Mektoub my love : canto uno, l’hymne à la vie d’Abdellatif Kechiche

Quatre ans après La vie d’Adèle et les polémiques qui ont suivi, le réalisateur Abdellatif Kechiche revient avec Mektoub my love : canto uno, filmé sur les plages de Sète. Après une bande-annonce inspirante toute en musique, que valent finalement ces trois heures de film ?

Synopsis : Sète, 1994. Amin, apprenti scénariste installé à Paris, retourne un été dans sa ville natale, pour retrouver famille et amis d’enfance. Accompagné de son cousin Tony et de sa meilleure amie Ophélie, Amin passe son temps entre le restaurant de spécialités tunisiennes tenu par ses parents, les bars de quartier, et la plage fréquentée par les filles en vacances. Fasciné par les nombreuses figures féminines qui l’entourent, Amin reste en retrait et contemple ces sirènes de l’été, contrairement à son cousin qui se jette dans l’ivresse des corps. Mais quand vient le temps d’aimer, seul le destin – le mektoub – peut décider.

Le début du film laisse un instant sceptique sur la vision qu’il propose de la femme et du désir en général. Dès les premiers instants, on pense à La vie d’Adèle et ses scènes de sexe interminables et peu réalistes mais l’on y voit du mieux, ce qui donne bon espoir pour la suite. Très vite, le film précédent est oublié au profit d’une immersion dans cette nouvelle bande de potes pour revivre nos étés flamboyants. Les blagues et les mecs un peu lourds font un peu crisper le visage au départ et ce thème fait et refait n’est plus vraiment agréable à regarder mais, là aussi, on commence à s’y habituer et ces scènes finissent même par nous faire rire parce qu’elles deviennent uniquement la toile de fond de tant de belles choses. Abdellatif Kechiche envoûte, d’abord par ses images sublimes, sa passion du gros plan et du mouvement qui met totalement en valeur les acteurs mais aussi par les scènes, très longues et jamais ennuyantes malgré les dialogues répétitifs. Le cinéaste s’empare de ses acteurs et eux de leurs rôles au point où l’on en vient même à se demander s’il y a un texte ou si les scènes ne sont que de l’improvisation. Les dialogues paraissent naturels, communs, comme si la caméra filmait des instants de vie. C’est là tout le réalisme du film.

Les personnages deviennent très vite attachants, il est vrai qu’en trois heures de film, le public a le temps de les cerner et pourtant, il en est un qui reste toujours mystérieux, c’est Amin joué par Shaïn Boumedine. Son regard pénètre tout le film par son intensité et regarde les filles avec une telle tendresse et délicatesse que l’on aurait envie de le voir avec toutes, ou presque. Les regards, c’est là la première fenêtre où l’on aperçoit le désir. Dans Mektoub, my love : canto uno, ils nous foudroient. Que ce soit ceux des filles ou des garçons, tous se désirent et s’aiment, de toutes les manières possibles et cette jeunesse libre pleine de vie est très bien portée par tous les acteurs. À l’occasion du film, Kechiche retrouve d’ailleurs l’actrice qu’il avait révélé dans La graine et le mulet en 2005, Hafsia Herzi, vue aussi récemment dans L’amour des hommes de Mehdi Ben Attia. La jeune femme est accompagnée de Salim Kechiouche déjà aperçu dans La vie d’Adèle en 2014 mais aussi dans Le fil, là encore de Mehdi Ben Attia ou bien dans Corps étranger, en février. Ces acteurs dont la carrière a déjà bien démarré donnent la réplique à des nouvelles têtes de cinéma comme les révélations Ophélie Bau et Lou Luttiau, toutes deux superbes avec un charme que la caméra saisit très bien.

Le style du réalisateur est toujours particulier et cela peut plaire ou laisser totalement stoïque, mais il est sûr que ce qu’il propose est une véritable expérience cinématographique et artistique. L’esthétique auquel il s’attache est d’une poésie sans limite quand il s’agit de saisir l’envie et le désir. Les nombreux plans sur les fesses des femmes ou sur leur corps tout entier montrent l’amour que le cinéaste leur voue et la liberté à laquelle il les associe. L’érotisme brûlant que l’on trouve dans la bande-annonce est bel et bien présent durant tout le film et la musique ne fait qu’augmenter la sensualité et la séduction omniprésente. Difficile d’ailleurs de ne pas avoir envie d’écouter You make me feel de Sylvester en sortant dans la salle, et difficile surtout de ne pas avoir envie de danser sur son siège durant toute la séance.

Mektoub my love : canto uno est donc une des plus belles réussite de son réalisateur et efface le manque de finesse de La vie d’Adèle au profit d’un désir totalement magnifié par la caméra et les regards que l’on oublie pas. L’alchimie est belle, mais la suggestion l’est encore plus. Kechiche a d’ores et déjà annoncé qu’il y avait un second opus tourné, on espère alors retrouver le cinéaste sur la Croisette en mai prochain.

Mektoub my love : canto uno – Bande-annonce

Mektoub my love : canto uno – Fiche Technique

Réalisation : Abdellatif Kechiche
Scénario : Abdellatif Kechiche, Ghalia Lacroix, d’après l’oeuvre de François Bégaudeau
Interprétation : Shaïn Boumedine, Ophélie Bau, Salim Kechiouche, Lou Luttiau, Alexia Chardard
Image : Marco Graziaplena
Montage : Nathanaëlle Gerbeaux, Maria Gimenez Cavallo
Décors : Michelangelo Gionti, Michel Charvaz
Producteur(s) : Abdellatif Kechiche, Ardava Safaee, Jérôme Seydoux
Société de production : Quat’sous films
Distributeur : Pathé Films
Durée : 2h55
Genre : drame, romance
Date de sortie : 21 mars 2018
France – 2018

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Gwennaëlle Masle
Gwennaëlle Maslehttps://www.lemagducine.fr/
Le septième art est un rêve et une passion depuis quelques années déjà. Amoureuse des mots et du cinéma, lier les deux fait partie de mes petits plaisirs. Je rêve souvent d'être derrière la caméra pour raconter des histoires et toucher les gens mais en attendant, je l'écris et je me plais à le faire. Je suis particulièrement sensible au cinéma français ou au cinéma contemplatif dans sa généralité, ce qui compte c'est de ressentir. Les émotions guident mes passions et le cinéma ne déroge pas à la règle, bien au contraire.

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