« L’Insurgée de Varsovie » : le souffle de la révolte

L’Insurgée de Varsovie se glisse dans la collection « Histoire & Destins » des éditions Delcourt. Jean-Pierre Pécau et Dragan Paunovic y content l’histoire vraie de Maria Sabina Devrim, jeune femme de 21 ans bientôt à la tête de la résistance contre les Allemands dans une ville presque entièrement détruite.

Comme l’explique très bien le dossier didactique en appendice de l’album, la première insurrection de Varsovie eut lieu en 1943 et fut le fait des Juifs. L’entreprise, bien que désespérée, servit à redonner un peu de dignité à tous ceux que les nazis avaient ostracisés, réprimés et confinés dans des ghettos. La seconde insurrection est plus complexe : elle voit le jour quelques mois après la première, dictée par l’Armia Krajowa, qui espère ainsi être en bonne position pour négocier au moment où l’Armée rouge, aux portes de Varsovie, pénétrera dans la ville. Mais tout ne se passe pas comme prévu : 85% de Varsovie finit en ruines, 15 000 insurgés sont assassinés, ainsi que 200 000 civils…

Jeune et courageuse, Maria Sabina Devrim fait partie de la résistance. Au début du récit, on la voit parcourir la ville et ses quartiers détruits (dont celui de quartier Mokotov, magnifique pleine page 8) en quête d’armes. Mais les containers expédiés depuis le ciel ne contiennent que des fleurs et des lettres d’encouragement… Elle cherchera ensuite à glisser des grenades dans les abris tenus par les SS en passant par les toits ou à poser des mines sous les bâtiments nazis. À cet égard, L’Insurgée de Varsovie offre un aperçu assez limpide de la manière dont les résistants polonais s’organisaient, avec de faibles moyens et des troupes décimées, face aux occupants allemands.

L’insurrection de 1944 a été un puissant ascenseur émotionnel pour les habitants de Varsovie. C’est brièvement rappelé dans l’album – la mise en contexte a lieu surtout dans les annexes : les insurgés ont d’abord fait sauter le quartier général de la Gestapo, fait fuir les Allemands, ont cru à la victoire, avant de voir les nazis revenir avec leurs chars et une envie décuplée d’en découdre. L’Opération Tempête aboutit finalement à l’usage par les Allemands d’un mortier géant posé sur rails, qui va éventrer la ville comme jamais auparavant. Finalement, à de rares exceptions près (la fuite des nazis), le sentiment général perçu dans l’album, au-delà de la résilience et de l’abnégation, n’est rien d’autre qu’un désespoir diffus.

Comment pourrait-il d’ailleurs en être autrement ? Jean-Pierre Pécau et Dragan Paunovic montrent alternativement l’espoir d’une rencontre avec les Soviétiques en dehors de la ville, avant de les exposer, page 45, pendus en pleine rafle allemande. Après avoir combattu les nazis, Maria Sabina Devrim va être emprisonnée… par les communistes du NKVD. Quant à Andrej, le chef de la résistance polonaise, il est abattu par un tueur embusqué, laissant la jeune héroïne, malgré elle, au commandement d’une cellule combattante.

Avec son personnage féminin fort, son immersion dans l’insurrection de 1944, son usage des couleurs (le bleu de la nuit, le rouge du feu et de la guerre…), L’Insurgée de Varsovie parvient à faire mouche. On regrette cependant que son récit manque quelque peu de mise en contexte, même si le dossier glissé en fin d’album vient répondre à ce bémol.

L’Insurgée de Varsovie, Jean-Pierre Pécau et Dragan Paunovic
Delcourt, août 2021, 60 pages

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3.5

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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