelettes urinaires, les flacons d’insuline et le dextro feront partie intégrante de sa vie.

Mais ce n’est pas tout, car la maladie change le regard que les autres portent sur vous. Elle provoque de la fatigue, des maux de tête, des non-dits, des crispations… En se portant à la hauteur de leur jeune personnage, Ana Waalder et Mikhael Allouche saisissent avec à-propos toutes les difficultés inhérentes à cette maladie méconnue : un quotidien chamboulé par les rituels médicaux, les goûters d’anniversaire qui tournent mal, les nuits entrecoupées de crises, les jalousies envers les frères et sœurs en bonne santé…

L’illustrateur Mikhael Allouche donne à l’album des couleurs pétillantes, une prétention arty et même parfois un allant psychédélique. Il suffit par exemple de se reporter à la page 11 pour appréhender à quel point il parvient à représenter la maladie avec inventivité. Ailleurs, les interdits domestiques apparaissent sous la forme d’une maison sous cloche, image édifiante s’il en est. Tout au long d’Escroqueuse – Quand l’hypo frappe, le dessin va emprunter les voies de la métaphore ou du symbole – mais pas que – pour restituer au mieux le ressenti de sa jeune héroïne Anna.

L’album se penche aussi sur un marché pharmaceutique énorme, le deuxième au monde après le cancer. Il évoque les associations de patients, les maladies connexes telles que l’hypothyroïdie, les discriminations faites à l’égard des diabétiques, les souffrances psychologiques corollaires, les questions de brevets (pour les pompes implantées) ou encore la prise en charge assurée par la Sécurité sociale. Mais Escroqueuse – Quand l’hypo frappe se distingue aussi par sa forme (de la BD classique aux mises en scène débridées en passant par les fiches didactiques) et par le portrait familial qu’il porte en creux : un père docteur, un oncle perturbateur, une mère ayant la phobie des hôpitaux, chacun y allant de sa sensibilité et de ses silences imposés.

L’album d’Ana Waalder et Mikhael Allouche est ingénieux, sophistiqué et très documenté. Par le biais d’Anna, le lecteur peut prendre le pouls d’une maladie qui s’insinue dans chaque parcelle de votre vie, qui tue à petit feu, mais qui demeure souvent déconsidérée par manque de représentants notoires ou en raison de ses effets différés sur le long terme.

Escroqueuse – Quand l’hypo frappe, Ana Waalder et Mikhael Allouche
Delcourt, septembre 2021, 184 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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