Effacer l’historique : aussi absurde que notre monde moderne

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Effacer l’historique est la nouvelle plongée « wtf » de Gustave Kervern et Benoit Delepine dans notre monde moderne. Ils le font avec beaucoup d’absurdité, mais n’ont pas à chercher bien loin le non sens qui occupe chaque moment de nos vies connectées. Une petite pépite qui ne dit rien de moins que « mieux vaut en rire qu’en pleurer ». Bien sûr, ça ne fait pas toujours mouche et quelques longueurs sont à déplorer, mais le quotidien est idéalement croqué par les deux réalisateurs.

Mieux vaut en rire

Blanche Gardin le dit dans la vidéo de présentation, le film est un « brouillon ». Si la petite pastille d’humour est censée dire l’inverse de ce qu’elle veut partager au spectateur, elle a cela de vrai qu‘Effacer l’historique ne se présente pas d’emblée comme un bel objet terminé et prêt à l’emploi. Il s’agit plutôt d’un film parfois ridicule, longuet, mais qui dit mieux que personne à quel point nos vies connectées sont absurdes. Les personnages passent leur temps l’oreille collée au téléphone, les yeux rivés sur l’écran à prendre des abonnements, des dettes et autres joyeusetés modernes. Ou pire, ils deviennent accros aux séries au point de tomber dans les mêmes dérives que citées plus haut. Nos trois héros sont aussi d’anciens gilets jaunes qui ne veulent pas arrêter la lutte, mais ne savent plus trop contre quoi se battre.

Echec et mat

Comme ils l’avaient fait avec leur précédent film (I feel good), les deux complices sont coupables de mener leurs personnages dans le n’importe quoi du n’importe quoi. Et de le faire sans se donner de limites. L’adage « les meilleures blagues sont les plus courtes » ne semble pas les avoir habités pendant le tournage. Ainsi, si on n’adhère pas dès le début à cet humour absurde et parfois « pipi caca », il est certain que les soupirs seront de mise. Cependant, les acteurs sont à fond, notamment Blanche Gardin qui a fait sienne cette capacité à dire des horreurs l’air de rien et à tout oser. Effacer l’historique explore donc notre volonté d’échapper à un numérique fou qui entrave nos vies plus qu’il ne les libère et regarde en face l’échec des luttes modernes. Le message subliminal qui ne l’est pas du tout est celui d’un dénuement, mais jamais dans le mélodramatique ici, d’un retour à l’essentiel, à une communication plus directe, moins artificielle. Les petits clins d’oeil tout au long du film avec un panel d’acteurs assez fou dont Benoit Poelvoorde ou encore Vincent Lacoste disent aussi bien qu’un Ken Loach à quel point ça déconne chez les capitalistes.

Le monde en face

Ici ce ne sont pas les grandes surfaces qui sont déshumanisées (Le grand soir), elles n’existent presque plus, ce sont les drones, les livreurs à vélo qui fondent en larmes pour quelques gouttes de café renversées qui montrent à quel point ce que nous regardons n’est pas qu’une pastille d’humour mais notre réalité. Et même si ça n’est pas toujours dit avec les meilleures manières, les deux réalisateurs le font mieux que personne tout en parvenant à nous faire rire, l’oeil fixé sur leur prochaine bêtise. Et le tout avec une bande sons aux petits oignons !

Effacer l’historique : Bande annonce

Effacer l’historique : Fiche technique

Réalisateur : Gustave Kervern, Benoit Delepine
Scénario : Gustave Kervern, Benoit Delepine
Interprètes : Blanche Gardin, Corinne Masiero, Denis Podalydès, Vincent Lacoste
Photographie : Hugues Poulain
Montage : Stéphane Elmadijian
Sociétés de production : Les Films du Worso, No money Productions
Distribution : Ad Vitam
Durée: 106 minutes
Genre : comédie
Date de sortie : 26 août 2020

France – 2020

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Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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