Chien de garde, de Sophie Dupuis : Sti qu’c’est un bon thriller tabarnak

Chien de garde, l’excellent premier long métrage de la Québecoise Sophie Dupuis est réédité en ce début d’année par Rimini Editions. L’occasion de revoir ou de découvrir cette histoire de fraternité contrariée ou naturalisme social et thriller familial vont de pair.

Une histoire de frangins

Dans une des premières scènes du film,  ils déambulent avec insouciance sur les boulevards du quartier Verdun à Montréal comme deux chiens fous.  J.P, l’ainé, beau gars aux airs de Casey Affleck et à l’assurance tranquille. A ses côtés, son jeune frère, silhouette dégingandée, yeux pétillants et bouille d’ange. L’instant d’après ils braquent un restaurateur avec une extrême violence. De fait, loin d’être l’angelot annoncé Vincent est un hyperactif affectivement perturbé que son ainé peine tout juste à garder sous contrôle. Comment faire quand la famille pèse d’un trop grand poids sur son propre équilibre psychologique ? C’est la question centrale que pose le film et à laquelle doit répondre J.P pris en tenaille entre son désir d’émancipation et son attachement au noyau familial.

Prisonnier de son milieu

Car J.P n’est truand qu’en de rares occasions et uniquement pour le compte de son oncle, un tenancier de bar mafieux qui lui délègue le sale boulot. En réalité, il aspire à une vie professionnelle lambda et suit une formation d’électricien à cet effet. Il entretient une relation amoureuse avec une petite amie qu’il héberge dans la maisonnée familiale mais où elle a bien du mal à trouver sa place. D’autant que J.P considère ses proches,  son dingos de frère et une mère à forte tendance alcoolique, comme une responsabilité à laquelle il ne peut se soustraire. Le chien de garde, c’est lui, l’ainé,  cantonné à la niche familiale, symbole de ce milieu dont il ne réussit pas à s’échapper et tenu par la laisse affective que ses proches resserrent au fur et à mesure qu’il donne des signes de lassitude.

Polar urbain

Le film rappelle la problématique mère-fils à l’œuvre dans les films de Xavier Dolan. Une ressemblance renforcée par cette langue québécoise toujours aussi savoureuse. Mais les points communs s’arrêtent là. A la différence de Mommy qui s’attache essentiellement aux relations psychologiques, Sophie Dupuis dessine le cadre d’un véritable thriller. En premier lieu avec des personnages bien construits à l’image de cet oncle manipulateur tantôt doucereux, tantôt aboyant ses ordres. Ensuite, les décors : ce Montréal interlope, territoire de chasse et de virée que les deux  frangins arpentent de jour comme de nuit. Mais la caméra de Sophie Dupuis s’attarde surtout sur la maisonnée familiale, antre d’une mère possessive qui entretient avec son plus jeune fils une relation quasi incestueuse. J.P réussira-t-il à échapper à l’emprise affective de sa mère et l’ascendance toxique de son oncle ? C’est tout l’enjeu et le suspense de Chien de garde.

Un très bon film noir dont en retiendra également l’extraordinaire prestation du jeune Théodore Pellerin dans le rôle de Vince, le frère hyperactif et névrosé.

Bande annonce :

Fiche technique :

  • Titre : Chien de garde
  • Réalisation: Sophie Dupuis
  • Scénario : Sophie Dupuis
  • Photographie : Mathieu Laverdière
  • Montage: Dominique Fortin
  • Producteur : Etienne Hansez
  • Musique : Patrice Dubuc, Gaëtan Gravel, Vincent Banville, Gregory Beaudin Kerr, Jonathan Quirion, Jean-François Ruel, Pierre Savu-Massé et Charles-André Vincelette
  • Direction artistique : Eric Barbeau
  • Costumes : Patricia McNeil
  • Son : Frédéric Cloutier, Patrice Leblanc, Luc Boudrias
  • Société de production:  Bravo Charlie
  • Sociétés de distribution :
  • Pays : Québec (Canada)
  • Langues : français
  • Genre: drame
  • Durée : 87 min.
  • Dates de sortie :
  • France : 14 novembre 2018
  • Réédité par Rimini Editions
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3.5

Festival

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