PIDS : masterclass de John Knoll, superviseur des effets spéciaux d’ILM

Ce vendredi 1er février a eu lieu au PIDS (Paris Images Digital Summit) la masterclass de John Knoll, l’un des grands esprits et superviseurs des effets spéciaux chez Industrial Light & Magic.

John Knoll, un magicien

La masterclass dirigée par Alexandre Poncet (réalisateur de films sur les effets spéciaux et leurs créatifs, co-fondateur de Frenetic Arts et journaliste chez Mad Movies) amena John Knoll à revenir avec passion et tendresse sur sa riche carrière. D’abord opérateur caméra, le bonhomme arrive chez ILM (Industrial Light & Magic) grâce au soutien de ses anciens professeurs de l’USC (la fameuse école d’où est sorti George Lucas). Il travaille sur les maquettes, surtout sur le Dykstraflex, système réputé de motion control créé en 1976 pour les besoins de Star Wars (1977) par John Dykstra, l’un des grands premiers esprits d’ILM. Un travail qui le marquera beaucoup : Knoll est attaché à l’équipe de restauration de l’engin. Et il a aussi entrepris, sur ses weekends, d’en créer un maison, à une plus petite échelle, alors transportable. Entendre Knoll parler de ses débuts comme de ses travaux d’à côté expose la passion de l’homme pour son domaine.

Alexandre Poncet – « Les effets n’ont pas vieilli du tout selon moi. »

John Knoll, timidement – « A little. »

À propos de la scène du train de Mission: Impossible (1996)

Les retours sur Mission: Impossible (1996), Pirates des Caraïbes I & II (2003, 2006) ou encore Pacific Rim (2013) font apparaître l’un des traits de caractère essentiels au créatif et à sa carrière : la rigueur. Poncet remarque, comme beaucoup d’entre nous, que la scène du train de Mission : Impossible reste visuellement formidable. Idem concernant le Warp effect de l’Enterprise dans le générique de Star Trek The Next Generation (1987-1994), effet qu’on retrouvera au long de la série. Mais Knoll connaît les frustrations des créateurs. La scène de Mission : Impossible a un peu vieilli ; la technique pour le Warp de l’Enterprise contient quelques défauts d’ombres. « Ce travail a plus de vingt ans… Je me dis que si je le refaisais aujourd’hui, je ferais ça différemment.« 

La scène du train de Mission: Impossible (1996) avec un train numérique faute à la SCNF qui a refusé de mettre à disposition l’Eurostar, ainsi que des images d’Écosse pour une séquence censée se passer en France. Un « Sorry » amusé de John Knoll accompagne les révélations.

La passion de Knoll est portée par cette rigueur mais aussi par une curiosité considérable qu’il n’a jamais perdue. Il est l’un des premiers à expérimenter les effets spéciaux numériques et est devenu l’un des plus grands responsables créatifs du domaine. Il rapporte un Oscar à ILM avec son travail titanesque sur Abyss (1989) accompli avec des machines aux capacités de stockage aujourd’hui ridicules : 900 MB. Il devient superviseur des effets spéciaux sur les éditions spéciales de la trilogie originale Star Wars puis de ceux de la prélogie (1999-2005). Période pendant laquelle il se tira les cheveux plusieurs fois face aux volontés de George Lucas. Mais Knoll, curieux, court après les défis. Comment résoudre l’insoluble ? Par quels stratagèmes passer ? Il réussit à accomplir l’impossible. Sorti en 1999, La Menace Fantôme bat le record de plans truqués. Tournages en décors réels et usages de maquettes portent une partie du film. Mais la création et la réinvention des outils technologiques est nécessaire pour assouvir la vision spectaculaire du réalisateur. Ainsi John Knoll et son équipe réussissent à créer la course de podracers, encore un sommet visuel aujourd’hui dans laquelle la représentation des déplacements super-rapides et acrobatiques des modules constituait un challenge. Un travail de la vitesse qu’on retrouvera dans Speed Racer sur lequel il a aussi été superviseur des effets spéciaux. En 2007, son impressionnant labeur sur la motion capture de Pirates des Caraïbes 2 Dead Man’s Chest est récompensé par un autre Oscar « Best Achievement in Visual Effects » ainsi qu’un BAFTA (l’oscar anglais). La curiosité de Knoll l’amène à créer sur ses temps de repos l’un des logiciels les plus utilisés au monde, Photoshop. Co-créé avec son frère Thomas Knoll, le logiciel est utilisé dans tous les médias visuels : publicité, cinéma, photographie… Pourtant, John Knoll n’attira pas l’attention de Lucasfilm pendant son processus de fabrication. Craignant un problème juridique qui rattacherait Photoshop à la société de George Lucas, Knoll se rend chez l’un des hauts responsables de l’entreprise : « Je pense que je l’ennuyais plus qu’autre chose » avec ces questions de logiciel dont il se fichait complètement. Dans le fond, à l’image de Lucas avec son Star Wars, peu y croyaient. L’histoire leur donnera raison.

Abyss (1989), un sommet d’inventivité – 20th Century Fox

La co-création de Photoshop expose l’une des autres grandes qualités de John Knoll, caractéristique essentielle au métier de superviseur des effets spéciaux, savoir collaborer. Abyss et Avatar sont justement de beaux exemples de collaboration, d’abord avec leur réalisateur James Cameron, « un gars incroyable, très intelligent. Je pense qu’il a de supers idées. Plusieurs personnes disent qu’il est difficile de travailler avec j’ai vraiment aimé travailler avec lui. (…) on veut un client qui, premièrement, a bon goût, parce qu’il dirige une équipe. On veut quelqu’un qui a une vision claire de ce qu’ils (la production du film) veulent… Qu’ils soient capables de l’articuler clairement et qu’ils soient cohérents. Et c’était Jim Cameron. » Sur Avatar, ILM a collaboré avec une autre importante société de production d’effets spéciaux, WETA Digital (Le Seigneur des Anneaux, la récente trilogie de La Planète des Singes). ILM leur envoyait un élément nécessaire à la constitution d’un plan, et il en était de même pour WETA. Une aventure créative qui a beaucoup plu à John Knoll.

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Rogue One – A Star Wars Story – Lucasfilm 2016

Le périple d’inventivité de Knoll ne s’arrête pas là. Dans les bureaux d’ILM, il blague sur une histoire de Star Wars qui suivrait le vol des plans de l’étoile de la mort par un groupe de rebelles juste avant l’épisode IV (qui l’évoque au début de son générique). Soutenu par ses collègues, il prend rendez-vous avec Kathleen Kennedy alors présidente de Lucasfilm, racheté en 2012 à George Lucas par Disney. Le projet est lancé et s’intitule Rogue One : A Star Wars Story. Le long métrage surprend positivement public et critiques dans les salles obscures en décembre 2016. Pour beaucoup, après le reboot-remake Star Wars (Episode VII) The Force Awakens (2015), la saga connaît enfin la renaissance attendue. Le film pose toutefois question quant à la présence du Grand Moff Tarkin, plus particulièrement du visage de Peter Cushing, interprète du personnage dans le tout premier volet de la saga, décédé en 1994. Knoll, aussi superviseur des effets spéciaux du film, explique la nécessité de la présence du personnage dans le film qui se termine juste avant le début de l’épisode IV. Certes, il aurait pu recaster le personnage comme cela a été fait pour l’épisode III. Concernant ce dernier, Tarkin y était plus jeune donc recastable. Avoir un acteur trop différent pour un tel rôle aurait aussi posé problème. Mon Mothma, l’un des grands chefs rebelles, est interprétée par la même actrice que dans l’épisode III qui avait parfaitement vieilli pour interpréter le rôle. Donc il ne s’agissait pas de réveiller les morts, mais de ressusciter un personnage à un certain âge, avec le soutien de la famille de Peter Cushing. Par ailleurs, le procédé s’appuie sur la performance de l’acteur Guy Henry qui a donné de son corps et de sa voix au personnage. Son visage a été capté en performance capture puis a été modifié au coup d’une « manière de maquiller super high tech au travail intensif».

Tarkin de retour grâce aux efforts d’ILM.

La masterclass se termina avec quelques questions du public dont une du Magduciné sur Star Trek, saga de science-fiction conséquente sur laquelle ILM a œuvré et expérimenté. On pense par exemple au Genesis effect de Star Trek II Wrath of Khan (1982). La question portait plus précisément sur la ou les causes du changement de technique quant à la représentation de l’Enterprise entre les films First Contact (1996) et Insurrection (1999). Si dans les bonus du Blu-ray de ce dernier, on évoque le passage d’un Enterprise physique (plusieurs maquettes) à un Enterprise numérique (et donc à des séquences spatiales en CGI) comme une décision artistique et Trek-ienne de travailler et d’expérimenter le progrès technologique, Knoll, pragmatique, revint sur les coups de production des effets spéciaux physiques comparés à ceux, moins importants, engendrés par le numérique. Et alors sur l’importance du portefeuille du client mis en parallèle de leurs volontés formelles et narratives. Knoll a ensuite profité de cette question pour revenir en ingénieur passionné et rigoureux sur son procédé de fabrication du Warp effect de Star Trek The Next Generation. Ce qui clôtura sa très riche masterclass dirigée avec ferveur par Alexandre Poncet.

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Le Warp Effect expliqué par John Knoll – Photographies : LeMagduciné – 2019

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