Quicksand, entre minutie et lieux communs

En six épisodes, la série suédoise Quicksand, diffusée sur Netflix, s’attaque au sujet brûlant des massacres dans les lycées.

Synopsis : suite à une fusillade dans le lycée d’une banlieue huppée de Stockholm, une adolescente est placée en arrestation pour meurtre et incitation au meurtre. Ayant oublié le massacre, c’est l’enquête qui va progressivement réveiller ses souvenirs.

Connaissant le niveau généralement élevé des séries scandinaves qui arrivent jusque chez nous, nous étions en droit d’attendre quelque chose d’intéressant de Quicksand, malgré le sujet éminemment casse-figure. Dès le début, la réalisation adopte le parti-pris de ne pas montrer la tuerie, mais de nous la suggérer. La série commence juste lorsque le massacre prend fin. On évite ainsi des scènes complaisantes qui auraient pu être de mauvais goût. De plus, cela permet d’adopter le point de vue de Maja, la protagoniste de la série, qui, traumatisée, a rejeté tout souvenir de la scène.

Le dispositif est plutôt malin : il permet au spectateur de ne pas avoir de connaissance sur cet événement autour duquel tourneront les six épisodes. La tuerie agit un peu comme un trou noir : elle attire tous les regards, mais on ne peut en voir que les conséquences, il est impossible de savoir précisément ce qui s’y est passé.

Du coup, c’est toute la question de la justice qui est placée sous les feux des projecteurs. La justice parfaitement équitable, capable de connaître (et non supposer, ou pré-concevoir) les intentions réelles, les motivations profondes des personnes impliquées, est évidemment impossible. Et nous, spectateurs, sommes finalement placés dans la situation qui nous permet de mieux appréhender cette réalité : malgré les nombreux flash-backs, Maja restera toujours une inconnue, un mystère.

D’où ce choix audacieux, qui consiste à nous empêcher de sympathiser avec elle. Le jeu de l’actrice, les indécisions ou les obscurités du personnage, tout nous tient éloignés d’elle.

La série va suivre la procédure judiciaire : un épisode pour sa mise en détention, deux épisodes pour l’enquête, un épisode de reconstitution et deux épisodes pour le procès, le tout s’étalant sur neuf mois. Cela permet à Quicksand de faire une description ultra-réaliste du fonctionnement de la justice suédoise, avec une minutie rare.

« Il est presque impossible de concevoir comment des jeunes peuvent avoir assez de colère en eux pour tuer leurs camarades »

C’est là à la fois un constat d’une grande intelligence, et le moment où la série atteint sa limite. Parce qu’il faut bien les meubler, ces six épisodes. Nous allons donc nous retrouver dans un système de flashbacks qui va se concentrer sur la « liaison dangereuse » de Maja avec Sebastian. Un amour d’été qui se transforme en conte de princesse, entre la petite ado anonyme et le gosse de riches dont rêvent toutes les filles du coin. Du coup, la série va accumuler les clichés sur le genre : le pauvre garçon riche ; le père arrogant, méprisant, violent envers son fils ; les vacances de rêve sur un yacht sur la Côte d’Azur ; les fêtes où coulent à flot alcool et drogue, etc.

Finalement, lorsque l’on découvre le personnage de Sebastian, on comprend mieux pourquoi il est préférable que Maja reste aussi impénétrable : au lieu de dresser un portrait psychologique complexe, les scénaristes se contentent d’aligner les stéréotypes avec une absence d’imagination qui frise l’indécence. L’aspect caricatural des personnages est encore renforcé par l’opposition binaire et réductrice entre le gosse de pauvre violent et méprisant, et le fils d’immigré pauvre mais bosseur et charitable. La scène de la conférence-débat sur l’économie, avec le riche Sebastian défendant le néolibéralisme et Samir attaquant cette même doctrine, est un concentré d’idées reçues.

Côté construction du récit, les flashbacks, qui, dans les deux premiers épisodes, étaient justifiés par l’enquête, apparaissent ensuite de façon complètement anarchique, sans le moindre lien avec la narration principale, et ne font plus avancer la connaissance du passé. Autant le récit au présent (de l’enquête au procès) est intéressante, autant le passé (love story tourmentée et jeune femme partagée entre deux garçons radicalement opposés) est banale et dénuée d’intérêt. Au point que c’en est même gênant de ramener un sujet aussi grave à des considérations aussi triviales.

Au final, la série présente autant d’avantages que d’inconvénients. On y trouve de bonnes idées, des procédés intéressants, mais aussi de grosses lourdeurs et des facilités. Finalement, la meilleure nouvelle est dans ce que Quicksand ne dit pas : jamais la série ne prétend apporter une explication au mystère de ces massacres de lycéens. La décence, qui n’est pas toujours présente dans la série, permet au moins d’éviter ce piège.

Quicksand- Rien de plus grand : bande annonce

Quicksand – Rien de plus grand : fiche technique

Titre original : Quicksand : störst av allt
Créateurs : Pontus Edgren, Martina Håkansson
Réalisateur : Per-Olav Sørensen
Scénario : Camilla Ahlgren
Interprètes : Hanna Ardéhn (Maria / Maja), Felix Sandman (Sebastian), David Dencik (l’avocat Peter Sander), Ella Rappich (Amanda)
Photographie : Ulf Brantås
Montage : Margareta Lagerqvist
Musique : Kirstian Eidnes Andersen
Production : Frida Asp, Fatima Varhos
Société de production : FLX
Sociétés de distribution : Netflix
Genre : drame
Nombre d’épisodes : 6
Durée d’un épisode : 42 minutes
Date de diffusion en France : 5 avril 2019

Suède – 2019

Note des lecteurs1 Note
2.5

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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