The Circle, un film de James Ponsoldt : Critique

Avec The Circle, James Ponsoldt interroge l’éthique de nos sociétés soumises aux nouvelles technologies et aux réseaux sociaux. Tom Hanks et Emma Watson collaborent pour mettre à mal les libertés individuelles dans une Amérique fictive totalement crédible.

Synopsis : Les États-Unis, dans un futur proche. Mae est engagée chez The Circle, le groupe de nouvelles technologies et de médias sociaux le plus puissant au monde. Pour elle, c’est une opportunité en or ! Tandis qu’elle prend de plus en plus de responsabilités, le fondateur de l’entreprise, Eamon Bailey, l’encourage à participer à une expérience révolutionnaire qui bouscule les limites de la vie privée, de l’éthique et des libertés individuelles. Désormais, les choix que faits Mae dans le cadre de cette expérience impactent l’avenir de ses amis, de ses proches et de l’humanité toute entière…

The Circle met en avant le grand dilemme des sociétés occidentales actuelles à travers une cité totalement à part du monde réel. Cette entreprise qui devient un village interpelle le plus profond de nos esprits dans cette éternelle question qui subsiste, à savoir : sécurité ou liberté, qui a la priorité ? Le créateur de l’entreprise vend d’ailleurs cette innovation comme plus proche des droits de l’homme puisqu’elle sera utilisée pour renforcer la quiétude des populations. C’est l’occasion de voir ici deux idées s’affronter afin de déterminer la limite de ce système. Est ce que là où s’achève la surveillance, commence la vie privée ? Ou est ce que cette surveillance ne parviendrait-elle pas à nous canaliser ? Dans le film, la jeune fille jouée par Emma Watson dit elle-même que lorsqu’elle n’est pas observée, son comportement se tourne naturellement vers les risques. Les caméras la sauvent alors de la situation dans laquelle elle s’est mise. Là encore vient se poser une question à propos du regard des autres. Tout comme sur les réseaux sociaux actuels, la peur d’être mal jugé peut amener les comportements à changer et de ce fait imposer un contrôle total de sa personne lorsque l’on se sait surveillé. Mais la liberté dans tout ça ? L’idée de transparence totale pourrait être bonne si elle ne la mettait pas en cause. En s’estimant plus réceptif aux droits de l’homme, The Circle s’avère être au contraire, en totale opposition avec eux.the-circle-tom-hanks-emma-watson

Il est également intéressant d’étudier, dans le film, l’art de la stratégie. Comment les créateurs du système arrivent à convaincre ? En montrant toujours les meilleurs côtés de leurs inventions, tout comme le réalisateur d’ailleurs qui privilégie les avantages de ces avancées en dépit des inconvénients, qu’il cherche pourtant à dénoncer. La sécurité des peuples avant tout, l’espoir donné à ceux qui n’en n’ont plus comme au père de Mae. Grâce à l’intelligence de leurs mots, ils parviennent à toucher le public. Les gens qui n’ont pas accès à certains lieux, certaines activités peuvent les vivre à travers l’image. Mais est ce que les images peuvent réellement remplacer les sensations ? Est ce que les rêves remplacent l’action ? James Ponsoldt laisse plusieurs portes ouvertes, plusieurs débats possibles en gardant toujours un œil et un ton moralisateur. Emma Watson apparaît comme l’actrice idéale dans le rôle de la jeune engagée, porte parole dont l’intelligence et les capacités à faire de grands discours séduisent bien qu’elle ne se montre pas toujours très juste et convaincante.

Ce duel entre liberté et transparence est également illustré par le tiraillement dont Mae est victime. D’un côté son besoin de liberté et d’avoir un bon travail pour vivre sa vie, de l’autre, son amour pour ses parents, ses amis. Il s’avère alors qu’à un moment donné de l’histoire, les deux deviendront compatibles et tout le monde y trouvera son compte, jusqu’à ce que l’envie d’aller plus loin resurgisse. Avec quelques scènes et histoires qui rappellent l’importance de la vie privée, le réalisateur remet son personnage principal sur le droit chemin mais livre tout de même une vision pessimiste des générations contemporaines. En présentant ce besoin permanent d’exploiter les technologies à l’excès, en montrant les mauvais aspects de l’humanité aux côtés de l’innovation, The Circle fait réagir le spectateur sur sa propre utilisation de la modernité. Bien que depuis toujours l’on nous apprenne à dépasser les limites, il faut parfois accepter d’en laisser. Le film lance une alerte sur l’omniprésence des réseaux sociaux dans nos vies par la métaphore d’une secte dont le gourou serait la technologie. L’une des scènes finales où l’obscurité est vaincue quand tous les écrans sont tournés vers Mae pour l’éclairer, achève le film sur une note ambivalente qui entrevoit des solutions en demandant de rester vigilants. Bien que la dystopie manque un peu de fond et de profondeur, le message demeure efficace.

The Circle : Bande Annonce

The Circle : Fiche Technique

Réalisation : James Ponsoldt
Scénario : James Ponsoldt, d’après l’oeuvre de Dave Eggers
Interprètes : Emma Watson, Tom Hanks, John Boyega
Producteurs : Anthony Bregman, Gary Goetzman, James Ponsoldt
Société de production : Likely Story, Imagenation Abu Dhabi FZ, Playtone
Distributeur : Mars Films
Durée : 110 minutes
Genre : drame, science fiction, thriller
Date de sortie : 12 juillet 2017

États-Unis/Émirats Arabes – 2017

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Gwennaëlle Masle
Gwennaëlle Maslehttps://www.lemagducine.fr/
Le septième art est un rêve et une passion depuis quelques années déjà. Amoureuse des mots et du cinéma, lier les deux fait partie de mes petits plaisirs. Je rêve souvent d'être derrière la caméra pour raconter des histoires et toucher les gens mais en attendant, je l'écris et je me plais à le faire. Je suis particulièrement sensible au cinéma français ou au cinéma contemplatif dans sa généralité, ce qui compte c'est de ressentir. Les émotions guident mes passions et le cinéma ne déroge pas à la règle, bien au contraire.

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