Cannes 2019 : Once Upon A Time In Hollywood de Quentin Tarantino, l’amour du cinéma

Once Upon a Time in Hollywood était le film tant attendu de la Croisette. Celui qui a fait monter d’un cran l’effervescence autour du Festival de Cannes 2019 lors de ces derniers jours, et une nouvelle fois, Quentin Tarantino n’a pas raté ses retrouvailles avec Cannes tant son film est une épopée aussi simple, passionnante que baroque qui, tristement, ne cesse de déclarer sa flamme au cinéma de genre qui a vu naître en lui le cinéaste qu’il est devenu.

Là où Jim Jarmusch, avec The Dead Don’t Die, s’amusait à lancer un vif hommage à ses partenaires et à son univers avec une certaine flemmardise, Quentin Tarantino arrive de son côté à donner une ampleur fertile à son film. Au travers de cette reconstitution d’époque, Quentin Tarantino arrive à ne jamais être dans la fuite et ne se mue peu ou pas dans la facilité gimmick : le name dropping est présent certes, les petits détails fourmillent (affiches créées, pastiches inventés, scènes rejouées…) et les multiples références cinématographiques feront plaisir aux plus assidus d’entre vous. Mais l’effort cinéphilique ne se situe pas uniquement dans cette antichambre de la connaissance du genre. C’est une pure déclaration d’amour aux professionnels du cinéma : des acteurs aux doubleurs, des réalisateurs aux spectateurs, des futurs talents aux producteurs, tout le monde est auréolé de sa passion pour le septième art. Once Upon a Time in Hollywood est une œuvre qui se veut fédératrice et met en scène tout ce petit monde dans des saynètes assez succulentes (buddy movie, western etc.).

Tout le monde connait le cinéma de Quentin Tarantino et son aspérité pour des récits aux accointances post modernes, puis son amour pour les schémas biscornus et déconstruits avec des scénarios non linéaires dans leur temporalité (Pulp Fiction, Kill Bill etc). Alors qu’Once Upon a Time in Hollywood s’annonçait comme une orgie cinématographique qui allait nous en mettre plein la vue et qui allait nous abreuver de toute la science du cinéaste, avec ses dialogues savoureux, sa direction d’acteurs, la fétichisation de son cadre et sa violence épicurienne habituelle, le film apparaît aux premiers abords, extrêmement modeste dans son dispositif, très loin de son œuvre somme Les Huit Salopards malgré ses dernières 15 minutes tonitruantes. On retrouve le Tarantino que l’on aime, et pourtant l’approche se veut différente. Ce n’est pas pour nous déplaire car la minutie se trouve ailleurs, moins immédiate, moins structurelle mais plus évocatrice. Elle se trouve avant tout dans la bienveillance qu’il a pour ces personnages qu’il inonde de nostalgie, de drôlerie et de mélancolie. C’est un film bilan, un film hommage qui se métamorphose devant nous.

Cette dite nostalgie est plurielle : celle d’une époque (1969) qui se raccroche autant à son environnement politique et social qu’à sa formulation cinématographique. Once Upon a Time in Hollywood, qui ressemble à un frère éloigné d’Inherent Vice de Paul Thomas Anderson, est un film de personnages et de lieux, où l’on suit les doutes et les péripéties de tournage d’un acteur (Leonardo Di Caprio) sur la pente descendante et sa tendre et virile amitié avec sa doublure (Brad Pitt). Durant tout le film le spectre de Sharon Tate (Margot Robbie) et sa célèbre mort plane au-dessus du film : la bande à Manson errant dans un L.A. mutant, voyant son souffle libertaire, hippie devenir un lambeau du chaos qui se finira dans un bain de sang. L’euphorie a laissé place à une peur intérieure et au désenchantement moribond voyant de près la mort de l’utopie, la fin d’une génération dévergondée. Mais cela n’est qu’une partie de la surface de l’iceberg tant la reconstitution d’époque ne semble jamais gratuite, linéaire, mais au contraire, terriblement incarnée,  protéiforme et amoureuse de sa proximité avec le cinéma.

Quentin Tarantino nous immerge dans son amour du cinéma bis, de l’exploitation, nous parle avec vigueur du Nouvel Hollywood et de la démocratisation de l’empire que deviendra la télévision, avec cette idée que la mutualisation des formes audiovisuelles ne signifie pas forcément la mort du cinéma. Tarantino aime le cinéma : un cinéma que l’on regarde entre amis ou qu’on vient observer en salle tout en épiant les réactions des spectateurs voisins. Il y a, dans le film, cette idée de communion par le biais du cinéma mais aussi par le biais du fictif à l’image de cette très belle séquence où l’on voit Sharon Tate scruter les rires de la salle qui projette le film dans lequel elle joue. Comme il nous l’avait démontré avec Inglourious Basterds ou même Django Unchained par exemple, le cinéaste aime trifouiller dans l’Histoire, pour s’en accommoder et se la réapproprier. Mélanger à la fois le réel et son imagination : comme si le cinéma, aux travers de ses digressions récréatives, permettait au fictif de rendre hommage à un réel qui devenait le miroir de chacun de nous. Et ce n’est pas Once Upon a Time in Hollywood qui va déroger à cela.

Once Upon A Time In Hollywood : Bande-annonce

Synopsis : En 1969, la star de télévision Rick Dalton et le cascadeur Cliff Booth, sa doublure de longue date, poursuivent leurs carrières au sein d’une industrie qu’ils ne reconnaissent plus.

Le film Once Upon A Time In Hollywood de Quentin Tarantino, est présenté en compétition au Festival de Cannes 2019.

Avec Leonardo DiCaprio, Brad Pitt, Margot Robbie…
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie 14 août 2019 (2h 45min)
Distributeur : Sony Pictures Releasing France
Nationalité Américain

Festival

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