Ces Garçons qui venaient du Brésil en Blu-ray chez Elephant Films

À l’occasion de sa récente sortie Blu-ray, le formidable long métrage de Franklin J. Schaffner, Ces Garçons qui venaient du Brésilrevient nous faire frissonner d’effroi avec une édition HD soignée chez Elephant Films.

Synopsis : Au début des années 70, Ezra Lieberman, qui traque depuis plus de vingt ans les criminels nazis, reçoit d’inquiétantes informations en provenance du Paraguay : le docteur Mengele, responsable de monstrueuses expériences à Auschwitz, dirigerait un complot fondé sur ses nouvelles abominations scientifiques et ayant pour objectif la renaissance du IIIème Reich.

Le suspense Schaffner-ien

La Planète des Singes (1968), Patton (1970), Papillon (1973)… Franklin J. Schaffner n’est pas une petite main hollywoodienne. Aussi le retrouver sur Ces Garçons qui venaient du Brésil (1978) n’est pas surprenant tant le cinéaste fut un grand artisan du suspense micro & macroscopique. En filmant une réunion de vieux et jeunes nazis en Amérique du Sud, Schaffner fait ce qu’il a toujours su faire, filmer des intimités comme s’il captait le destin du monde. De l’existence de singes, conséquence de notre sort, au monologue de George Patton nous invitant à prendre part avec violence à l’avenir de l’humanité coloré par le drapeau des Etats-Unis, la filmographie de Schaffner s’est toujours construite sur le rapport entre l’individu et le collectif. Plus précisément, c’est ce rapport entre le sujet et l’objet général (mondial, sociétal) qui crée dans ses films ce suspense de l’effroi.

Le spectateur découvre à travers les points de vue de protagonistes la réalité d’un monde qui le dépasse mais qui est cependant soumis à quelques individus. Cette expérience d’un cosmos loin d’obéir à nos idées, attentes et valeurs est à la fois celle du personnage et celle du spectateur qui s’identifie au point de ce dernier qui, comme le premier venu dans la salle, découvre avec déception l’inconfort du monde et de ses vérités. Et c’est lorsqu’il est proche de la vérité, quand le doute n’est plus permis mais que l’évidence n’est pas encore confirmée, que naît l’effroi. Voilà la réussite de Schaffner, que de nous bouleverser dans notre rapport au monde par ce travail de l’intime et du gigantisme, de la vérité déduite et de la réalité toujours plus complexe.

ces-garçons-qui-venaient-du-bresil-laurence-olivier-chasse-les-nazis-ITC-Films-Elephant-Films
Laurence Olivier gagné par l’effroi d’une vérité de plus en plus précise et complexe dans son esprit.
Copyright : ITC, ITV, Elephant Films.

Rendre à l’écran la complexité d’un monde permet au spectateur de mieux s’y investir, aussi fantaisiste – ou étranger à son regard – puisse-t-il l’être. Car c’est dans ses nuances, dans ses figures d’altérités et zones d’ombres que le réel du cinéma se substitue à celui du spectateur. Dans les films de F.J.S., la substitution est d’autant plus effroyable que ce monde dans lequel le cinéaste nous investit est toujours soumis aux points de vue de protagonistes pragmatiques en lesquels peut se reconnaître et alors s’identifier tout à chacun.  Et, détail pas des moindres, les contextes fictionnels de ces métrages, parfois hautement fantaisistes, sont toujours basés sur des faits et réalités historiques réels, sinon terre-à-terre : des cosmonautes rentrant d’une mission sur Terre, naufragés dans un monde inconnu, au général qui, à défaut de changer en conséquence le cours du monde, a anticipé ses futurs désastres.

Ces Garçons qui venaient du Brésil n’échappe pas à ce suspense du trouble et de la terreur qui constitue non pas un axe annexe mais son essence même. Si le dernier quart du film – où la révélation est déclarée en couleurs et en stéréo – est loin d’être le plus intéressant, le voyage se doit d’être (re)découvert afin de (re)vivre cette formidable expérience cinématographique l’effroi qui nous transmet tout au long du film comme dans son final tout en possibles une sage leçon Schaffner-ienne : souvenez-vous bien, car le pire est déjà arrivé, mais peut encore revenir.

ces-garçons-qui-venaient-du-bresil-gregory-peck-est-le-docteur-mengele-copyright-ITC-Films-Elephant-Films
Un visage joyeux derrière lequel se précise un espoir cauchemardesque.
Copyright : ITC, ITV, Elephant Films.

Sur l’édition Blu-ray       

ces-garçons-qui-venaient-du-bresil-visuel-de-l-edition-combo-blu-ray-dvd-elephant-films
Copyright : Elephant Films.

Le master proposé par Elephant Films, « nouveau master restauré » pour la France qui n’avait pas encore goûté à une autre version du film que celle du DVD, s’avère excellemment solide. Certes, le fichier vidéo source ne doit pas dater d’hier. Cependant, même s’il s’agit probablement soit de celui édité en 2015 par Shout! Factory, soit celui produit par ITV en 2008, le Blu-ray est porté par un rendu de détails convaincant, une colorimétrie nuancée et une piste sonore originale stéréo HD exemplaire. L’édition Blu-ray n’est pas exempte de défauts. Malgré de temps à autre quelques instabilités en termes de définition, gestion du grain et noirs brûlés, ainsi qu’une VF privilégiant comme d’usage les voix, on pourrait surtout regretter, notamment si l’on pense entre autres à la riche édition de La Bataille de Midway, le manque de compléments. La bande-annonce originale et la galerie de photographies sont comme de coutume au rendez-vous.

Le seul bonus qui tienne au corps est le « documentaire » de Julien Comelli et Erwan Le Gac, habitués de l’éditeur Elephant Films. D’une durée d’une vingtaine de minutes, proposé en HD, l’objet est en réalité – comme leur intervention sur l’édition de Madigan – un retour face caméra de Julien Comelli revenant sur le film, sa conception, son inscription historique et genrée. Le monologue est soutenu par quelques affiches, et entrecoupé par quelques extraits de Ces Garçons qui venaient du Brésil, alors que le film n’est pas évoqué et réfléchi tout au long de la vidéo (plutôt sur la deuxième partie). Ici comme dans leur complément à Madigan, le duo s’est amusé à une introduction ludique, ici beaucoup moins tape-à-l’œil (comprenez « kitsch ») que la dernière en date. Comme à son habitude, Comelli propose un point de vue intéressant enrichi par son érudition certaine : ancrer le film de Schaffner dans le sous-genre du film de complot ou film paranoïaque est pertinent même s’il est regrettable que la caractéristique science-fictionnelle du long métrage et sa place dans ce genre aux multiples sous-catégories soient laissées sur le bas côté de la réflexion.

Si on attendait davantage de l’édition des Garçons qui venaient du Brésil, notamment en termes de compléments, force est de constater que, comme d’habitude chez Elephant Films, l’essentiel est au rendez-vous : une édition vidéo solide pour un film formidable à (re)découvrir, épaulé par trois bonus dont un véritable complément à l’expérience. Enfin, pour les possesseurs de DVD (et/ou réfractaires à la HD), sachez que l’édition Blu-ray est contenue dans un boitier combo Blu-ray + DVD du film comprenant ce master en SD.

Bande-annonce – Ces Garçons qui venaient du Brésil (Franklin J. Schaffner – 1978)

 

CARACTÉRISTIQUES Blu-ray

BD-50 – 1080p AVC – 16/9 – 1.78 :1 – Couleurs – Audio : Français 2.0 mono & Anglais 2.0 mono DTS-HD Master Audio – Sous-titres : Français – Etats-Unis – 1978 – Durée : 125 min – Editions Elephant Films

(DVD du film joint à l’édition combo)

COMPLÉMENTS

« À cause de 94 assassinats » : documentaire de Julien Comelli et Erwan Le Gac (23’34’’)

Bande-annonce d’époque (3’07’’, VOST)

Galerie photos (27)

Sortie le 29 Octobre 2019 – Prix actuel : 15,00 €

Note des lecteurs0 Note
4

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.

« Soudain », un chemin patient vers l’intime

L'amitié entre une directrice française d'EHPAD et une metteuse en scène japonaise. De cet argument simple, Ryusuke Hamaguchi tire un film épuré et pourtant foisonnant, aussi sensible que politique, sans jamais forcer le trait si ce n'est dans quelques redondances. Analyse.

A Prairie Home Companion (2006), de Robert Altman : adieu d’un maître, élégie du Midwest

Film testamentaire qui ne cède jamais au sentimentalisme, A Prairie Home Companion est un pot-pourri du cinéma de l’auteur de John McCabe : personnages multiples, nostalgie, valeurs du Midwest, amour de la musique. A travers un récit dédié à l’ultime émission d’un show radio, c’est en réalité au cinéma qu’Altman rend hommage avec cette œuvre profondément humaine.

Fureur apache (1972), de Robert Aldrich : le cimetière des mythes

Des personnages nuancés, un Burt Lancaster extraordinaire et des paysages majestueux sont mis au service d’un récit évoquant la lutte à mort que se livrent deux cultures qui jamais ne pourront se comprendre. Le manichéisme n’a pas sa place ici : les adversaires sont renvoyés dos à dos alors qu’en arrière-plan le rêve américain se fracasse dans le sang et les cendres…

La trilogie du « Docteur Mabuse » de Fritz Lang : quarante ans d’une saga criminelle allemande

Réunis dans un magnifique coffret, les trois films que l’immense Fritz Lang a consacrés au génie du crime permettent de réaliser à quel point ils furent le reflet de leurs époques troublées respectives. Car ces œuvres ne sont pas seulement des films noirs paranoïaques qui inspireront une multitude de cinéastes – jusqu’à aujourd’hui. Ils traduisent l’idée que le chaos génère le mal et que, s’il adopte bien des visages, le mal n’en demeure pas moins intemporel.