La trilogie de Koker, d’Abbas Kiarostami, en un coffret DVD

Il est fascinant de voir d’affilée les trois films qui constituent ce que l’on dénomme de nos jours la Trilogie Koker. Le travail accompli par le cinéaste iranien Abbas Kiarostami est ici extraordinaire : les trois films sont unis par tout un réseau aussi bien thématique qu’esthétique et même narratif, ce qui est d’autant plus formidable que cette trilogie s’est improvisée au fil du temps.

En effet, lorsque Abbas Kiarostami arrive pour la première fois à Koker, petit village du Nord de l’Iran, en 1987 pour réaliser Où est la maison de mon ami ?, il n’avait aucune idée d’une quelconque trilogie. Le film raconte l’aventure d’un petit garçon, Ahmad, qui doit parcourir la campagne et le village voisin, Poshteh, à la recherche de son petit camarade Mohammad. En effet, par distraction, il a pris le cahier de son camarade et celui-ci risque d’être exclu de l’école s’il n’a pas fait ses devoirs. Avec un naturel désarmant, Kiarostami nous livre ici, entre autre, une fable profonde sur la notion de responsabilité individuelle.

En 1990, un terrible tremblement de terre dévaste le Nord de L’Iran. Immédiatement, Kiarostami se rend sur les lieux, à la recherche des enfants qui tenaient les rôles principaux de Où est la maison de mon ami ? Dans un des bonus, le fils du cinéaste, Ahmad Kiarostami, affirme que le cinéaste a été tellement bouleversé par ce qu’il a vu là-bas, que sa vie en a été changée : lui qui avait jusque là une vision plutôt sombre et pessimiste de l’existence, a repris cette confiance en son prochain que l’on retrouvera désormais dans sa filmographie. Et la vie continue, deuxième partie de cette trilogie, racontera le périple d’un cinéaste qui revient sur les lieux de tournage de son film.

Enfin, un incident survenu entre deux figurants lors du tournage de Et la vie continue inspirera Kiarostami pour faire Au travers des oliviers, film qui raconte… le tournage de Et la vie continue. Ainsi, les trois films s’imbriquent les uns dans les autres pour former une trilogie improvisée mais aux liens très ténus.

Le premier lien est, bien entendu, le décor. Les trois films sont tournés dans la même région, dans les mêmes lieux. Kiarostami en profite pour donner une unité esthétique à ses films en créant entre eux tout un système de références : les chemins en Z le long des montagnes, les arbres, un berceau avec un bébé qui pleure, etc.
Cette unité se retrouve aussi dans la façon de faire ses films. Ainsi, le cinéaste fait appel à des acteurs non-professionnels, des personnes habitants les lieux du tournage. De même, les dialogues sont souvent improvisés : le cinéaste met les comédiens dans les conditions nécessaires pour entretenir des conversations qui ne sont pas forcément prévues au scénario. Une approche qui pourrait faire penser à celle du néoréalisme.

Et justement, c’est autour de la notion de réalisme que se noue l’unité de la trilogie de Koker. En effet, dès le premier film, le réalisme apparent semble se fissurer. A travers les trajets du petit Ahmad, on entre progressivement dans un monde de réalisme magique. Le film se rapproche des contes, dans lesquels un héros pur et innocent doit affronter plusieurs épreuves avant de réussir sa quête. Le paysage se déploie comme un véritable labyrinthe : le protagoniste doit faire marche arrière, prendre d’autres routes, chercher des indices (comme ce pantalon qui sèche sur un fil), etc.

Et la vie continue et Au travers des oliviers choisissent plutôt une réflexion sur le rapport entre cinéma et réalité. Là aussi, voir les films à la suite donne le sentiment d’une vertigineuse mise en abyme. Kiarostami s’inspire de son propre voyage pour le mettre en scène et en faire un film, puis du tournage de celui-ci pour en faire un autre. Kiarostami pose frontalement la question de la mise en scène de la réalité : il suffit de voir comment le petit vieux reproche au cinéaste de l’avoir vieilli exagérément…
Tout cela se mêle pour faire de cette trilogie de Koker une date essentielle du cinéma contemporain et un tournant dans la filmographie d’Abbas Kiarostami.

Outre l’intérêt qui réside dans le fait de pouvoir savourer ces trois films à la suite, le coffret que nous proposent les éditions Potemkine et MK2 nous offre des bonus passionnants. Chaque film est accompagné d’un commentaire d’Alain Bergala, qui analyse l’oeuvre, sa structure, son importance dans la filmographie de Kiarostami, et en raconte aussi la genèse. Ces entretiens sont brefs (entre 22 et 26 minutes) mais denses.

En plus, nous avons un montage court mais instructif de séquences des trois films, montage qui permet de voir ce fameux réseau esthétique qui unit la trilogie de Koker. Enfin, le coffret nous permet aussi de voir un entretien avec l’un des fils du cinéaste, Ahmad Kiarostami, qui, à travers ces trois films, dessine un portrait sensible de son père.
L’ensemble constitue un coffret incontournable.

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Potemkine, MK2

Caractéristiques des DVD
Couleurs
Format de l’image : 1.66
Format de l’écran : 16/9 compatible 4/3
Son Dolby Digital Dual Mono
Version originale
Sous-titres français
Durée : 80 minutes + 91 minutes + 100 minutes
Compléments de programme
Les films vus par Alain Bergala (23 à 26 minutes)
Répétition et variation dans La Trilogie de Koker (3 minutes)
Entretien avec Ahmad Kiarostami (15 minutes)

 

Où est la maison de mon ami ? Extrait

https://www.youtube.com/watch?v=Z1A29hS4JhQ

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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