Skyfall, de Sam Mendes

23ème film officiel de la série James Bond (sans compter le Casino Royale parodique de 1967 et Jamais plus jamais), Skyfall, réalisé par Sam Mendes, parvient à la fois à respecter les codes de la saga et à proposer quelque chose de nouveau par son ampleur dramatique.

James Bond est mort.
Ce n’est certes pas la première fois. Dans le prologue de Bons baisers de Russie (le meilleur film de la saga?), on le voit se faire étrangler, mais ouf ! Ce n’était qu’un figurant portant un masque. Plus tard, dans On ne vit que deux fois, il est bel et bien mort et enterré… mais c’est un simulacre, histoire de lui permettre d’enquêter plus librement.
De même, dans ce formidable Skyfall, on se doute bien qu’il n’est pas vraiment mort, mais à l’issue d’une scène d’ouverture qui possède déjà toutes les qualités du film, nous le voyons, blessé, faire une interminable chute…
Au-delà de cet aspect que l’on pourrait trouver anecdotique, cette péripétie, qui va lancer l’action, est assez significative du tournant pris par la série depuis quelques temps. Le célèbre agent britannique apparaît souvent comme inutilement violent, voire vindicatif ; têtu, obstiné, ingérable ; et surtout faillible. Dans l’ouverture de Meurs un autre jour, il est arrêté et torturé par des Nord-Coréens, puis honteusement échangé contre un prisonnier d’importance.
De même, les rapports avec M, surtout depuis que le rôle du supérieur de Bond est tenu par l’excellente Judi Dench, sont beaucoup plus tendus.
Tout cela s’aggravera encore avec l’arrivée de Daniel Craig. Et Skyfall, avec cette image marquante d’un James Bond blessé tombant d’un pont ferroviaire, s’inscrit comme le point culminant de cette transformation du personnage. Et le film exploitera cette image d’un agent affaibli, dont la main tremble, d’un homme qui se remet en question. De quelqu’un qui a du mal à se remettre de sa mort.

Disons-le tout net : sur bien des points de vue, Skyfall est un des meilleurs films de la franchise. Dans la lignée du Casino Royale de Martin Campbell (et en passant sous silence Quantum of solace), le film de Sam Mendes nous présente un grand film mêlant action et drame et s’incrustant un peu plus dans la vie privée de l’agent.
Côté action, le film nous réserve principalement trois scènes très réussies, une en ouverture, l’assaut du manoir familial qui donne son titre au film, et surtout une impressionnante course-poursuite dans Londres, agrémentée d’une montée en tension formidable et qui donne lieu à des images mémorables (dont celle d’un métro, par exemple).
D’ailleurs, sur le plan des images, Skyfall est un film très riche. Sam Mendes signe là le plus esthétique des films de la saga, et nous offre quelques plans d’une beauté sidérante : depuis Shanghaï et Macao (avec un magnifique combat filmé en ombres chinoises) jusqu’à l’Ecosse, ce film est un régal visuel.
Tout cela se déroule dans un contexte très tendu, où le MI6 est le théâtre d’un renversement inattendu. M et Bond, jugé trop « vieux jeu », dépassé par les événements et inadaptés aux enjeux du monde modernes, sont sur le point d’être renversés. En cela, on peut lire un clin d’oeil pour tous ceux qui affirmaient que la série des James Bond était une relique du passé et n’avait plus de raison d’être de nos jours, que la saga était démodée et devait être abandonnée. La réussite et le succès de Skyfall a remis les choses en place.

Finalement, nous sommes dans un épisode particulier où, pour une fois, Bond se fait presque voler la vedette par… M. C’est en effet son supérieur qui est véritablement au centre de l’action. Une M forte femme lorsqu’elle doit faire face à une tentative de destitution. Une M émouvante lorsqu’elle doit rédiger la notice nécrologique de James Bond. Une M surtout transformée en mère et cible de Silva, le méchant du film, interprété par un Javier Bardem très à l’aise dans ce rôle à la lisière de la folie.
Un méchant qui, plus que jamais, n’est qu’un double de Bond lui-même. Depuis que Daniel Craig a endossé le rôle du célèbre agent, James Bond est devenu un personnage constamment tenté par la brutalité, la sauvagerie, la violence pure. Un homme toujours borderline, à la frontière de l’illégalité, qui a toutes les peines du monde à rester dans les limites fixées par ses supérieurs. Un homme animé d’un désir de justice qui peut le pousser loin.
Silva, c’est un peu ce qui adviendrait de Bond s’il décidait de ne plus respecter les limites. Un Bond passé du côté obscur. Ancien agent du MI6, ancien protégé de M, on devine, à travers les brumes qui entoureront constamment son passé, tout ce qui peut le rapprocher du célèbre espion. Le duel Bond-Silva, c’est un peu le conflit de deux frères autour de leur mère.

Mélangeant action, drame, mystère, Skyfall est non seulement un des meilleurs films de la saga, mais c’est aussi, tout simplement, un des grands films des années 2010. Sam Mendes parvient à la fois à respecter les codes et à faire un film novateur unique dans le cadre de la célèbre série. Une grande réussite.

Skyfall : bande annonce

Skyfall : fiche technique

Réalisateur : Sam Mendes
Scénario : Neal Purvis, Robert Wade, John Logan
Interprètes : Daniel Craig (James Bond), Judi Dench (M.), Javier Bardem (Silva), Ralph Fiennes (Gareth Mallory), Naomie Harris (Eve Moneypenny), Ben Whishaw (Q), Albert Finney (Kincade).
Photographie : Roger Deakins
Musique : Thoms Newman
Montage : Stuart Baird
Production : Barbara Broccoli, Michael G. Wilson
Société de production : Eon Productions, B23
Société de distribution : Columbia Pictures
Durée : 143 minutes
Date de sortie en France : 26 octobre 2012
Genre : action

Royaume Uni / Etats-Unis – 2012

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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