Elégie en rouge, fatale beauté

De ce manga assez méconnu, on peut retenir pas mal de choses, en particulier parce que les Éditions Cornélius qui le publient en 2010 font un travail remarquable en le présentant dans son contexte. La publication originale (au Japon) date de 1970, l’œuvre paraissant tout au long de l’année dans la revue Garo dont les débuts datent de 1964, l’année des JO de Tokyo.

Élégie en rouge est présenté au format 24 x 17,2 cm, en respectant le sens de lecture original, texte français dans les bulles agrémenté de nombreuses notes indiquant comment comprendre les bruitages ainsi que des indications laissées telles quelles dans les images. L’ensemble facilite la compréhension. L’image est dans un magnifique noir, blanc et rouge (justifiant le titre). L’histoire est celle d’un jeune couple qui tente de vivre dans un logement avec un seul salaire. Lui cherche à se faire sa place comme mangaka. Elle reste au foyer et a beaucoup de mal à trouver sa juste place. Nous sommes dans le Japon post-68, après une période de troubles qui voit émerger une société tournée vers la réussite par le travail. Mais les mentalités n’évoluent que lentement et la cohabitation d’un couple non marié est un affront aux valeurs anciennes. Cela fait de l’héroïne une femme très seule qui ne vit quasiment qu’au travers de l’amour qui l’unit à son dessinateur préféré. Une situation de plus en plus difficile. La communication par la parole se limite de plus en plus à des déclarations, puis à des reproches trop vagues pour une vraie compréhension mutuelle. D’ailleurs, l’un comme l’autre ont bien du mal à comprendre ce qui leur arrive. L’amour est toujours là, mais ils ne semblent plus sur la même longueur d’ondes, le malaise allant en s’accentuant, avec des déchirements dus à l’incompréhension. Grossièrement, il lutte pour trouver sa place dans le monde du travail (en se racontant au travers de son art), alors qu’elle n’existe qu’au travers de l’attention qu’il lui porte, attention plus ou moins distraite par ses préoccupations professionnelles.

Un style marquant

Le dessin est souvent assez épuré, Seiichi Hayashi se limitant le plus souvent aux deux silhouettes des deux protagonistes principaux. Décor souvent minimaliste donc, ce qui n’empêche pas l’auteur de faire sentir sa manière avec à l’occasion des déformations de visages pour marquer l’expression, ainsi que des paysages sublimes. Le texte lui-même est réduit au strict nécessaire. La présentation éditeur précise que le mangaka donne avec Élégie en rouge son œuvre la plus importante à ce jour. Une œuvre qui a marqué, l’auteur ayant fait une carrière dans l’illustration et l’animation. Ce manga révèle néanmoins un style caractéristique et reconnaissable entre tous d’après la présentation éditeur.

Un jalon à connaître

Cette œuvre peu bavarde se lit donc assez rapidement et laisse une impression étonnante. Force du dessin et scènes de couple font entrer le lecteur dans l’intimité d’une relation particulière. Le seul vrai défaut à mon avis vient de la publication originale dans Garo, par livraisons successives. En album, le rendu donne des impressions bizarres de discontinuité (pas de chapitres marqués).


Élégie en rouge, Seiichi Hayashi
‎Éditions Cornélius, février 2010
 
 
 
 
 
 
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Festival

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