Dragons 3, l’épanouissement d’Harold

Presque dix années après avoir été amorcée, une trilogie parmi les plus marquantes du 21ème siècle se clôture enfin. Dragons marquait le passage à l’âge adulte d’Harold et narrait son amitié naissante avec un dragon mythique redouté de tous. Sa suite introduisait une figure maternelle complexe et questionnait une fois de plus les rapports entre l’homme et la nature. Ce dernier épisode, d’une beauté formelle étourdissante, réitère certains enjeux, mais enclenche surtout un processus d’émancipation conçu en miroir, impliquant tant le jeune leader des vikings que sa désormais célèbre Furie nocturne.

Au début de Dragons 3 : Le Monde caché, la communauté de Beurk vit une existence bien ordonnée : Harold est un jeune leader respecté, mais doutant de lui-même ; il file le parfait amour avec la ravissante Astrid et passe ses journées en compagnie de l’indéfectible Krokmou, une furie nocturne qu’il a depuis longtemps apprivoisée ; lui et ses compagnons se lancent occasionnellement dans des opérations périlleuses visant à libérer des dragons retenus en captivité par des chasseurs. La séquence d’ouverture du film nous montre ainsi, notamment à l’aide d’un plan-séquence spectaculaire, ces vaillants vikings intervenir sur un bateau de trappeurs. Mais bientôt, c’est à Grimmel le Grave, tueur de furies, que les héros de Dean DeBlois vont devoir se frotter. Celui-ci cherche à capturer Krokmou en l’appâtant à l’aide d’une femelle blanche baptisée Furie Éclair. Il peut compter à cette fin sur d’effrayants dragons cracheurs d’acide, pour lesquels il constitue un alpha autoritaire et irrévocable.

Ce qui frappe en premier lieu dans le dernier acte de cette trilogie de qualité – et très lucrative –, c’est la splendeur graphique déployée et le soin accordé aux détails. En usant d’un outil révolutionnaire appelé MoonRay, l’équipe technique du film parvient à multiplier les éléments et accessoires dans le cadre, à animer le feu comme jamais auparavant, à fondre des dizaines de milliers d’images numériques dans un seul plan, à faire cohabiter plus de 65 000 dragons autonomes, d’une pluralité déconcertante, au cours d’une seule séquence, dans le Monde caché de Caldera… La débauche de formes, de couleurs et de mouvements s’avère souvent confondante de beauté, voire de poésie. C’est une mécanique d’emprise qui s’exerce alors sur nos sens, non seulement lors de la découverte du Monde caché, mais aussi lorsque les deux furies s’éveillent l’une à l’autre, ou lorsque l’on explore, en préambule, Beurk et ses environs.

Toujours inspiré des livres de Cressida Cowell, Dragons 3 embrasse des thèmes bien plus profonds qu’il n’y paraît. Le déracinement, la quête d’un nouveau monde protecteur, le substrat culturel des civilisations, la construction d’une cohésion autour de valeurs communes – l’harmonie avec les dragons, par exemple – plus que par un habitat bien défini – le village ancestral des vikings –, la perte d’un être cher volant enfin de ses propres ailes – au sens propre comme au sens figuré –, le besoin d’émancipation, l’amour et l’épanouissement qu’il porte en son sein, la place de l’homme au sein de la nature et celle du mythe dans l’humanité, tout cela conduit le film, sans embûche, vers un dénouement à la symétrie parfaite, où Harold et sa Furie parviennent enfin à s’accomplir, personnellement et familialement. Le tout se fait partiellement sous l’égide de personnages féminins forts. Astrid permet par exemple à Harold de s’affirmer en tant qu’homme et chef, tandis que sa mère, héroïne du deuxième film, lui rappelle que l’espèce humaine restera à jamais une menace pour les dragons.

C’est une histoire amorcée il y a presque dix ans, et occupant une même équipe depuis tout ce temps, qui s’achève sous nos yeux révérencieux. Malgré un décalage de trois années dû au rachat des studios DreamWorks par le groupe de télécommunication Comcast et une refonte des grandes lignes du scénario – initialement, le méchant devait être une nouvelle fois Drago –, Dean DeBlois façonne une œuvre touchante, visuellement splendide et loin d’être dénuée d’épaisseur. Nous en retiendrons néanmoins un léger bémol : si les enjeux se révèlent passionnants, les éléments qui y président n’ont en revanche rien de surprenant, comme en attestent certains mimétismes avec le second épisode. Un grain de sable qui ne suffit heureusement pas à gripper la machine.

Bande-annonce : Dragons 3, Le Monde caché

Synopsis : Harold vit tranquillement parmi la communauté de Beurk, dont il est le leader. Il affronte occasionnellement les trappeurs et porte secours aux dragons en captivité. Parallèlement, il continue à vivre aux côtés d’Astrid, sa compagne, et de Furie nocturne, son indéfectible compagnon. Jusqu’au jour où Grimmel le Grave croise sa route et cherche à appâter son dragon à l’aide d’une femelle blanche…

Fiche technique : Dragons 3, Le Monde caché

Titre original : How To Train Your Dragon: The Hidden World
Réalisation : Dean DeBlois
Scénario : Dean DeBlois et Cressida Cowell
Musique : John Powell
Montage : Jabari Phillips
Société de production : DreamWorks Animation
Société de distribution : Universal Pictures
Durée : 1h34
Genre : Drame
Date de sortie : 6 février 2019

Note des lecteurs5 Notes
3.5

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Toy Story 5 tire la corde vers l’infini et au-delà

"Toy Story 5" déçoit malgré une belle animation. Woody trahit sa fin du quatrième opus, Buzz reste secondaire et c'est Jessie qui porte tout le poids émotionnel du film. Un scénario qui ne décolle jamais, des décors paresseux... Disney a-t-il fini par essorer sa propre saga ?

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

Toy Story 5 tire la corde vers l’infini et au-delà

"Toy Story 5" déçoit malgré une belle animation. Woody trahit sa fin du quatrième opus, Buzz reste secondaire et c'est Jessie qui porte tout le poids émotionnel du film. Un scénario qui ne décolle jamais, des décors paresseux... Disney a-t-il fini par essorer sa propre saga ?

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.