Wrath of silence, de Xin Yukun, portrait de la Chine en Ouest sauvage, en DVD et Blu-ray

Entre Touch of sin et Le Lac aux oies sauvages, Wrath of silence, qui sort en DVD et Blu-ray chez Spectrum Films, fait partie de ce cinéma chinois qui revitalise le film noir en lui donnant tout sa force politique.

Le réalisateur Xin Yukun, dont c’est le second long métrage, sait à la fois mettre en scène un polar sombre et violent, et montrer les coulisses du miracle économique chinois.

Synopsis : Baomin, originaire de Mongolie intérieure mais obligé d’être mineur loin des siens, rentre dans son village lorsqu’il apprend que son fils a disparu.

Western dans la Chine contemporaine

Cela commence par le choix du lieu où se déroule Wrath of silence. Loin des grandes mégalopoles comme Hong Kong ou Shanghai, symboles de la réussite chinoise, le cinéaste nous plonge ici dans cette Mongolie intérieure qu’il connaît bien pour en être originaire. Dans cette région si éloignée de l’opulente façade maritime, tout semble figé et déprimé. L’aridité désertique s’étend à perte de vue. Tout n’est que poussière, dans laquelle de rares moutons tentent de survivre sans pour autant fournir de quoi vivre à leurs propriétaires. La région semble abandonnée à elle-même, un peu comme l’Ouest sauvage des westerns. Du coup, c’est le plus fort qui l’emporte.

Et ici, le plus fort, c’est Chang Wannian, riche propriétaire minier qui agit comme un seigneur féodal sur cette région. Il dispose à sa guise des terres et des personnes, rachetant des mines concurrentes à grands coups de menaces et de chantages, et envoyant à sa guise des hommes désespérés travailler pour lui loin des leurs. C’est le cas de Baomin, le personnage principal (à défaut d’être le héros) de Wrath of silence. Seulement, au fond de cette mine, il apprend que son fils Lei a disparu. Baomin rentre donc chez lui pour chercher son fils.

Le fait que ce soit lui-même qui soit obligé de chercher son enfant disparu en dit déjà long sur l’inexistence d’une police qui, comme la cavalerie, n’arrivera que trop tard, lorsque les comptes seront déjà réglés. Ici, l’organisation étatique brille par son incurie. La police est bien là mais ne semble pas disposée à faire quoi que ce soit.

Très vite, le film va se tourner en un face-à-face entre Chang Wannian et Baomin, qui est rapidement convaincu de la responsabilité du chef d’entreprise dans la disparition de son fils. On va à nouveau se retrouver dans une situation de western, au cœur de ce conflit entre les petits éleveurs de bétail et les riches et gros propriétaires terriens. Cette ambiance d’ouest sauvage renforce l’idée que les lois ne s’appliquent pas dans ce lieu oublié des hommes et des autorités, et que du coup la seule loi du plus fort permet de régner.

Force des symboles

La réalisation de Xin Yukun va profiter de cette situation pour mettre de nombreux symboles. Le fait que Baomin soit muet est déjà très significatif : il représente ceux qui n’ont pas voix au chapitre dans le miracle économique chinois, ceux qui sacrifient famille et santé pour le profit du pays, mais surtout de ces quelques oligarques qui vampirisent la population.

Le film est aussi basé sur le contraste entre le désert qui rend la vie impossible à Baomin et aux siens, et l’opulence dans laquelle vit Chang Wannian. D’un côté la disette, de l’autre une avalanche de viande et de plats (la scène où il tente de torturer quelqu’un en l’étouffant avec de la viande est très symbolique également). D’un côté le gris et la poussière, de l’autre les couleurs vives. Et l’on pourrait continuer longtemps ainsi : le contraste est peut-être un peu trop flagrant, trop artificiel, mais il donne des scènes fortes comme lorsque Baomin, mineur poussiéreux, arrive pour la première fois dans les bureaux de Chang : la rencontre de deux Chine que tout sépare, voire oppose.

Cette opposition s’installe aussi entre le dessous et le dessus. Baomin est un mineur, il représente donc ceux qui travaillent sous terre, ce monde souterrain et invisible. D’ailleurs, le film est traversé par des images de souterrains, de grottes. On y retrouve l’image récurrente du personnage qui regarde vers les ténèbres, comme s’il y était attiré. Un attrait du côté obscur, celui de la violence et de la mort (voir ce qui se cache derrière la fameuse porte entrouverte du bureau de Chang).

Le dernier symbole important est celui de cette disparition d’enfants. Symbole d’un pays qui avance en dévorant ses enfants. La réussite chinoise se fait au détriment des Chinois eux-mêmes.

Avec Wrath of silence, Xin Yukun nous livre un très beau film, esthétiquement remarquable, violent, âpre et rugueux, d’une grande puissance évocatrice. Un cinéaste à suivre.

Wrath of silence : bande annonce

En complément de programme, en plus de l’éternelle bande annonce, nous avons une critique effectuée conjointement par deux critiques qui confirment la richesse du film en montrant ses différents aspects (polar, social, fantastique). La vidéo est à voir après avoir vu le film, pour ne pas gâcher son visionnage.

Et surtout nous découvrons un autre cinéaste chinois promettre, Wei Shujun, à travers son court métrage On the Border, qui a été primé au Festival de Cannes 2018. Comme Wrath of silence, On the border nous plonge dans une Chine délaissée et abandonnée, où l’électricité fait souvent défaut même au cœur des villes. Un jeune homme part à la recherche de son père, mais cette errance va vite dériver. Le film est peuplé d’images d’immobilisme : le manège cassé, l’exercice qui consiste à courir en faisant du sur-place, le jeu vidéo où on fait semblant de tailler la route, tout nous montre que le projet de partir vivre en Corée est sans doute mort-né. On the border est esthétiquement sublime et complète bien Wrath of silence.

Caractéristiques du DVD :

DVD 9
Master HD, 2,35, 16/9 compatible 4/3
1h54
Pal
Son Dolby Digital 5.1

Caractéristiques du blu-ray:

Format respecté
Haute Définition (2.35 : 1) 1920 X 1080 p., encodage AVC
1h59
Son 5.1 DTS HD Master Audio

Compléments de programmes :

On The Border, court métrage de Wei Shujun (14 minutes) – Mention Spéciale du Jury Festival de Cannes 2018
Critique par Dirty Tommy et The Film Talker (9 minutes)
Bande-annonce.

Festival

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Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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