Police d’Anne Fontaine : un pas de côté qui tombe à plat

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Police d’Anne Fontaine en voulant faire un pas de côté, passe complètement à côté de son sujet. Il ne se passe pas grand chose en termes d’action, mais ce qui se joue dans les sentiments et l’enjeu politique n’est pas traité non plus. Dommage, car l’idée était bonne de mêler costumes civils et costumes de flics dans un mouvement contestataire. Le film est sorti en salles en 2020 et a été vu pendant le confinement grâce à l’excellent travail de La 25e heure.

Une police sans force

La première partie de Police, le dernier film d’Anne Fontaine, laisse penser à un regard ultra réaliste et usé sur la profession. On y croise en effet trois personnages, tantôt en habits de flic, tantôt en civil, dont les vies privée et professionnelle ont cessé de faire battre leurs cœurs. Déjà quelque chose cloche, sonne faux, on peine à croire au personnage de Virginie Efira notamment. Elle est livide, presque grise, sans saveur. Pour jouer la désillusion, on a vu mieux. En effet, Maïwenn avec Polisse s’attaquait elle aussi (non sans maladresse) aux vies cabossées des policiers mais les acteurs avaient du panache.

Ici, tout est empâté notamment dans une mise en scène répétitive qui ne marche pas vraiment. En effet, on ne comprend pas trop ce que l’alternance des points de vue apporte à cette première partie qui n’a pas de fin.  On voit des gars contents d’aller castagner des plus jeunes sans que rien ne soit contextualisé. Rajoutez à cela la grossesse « surprise » de Virginie et vous avez le tableau. Ainsi tout s’enchaîne, dialogues comme situations, sans que rien n’accroche. Déjà dans Blanche comme neige, son précédent film, on peinait à voir où Anne Fontaine voulait en venir, là c’est carrément le vide abyssal.

Contre champ

Soudainement, la réalisatrice décide de faire un pas de côté. Il ne s’agit plus de parler du quotidien un peu morne des policiers (sauf quand ils peuvent frapper des gens, oui oui, ce n’est pas nous qui le disons mais eux !), mais de les filmer dans une mission qui n’est pas la leur habituellement (à la faveur d’un incendie, seule vraie belle séquence du film). Il leur faut en effet conduite un débouté du droit d’asile vers la mort. Cette info, ils la découvrent plus tard alors que nous, on avait compris depuis quinze minutes. Tout aussi soudainement que le pas de côté, les trois policiers (pour l’un ce sera plus long) se découvrent une conscience politique.

C’est le temps du « suspense » où on ne sait pas si l’homme muet, aux côté des trois autres giga bavards, va profiter de l’accalmie des policiers pour s’échapper. S’en suit un jeu de regards plutôt vaseux et des longueurs interminables. Il y a même une séance de repas au Quick franchement insupportable d’inutilité. Comme ils sont incapables de communiquer et ne font que s’engueuler, celui qui ne comprend rien à ce qui se dit prend peur. On ne sait rien de lui, cela est assez beau puisque c’est aussi le cas de nos policiers. Cependant, la réalisatrice ne fait pas grand chose de cela. On oscille entre la gentillesse ou la dangerosité du personnage, qui devient un faire valoir. Ne pas chercher à le comprendre prouve à quel point l’enjeu moralisateur est vain. Au final, on ne sait pas s’il survivra ou non, si Virginie avorte ou pas. En fait, on ne sait rien, on ne va nulle part. Peut-être est-ce une métaphore de ce que vivent les personnages, mais là rien n’est vraiment construit. Et même les trois acteurs qu’on adore finissent par être agaçants.

Quand les enjeux ne sont pas définis, la couleur du film ne se dessine pas, rien n’est intéressant. On surfe sur des sujets sans prendre jamais le creux de la vague. Le film n’a véritablement de police que le titre, pas l’uniforme ni la sueur. Un grand raté qui aurait pourtant pu être une passionnante réflexion. Dommage.

Bande annonce : Police

Fiche technique : Police

Synopsis : Virginie, Erik et Aristide, trois flics parisiens, se voient obligés d’accepter une mission inhabituelle : reconduire un étranger à la frontière. Sur le chemin de l’aéroport, Virginie comprend que leur prisonnier risque la mort s’il rentre dans son pays. Face à cet insoutenable cas de conscience, elle cherche à convaincre ses collègues de le laisser s’échapper.

Réalisation : Anne Fontaine
Scénario : Anne Fontaine, Claire Barre, d’après l’oeuvre de Hugo Boris
Producteurs :  Philippe Carcassonne, Jean-Louis Livi
Interprètes : Virginie Efira, Gregory Gadebois, Omar Sy, Payman Maadi
Photographie : Yves Angelo
Montage : Fabrice Rouaud
Sociétés de production :  F comme Film,  Ciné-@, StudioCanal, France 3 Cinéma, France 2 Cinéma, Korokoro, Scope Pictures
Distributeur : Studio Canal
Genre : drame
Durée : 169 minutes
Date de sortie : 2 septembre 2020

France – 2020

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Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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