Pourquoi Les Filles du soleil est un des films les plus importants de 2018 ?

À l’ère de la montée en puissance des mouvements féministes et de la lutte pour les droits des femmes, le dernier film d’Eva Husson s’inscrit parfaitement dans le contexte occidental. D’images sublimes aux émotions fortes, la cinéaste a su saisir l’urgence de la situation dans un film bouleversant mais important politiquement et mondialement.

Les filles du soleil n’est pas un film de femmes, premièrement parce que cette expression renvoie surtout au fait qu’il n’y a pas assez de réalisatrices reconnues et n’est en aucun cas un genre de cinéma et deuxièmement parce que c’est un film sur les femmes. Eva Husson assume ce parti pris et n’a d’ailleurs même pas à se justifier sur les choix de points de vue qu’elle a pu faire. Son regard est omniprésent dans le film mais la documentation dont elle a fait preuve pour arriver à ce résultat n’est pas négligeable. Témoignages, immersion sur le front, rencontres avec des réfugiées qui s’étaient échappées, tout a été fait pour que le film soit le plus réaliste possible et rende vraiment hommage à ces femmes. Les filles du soleil n’est pas non plus un film de guerre et c’est pourtant le risque que prenait le long métrage en mettant des visages et des images sur les actes de Daech, mais à aucun moment la violence n’est instrumentalisée. La réalisatrice ne fait pas non plus de son œuvre, un cours d’Histoire complexe sur la situation géopolitique du Kurdistan et élude totalement cette partie pour y mettre seulement les détails nécessaires à la compréhension de l’histoire. Les noms des bataillons, les différents camps, partis, importent peu finalement. Ce qui compte ici, c’est de ressentir, de comprendre si ce n’est d’entendre les femmes kurdes.

Les médias s’attardent beaucoup sur la violence des assassins et des tortionnaires de Daech mais trop peu sur ce que vivent réellement leurs victimes innocentes. C’est pourtant ce à quoi il est nécessaire de s’intéresser : l’humain au milieu des drames.

3 aout 2014 : le peuple Yézidi est victime d’une offensive de la part de l’État Islamique (environ 5000 femmes sont capturées dont Nadia Murad Prix Nobel de la Paix en octobre 2018 pour son combat contre les violences sexuelles utilisées comme arme de guerre).

Et c’est ce qu’Eva Husson a choisi de faire avec son film. Les flashbacks entraînent le public dans l’enfer que vivent les femmes prises pour marchandises sexuelles. Violées, torturées, vendues, toute leur humanité est pillée par ces barbares. Assistant impuissantes à la violence forcée de leurs fils, aux viols de leurs sœurs, de leurs filles ; la souffrance de ces femmes, que l’on a déjà tous lue quelque part, est terrible. Le travail de la cinéaste pour faire des allers retours entre leur présent de combattantes et leur passé, qui explique ce qui les a menées à prendre les armes, rend compte du long chemin semé de tortures parcouru par ces guerrières. Elles ne sont jamais présentées comme des victimes, et c’est une des raisons principales pour laquelle Les Filles du soleil doit faire écho à notre société de 2018.

Évidemment, les faits se déroulent dans un contexte totalement différent de celui que la société occidentale se voit vivre. Mais l’analogie faite, dans une juste mesure toujours, le film reste important pour le monde entier. Si les femmes se regroupent entre elles pour combattre, parce qu’elles n’ont d’autre choix que de prendre les armes dans cet endroit là du monde, alors les mouvements émergents en France ou ailleurs, qui montrent la solidarité dans le combat pour les droits, doivent continuer. « Ils nous violent, nous les tuons » Les soldats de Daech sont convaincus que s’ils meurent tués par une femme, ils n’iront pas au paradis. C’est la deuxième force qu’ont ces femmes après le fait même d’en être une. C’est la force que l’on a toutes. Faire de ce sexe trop souvent considéré comme faible, inférieur, quelque chose de grand, puissant, qui doit être perçu comme tel, autant que le sont les hommes.

Les Filles du soleil donne une rage de vivre avec une émotion folle. Golshifteh Farahani incarne l’héroïne kurde avec une force aussi saisissante dans sa détresse que dans sa fureur au combat. Ses cris font écho aux mots restés longtemps silencieux de nombreuses femmes, qui, aujourd’hui ne se taisent plus. Le combat prend toute son importance dans son histoire, dans ses blessures tout comme maintenant, les révoltes féminines n’ont de sens que si l’on considère l’Histoire des femmes dans son intégralité. Eva Husson livre clairement un plaidoyer féministe qui a totalement sa place dans le paysage du cinéma actuel. Émotion, puissance, engagement et un soin particulier des images, le film a tout ce pourquoi l’on peut aimer le cinéma. Merci pour les femmes. Merci pour la liberté. Merci pour le cinéma.

Les Filles du Soleil – Bande-annonce

Synopsis : Quelque part au Kurdistan. Bahar, commandante des Filles du Soleil, un bataillon composé de femmes soldates kurdes, est sur le point de reprendre la ville de Gordyene, où elle avait été capturée par les extrémistes. Mathilde, journaliste française, couvre les trois premiers jours de l’offensive. A travers la rencontre de ces deux femmes, on retrace le parcours de Bahar depuis que les hommes en noir ont fait irruption dans sa vie.

Les Filles du soleil – Fiche technique

Réalisé par Eva Husson
Avec Golshifteh Farahani, Emmanuelle Bercot, Zübeyde Bulut, Behi Djanati Atai…
Image : Mattias Troelstrup
Montage : Emilie Orsini
Son : Olivier Le Vacon
Genre : Drame
Distribué par Wild Bunch Distribution
Produit par Didar Domehri
Sociétés de Production : Steps Productions, Arches Films, Bord Cadre Films, Maneki Films , Wild Bunch
Durée : 1h 55min
Date de sortie 21 novembre 2018

France – 2018

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Gwennaëlle Masle
Gwennaëlle Maslehttps://www.lemagducine.fr/
Le septième art est un rêve et une passion depuis quelques années déjà. Amoureuse des mots et du cinéma, lier les deux fait partie de mes petits plaisirs. Je rêve souvent d'être derrière la caméra pour raconter des histoires et toucher les gens mais en attendant, je l'écris et je me plais à le faire. Je suis particulièrement sensible au cinéma français ou au cinéma contemplatif dans sa généralité, ce qui compte c'est de ressentir. Les émotions guident mes passions et le cinéma ne déroge pas à la règle, bien au contraire.

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