De l’or pour les chiens : l’évasion d’une jeune femme

De l’or pour les chiens est une première oeuvre captivante grâce au regard singulier que la réalisatrice porte sur cette jeune fille qui tente de suivre ses émotions avec fougue.

La première scène et l’une des dernières scènes du film se répondent : là où l’une fait parler les corps et le bruit des gémissements sur le sable chaud d’une plage des Landes, l’autre fait parler le coeur et l’osmose de l’esprit avec sa condition humaine par le biais d’un long monologue fermé entre 4 murs. D’emblée, Anna Cazenave Cambet dévoile la sexualité impétueuse de son personnage avec une scène aride, et sans fioritures, et prend à contre pieds cette idée que la libération narrative de son personnage passera uniquement par l’appropriation de son pouvoir sexuel : Esther se l’étant déjà approprié très jeune. Ces deux scènes sont le fruit du film : celui de voir une jeune femme, innocente, un brin candide et observatrice, découvrir le monde et ses turpitudes.

Alors qu’Esther tombe amoureuse d’un jeune garçon, avec qui elle passe tout son été à baiser, elle décide de le suivre à l’improviste chez lui à Paris, sans rien en poche à part son sac et une bouteille remplie de sable. Sauf que tout ne se passera pas comme prévu. Dans cette première partie du film, estivale, solaire et non loin des codes du teenage movie, la cinéaste (avec le travail de son chef op’) fait preuve d’une grande minutie pour accoucher de beaux tableaux. Avec un style naturaliste voire même documentariste, elle aime prendre le pouls de grands espaces, sentir le décorum vibrer, tout en aimant souvent recentrer son axe, autour du facteur organique des corps, notamment celui de son actrice principale, Tallulah Cassavetti. Mais que l’on ne s’y trompe pas, le coeur du film, c’est un échange en filigrane entre Esther et son environnement.

Un environnement premièrement masculin, manipulateur et violent, un environnement familial déstructuré où compétition et incompréhension entre mère et fille ne font pas bon ménage dans un milieu social difficile et sexiste. On se prend rapidement d’affection pour ce personnage d’Esther et sa robe presque trop petite pour elle, souvent en retrait, où il est difficile de savoir si elle prend le pouvoir de sa vie ou si elle subit certaines situations (« tu veux pas le faire, parce que je le fais mal? »). Cette ambiguïté, sans qu’il y ait de jugements dans le récit, permet aussi au personnage de s’émouvoir par lui même, et de lui laisser une totale liberté dans l’expression de ses émotions à l’image de cette danse improvisée dans un bar PMU, qui rappelle doucement celle de Haemi dans Burning.

Puis vint la deuxième partie, celle à Paris, où Esther trouvera refuge dans un couvent de religieuses, où Esther se livrera mais aussi fera ce qu’elle aime faire le plus : écouter les autres. Dans cette deuxième partie, le soleil des Landes et les ondes des vagues ne sont plus. Une lumière qui s’assombrit, un silence monacal, des gestes du quotidien, un respect des lieux et des rites, des frustrations qui se placardent contre les murs, le film prend alors une tournure mystique qui se rapproche des premières oeuvres de Bruno Dumont. Le film, presque coupé en deux, qui fait éclore deux ambiances bien distinctes n’est en aucun cas incohérent : au contraire, au lieu de suivre un schéma narratif habituel, il suit les émotions de son personnage. Dans un cas comme dans l’autre, De l’or pour les chiens fait se mouvoir le corps et l’esprit de femmes qui prennent la parole de manière hétéroclite et qu’on écoute avec bienveillance. Dans la vie d’Esther, il n’y a pas de voie toute tracée, ni de chemins à suivre. Seule maitre de son destin, elle se laisse guider par ses émotions et sa compréhension d’un monde parfois en suspens, mais terriblement tangible. Avec ce portrait de jeune femme, Anna Cazenave Cambet signe un premier film fort, loin des attentes du genre. 

Bande Annonce – De l’or pour les chiens

Fiche Technique – De l’or pour les chiens

Réalisation : Anna Cazenave Cambet
Scénario : Anna Cazenave Cambet, Marie-Stéphane Imbert
Casting : Tallulah Cassavetti, Ana Neborac, Corentin Fila
Durée : 1h 39 minutes
Genre: Romance, Drame
Date de sortie : 30 juin 2021 ( Rezo Films)

 

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