Festival Lumière 2020 : Vaurien, la virée sociale et nocturne de Peter Dourountzis

Présenté au Festival Lumière 2020 sous le label de la sélection officielle du Festival de Cannes 2020, Vaurien est un thriller social réaliste, abouti et sombre mais qui manque un peu de tranchant pour un premier film.

Souvent les premiers films en montrent beaucoup quitte à asséner un semblant de personnalité filmique pour que le cinéaste puisse démarquer sa démarche de celle des autres. Pour Vaurien de Peter Dourountzis, c’est un peu le contraire. L’économie de moyens est de mise, et l’aspect naturaliste prend le pas sur le reste, faisant une part belle à son portrait d’une société sous-jacente qui tente de joindre les deux bouts. Car aux delà de son personnage principal, sans abris et tueur en série, Vaurien est un film à la narration, qui à l’image de Djé son protagoniste, navigue parfois à vue et se laisse porter par les événements.

Djé passera de la rue à l’appartement d’un ami, d’une toute petite chambre de banlieue habitée par 4 ou 5 immigrés jusqu’à l’occupation d’un squat avec les différents membres d’une association. Cela permet au cinéaste de se réapproprier habilement et visuellement des lieux qu’on ne voit pas souvent dans le cinéma français interlope ou de leur donner une fonction autre. Pour son personnage principal, cette liberté de mouvement, le fait de passer inaperçu lui permet d’agir dans l’ombre et de violenter les femmes comme il le fait à sa guise. Et à ce rythme, se distinguent deux voies qui composent l’œuvre : le portrait d’une société en marge où les minorités deviennent parfois (ou souvent) des proies faciles, même à chaque coin de rue (l’arrestation policière, les signalements de panneaux pour que les femmes fassent attention, la bagarre contre les skins ou la dispute dans le bar au sujet des règles des femmes), et puis de l’autre, il y a le cinéma de genre où le thriller mortifère se joue autour du personnage principal de Djé et son visage angélique.

La thématique qui relie les deux sphères du film est que les apparences sont souvent trompeuses. Pierre Deladonchamps incarne idéalement cette ambiguïté entre la violence qui émane de lui – et de ses actes – et cette capacité qu’il a à la dissimuler par son regard bleu et sa gueule de « beau gosse », qui s’éloigne fortement de l’image pré requise qu’on peut avoir sur ce genre d’hommes (au contraire de Golden Glove de Fatih Akin). Arrivant habilement à faire le pont entre les deux, se jouant des genres dans des lieux de la routine quotidienne pour faire naître la tension comme lors de cette scène de regard dans le bus (qui fait penser à celle de Shame de Steve McQueen mais sans l’aspect criminel et prédateur de la chose), Peter Dourountzis a le talent de ne jamais alourdir son propos ou de surligner ses effets quitte à laisser de réelles zones d’ombre sur le passé du personnage et ses motivations premières.

Sans perdre de vue son sujet et sans casser le rythme de son récit, Vaurien arrive à la fois à rendre tangible une misère sociale préoccupante et à rendre nébuleux et ténébreux le parcours d’un tueur en série d’où s’échappe une certaine empathie lors sa relation avec la jeune et frondeuse Maya (sublime Ophélie Bau). Malgré ce réalisme de tous les instants et un beau regard sur la France des délaissés, qui n’est pas si habituel dans notre cinéma et n’est pas sans rappeler Roubaix, une lumière d’Arnaud Desplechin, cette dite économie de moyens devient aussi un peu le talon d’Achille d’un film parfois trop monochrome dans ses intentions, trop descriptif et pas assez introspectif, qui aurait mérité une perte de contrôle plus flagrante, des idées de genre plus accentuées et la captation d’une noirceur sensitive plus palpable à l’écran pour réellement nous embarquer dans le cheminement de cette dangerosité humaine. 

Fiche Technique – Vaurien

Réalisateur : Peter Dourountzis
Scénario : Peter Dourountzis
Casting: Pierre Deladonchamps, Ophélie Bau, Sébastien Houbani…
Sociétés de distribution : Rezo Films
Durée : 1h35
Genre: Drame social/Thriller
Date de ressortie :  9 juin  2021

 

 

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3

Festival

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