« Le Corbeau » : Poe, Karloff et Lugosi en scène

Elephant Films remet plusieurs classiques de l’horreur au goût du jour. Celui qui nous intéresse aujourd’hui met en scène les immenses Boris Karloff et Béla Lugosi dans une adaptation libre d’Edgar Allan Poe.

À l’époque, bien qu’il obtienne le premier rôle, Béla Lugosi demeure dans l’ombre de son acolyte Boris Karloff, qu’on retrouve bien en vue sur les affiches promotionnelles. Les deux comédiens ont une solide réputation dans le cinéma d’horreur : Karloff a notamment campé Frankenstein dans le film éponyme de James Whale, tandis que Lugosi est célèbre pour son interprétation du premier Dracula parlant sous la houlette de Tod Browning. Lew Landers les réunit dans un film relativement court (61 minutes) et surdéterminé par Edgar Allan Poe, dont les écrits inspirent le scénario et les engins de torture se retrouvent à l’écran. Si la caméra demeure statique, Le Corbeau se caractérise tôt par son ambiance anxiogène. Le Dr Richard Vollin, retraité, est appelé au chevet d’une jeune femme qu’il parvient à sortir du coma. Il s’éprend immédiatement d’elle mais, éconduit, décide d’organiser une vengeance sanguinaire impliquant plusieurs machines de torture plutôt cinégéniques : une lame aiguisée en forme de pendule ou une pièce dont les murs se rapprochent.

Pour piéger et assassiner ses convives d’une nuit, le Dr Vollin fait appel à Edmond Bateman, un criminel en fuite désireux de changer de visage afin de vivre en toute quiétude. Et pour renforcer la cruauté de son serviteur, l’amoureux en peine va le défigurer afin qu’il devienne littéralement son monstre. Lew Landers transforme ainsi les sentiments les plus nobles en ressentiments malsains : « Elle a pris possession de ma vie », avouera, désespéré, le Dr Vollin. Si la réalisation peine à surprendre, certaines scènes méritent néanmoins d’être signalées. Lorsque Bateman prend conscience de sa nouvelle apparence, on le découvre, abasourdi et horrifié, détruisant les miroirs qui reflètent sa monstruosité. Plus tard, c’est lui, l’horrible suppôt, qui viendra en aide aux victimes du Dr Vollin, renversant ainsi le jeu de représentations imaginé par Lew Landers. Le monstre en fuite est définitivement plus humain que l’éminent docteur. Une situation fortement connotée, qui donne au final son sel ironique. Plus tôt dans le film, dans un méta-discours limpide, le « désir irrépressible » de Poe était évoqué pour sursignifier les blessures amoureuses. Le principal problème de cette série B au demeurant sympathique se situe peut-être là : cette histoire de vengeance sentimentale porte incontestablement l’outrance en bandoulière.

TECHNIQUE & BONUS

Le travail de restauration en 4K est appréciable, avec une image stable et présentant peu de scories. Le soin accordé au grain et au noir et blanc rend cette restauration (de longue haleine) indispensable aux admirateurs du film. Les pistes sonores sont à l’avenant, avec des dialogues clairs et non parasités par des artéfacts indésirables. Au rang des suppléments, on retrouve les habituels crédits, bande-annonce ou galerie photographique. Une courte intervention d’Eddy Moine complète les bonus. Il y est question du parcours de Boris Karloff et Béla Lugosi, de la valse des scénaristes qui eut lieu lors de la préparation du script ou encore des libertés prises lors de l’adaptation, auxquels se mêlent quelques commentaires sur le film.

Caractéristiques du Blu-Ray

Edité par Elephant Films
Durée : 1H01m
13 chapitres
Image : 1.33 16/9
Son : Anglais
Sous-titres : Français

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3

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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