Chambre 212 : Non, je ne regrette rien…

Article 212 du Code civil : les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, assistance.

212, c’est aussi 2 + 1, ou 2 = 1 +2, ou encore le 1 au centre pour dire qu’il faut être deux de chaque côté pour former cette unicité centrale.

Mais l’atteint-on jamais vraiment cette fameuse unité centrale ? Cela veut-il dire que pour se prétendre couple, il faut en oublier son individualité, sa personnalité, pour devenir cet être hermaphrodite dont parlait Platon ? Il paraît difficile d’imaginer un tel couple dans l’univers de Christophe Honoré, faiseur de personnages hauts en couleurs, loquaces, qui prennent de la place et jouent allègrement avec l’espace. C’est sûrement pour cela que l’on voit, dés les premières dizaines de minutes du film, Maria se couvrir de son écharpe et quitter le domicile conjugal, laissant Richard dans son pauvre t-shirt jaune de cocu, pour partir… de l’autre côté de la rue.

Respectivement d’un côté et de l’autre de la rue, ces deux amants toisent la rue déserte de leur histoire, de leurs histoires. Car ce n’est pas vraiment un couple qui se déchire, mais plutôt deux individualités qui ne se trouvent plus. Et parfois, pour pratiquer la plus riche des introspections, il faut réussir à quitter sa propre enveloppe corporelle pour se regarder d’un peu plus haut, d’un peu plus loin. Voir « où ça a merdé », c’est-à-dire, où l’on a laissé de côté sa volonté propre, ses désirs et ses rêves pour se plier à la dure loi du choix. Choix de vie, choix de partenaire, choix de carrière… On se force à choisir comme si tout cela allait, à terme, faire sens. Et c’est bel et bien en cela que les personnages d’Honoré détonnent, rafraîchissent l’air mis en boîte du quotidien. Chez lui, on peut-être une femme et un Don Juan, on peut aimer son jeune élève sans que rien n’y soit malsain, on peut se consoler auprès de celui que l’on prend pour l’amant de sa femme… Les codes n’existent pas, ou bien ses protagonistes s’interrogent sur comment les faire voler en éclat.

Regarder ce qu’a été sa vie, ce qu’elle aurait pu être, la trajectoire qu’elle semble indubitablement suivre, semble sans cesse s’accompagner du goût doux-amer des regrets, de la nostalgie, voire de la mélancolie. Mais, chez Honoré, on apprend à croire au destin, à l’absence de hasard et au fait qu’on est exactement là où on doit être. On apprend, après avoir tout de même visité la pièce vintage qu’elle abrite, à refermer la porte du passé, à quitter la chambre des souvenirs et des actes manqués qui sont à lier à la finitude du passé. Si nous ne sommes plus jeunes, nous l’avons été, et cette jeunesse-là nous aura laissé les plus belles des stigmates : nos petites intuitions.

« Jamais plus, Nous ne mordrons au même fruit, Ne dormirons au même lit, Ne referons les mêmes gestes, Jamais plus, Ne connaîtrons la même peur, De voir s’enfuir notre bonheur, Et du reste désormais… »
Si nous sommes incapables de nous séparer, apprenons au moins à nous rencontrer à nouveau, ce sera notre propre vision de cette « loi des couples qui durent ». N’oublions jamais l’une et l’autre de nos visions respectives pour créer notre propre langage qui, s’il ne sera jamais complètement commun, nous permettra de nous adresser l’un à l’autre avec la même grammaire…

Honoré aime ses personnages d’un amour sans borne, paré d’une innocence infantile sublime. Il filme ses acteurs avec ce même amour, avec cette même admiration béate (magnifique introduction en forme de face à face Super 8 avec Chiara Mastroianni). Il les invite à se découvrir eux-mêmes, à trouver la paix avec leur moi du passé pour le faire collaborer avec celui du présent, puis du futur… Il leur apprend que grandir, c’est aussi changer, et que l’évolution qui suit le fil des années tend à un but simple en vérité, s’apaiser et s’aimer un petit peu plus…

Chambre 212 : Bande-annonce

Festival

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Deauville 2026 : The Last Pickpocket in New York, les mains dans les poches

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Deauville 2026 : The Man I Love, la fureur de vivre

Dans "The Man I Love", Ira Sachs met en scène Rami Malek dans le rôle d'un acteur confronté à la mort. Entre répétitions, danses, chants et désirs sexuels, il compose une ode à la vie exaltant le plaisir de chaque instant. Un drame queer qui manque malheureusement de consistance et d'émotion pour pleinement s'affirmer.

Deauville 2026 : Mouse, la souricière du chagrin

Présenté en compétition au Festival de Deauville après avoir reçu un très bon accueil à la Berlinale, "Mouse" déploie un récit de deuil adolescent sensible et délicat porté par un somptueux duo d’actrices. En filmant l’intime avec autant de tendresse que de naturalisme, Kelly O’Sullivan et Alex Thompson s’imposent comme des cinéastes incontournables du cinéma indépendant américain.

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