Manhunter, le labyrinthe de l’esprit

Manhunter s’offre à nous tel une énigme à résoudre. Il joue avec nos émotions, entre horreur et miséricorde, et nous pose l’ultime question : qu’est-ce qui sépare le bien du mal ?

Entrez dans l’esprit d’un tueur en série… 

Thriller psychologique, étudiant les rouages de l’instable et retraité Will Graham, sur les traces d’un tueur sévissant les nuits de pleine lune, Manhunter est un vrai terrain de jeu esthétique et sonore; avec une bande originale synthétisante, qui se lie naturellement avec l’esthétique froide et métallique du réalisateur.

Full 80s.

Entre architectures minimalistes et ambiance mannéenne, le futur primé donne un impact sensoriel à cet environnement qui fascine un spectateur noyé sous les doutes et séquelles psychologiques du personnage principal.

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Bien que la trilogie aussi délicieuse qu’imparfaite avec Anthony Hopkins soit celle dont on se souvient le plus, Manhunter nous a livré pour la première fois à l’écran, la psychologie de l’aguichante personnalité du Docteur Hannibal Lecter (ici Lektor). Fier marionnettiste et jouissant d’un contrôle absolu, le personnage joué par Brian Cox (qui nous régale actuellement avec sa performance dans Succession) arbore une présence propre sur soi et mystérieuse.

Mais l’oeuvre est plus qu’une introduction du célèbre sociopathe et se passionne au premier plan sur les approches ésotériques de l’agent spécial Will Graham (interprété par William Petersen). Celui qui aime se glisser dans la peau de sa proie, se verra instantanément pris au piège de sa propre santé mentale. La rencontre avec son tourmenteur sera l’élément déclencheur de sa psychose. Un tête-à-tête nécessaire à l’enquête, où Lektor s’amusera avec l’esprit d’un Graham, captif de sa propre prison.

Si vous voulez le trouver, trouvez-vous vous-même.

Michael Mann a toujours été soucieux du détail et a activement recherché de quoi se mettre sous la dent afin de déblayer un terrain où profiler et serial killer n’étaient encore que des balbutiements.

The Great Red Dragon and the Woman Clothed in Sun, célèbre peinture de William Blake est ici la folie du tueur, un spectre mutilé aux multiples complexes. Tom Noonan nous offre une merveilleuse mise en scène qui volerait presque la vedette à notre psychiatre préféré. Le personnage qu’il nous dépeint est de marbre, un voyeur refusant d’être vu, même durant le court instant où il s’autorise à aimer. Miroir d’un Graham torturé, aussi plastiquement glacial que sa villa habillée de Guingan, donnera lieu à un face-à-face qui laissera à l’agent spécial l’allure d’une toile de Picasso mais qui, au travers des fenêtres de son a(me)gresseur, trouvera sa liberté.

…et vous ne reviendrez peut-être jamais.

Le film est un grand thriller, finement pensé, d’une beauté indiscutable mais est malheureusement éclipsé comme plusieurs de ses compères de l’époque (The Thing, To Live and Die in Los Angeles,…). Mann explore sans tabou les tréfonds de l’âme humaine et nous prouve qu’un bon film n’est pas forcément celui qui remporte le plus de statuettes mais celui qui éventrera les conventions de chacun. Bien sûr, Manhunter n’est pas parfait, tantôt maladroit, tantôt déroutant, mais avec une consistance unique, donnant au cinéma des années 80, une patte indélébile et une introspection vierge de tout jugement.

Manhunter – Bande annonce

Manhunter – Fiche technique

  • Réalisation : Michael Mann
  • Scénario : Michael Mann d’après le roman de Thomas Harris
  • Musique : Michel Rubini et The Reds
  • Photographie : Dante Spinotti
  • Casting : William Petersen, Brian Cox, Tom Noonan, Joan Allen,…
  • Durée : 124 minutes
  • Genre : Thriller, Policier
  • Date de sortie : 1986

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Charlotte Quenardel
Charlotte Quenardelhttps://www.lemagducine.fr/
Mordue de ciné depuis mes jeunes années, allant de The Thing à Moulin Rouge, Lost Highway ou encore To Have and Have Not, je m'investis à nourrir cet hétéroclisme cinématographique en espérant qu'il me nourrisse à son tour. Et peut-être qu'en passant, je peux en happer un ou deux sur ma route. Après tout, comme disait Godard : “Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d’autre chose ? Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout.”

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