Peter Cushing traque Le Redoutable Homme des neiges en DVD et Blu-ray

Le Redoutable Homme des neiges n’est pas le film le plus connu de la Hammer, mais il possède des qualités d’écriture et d’interprétation, ainsi qu’une certaine audace dans ses choix de mise en scène, qui en font un film devant être redécouvert. C’est la possibilité que nous offrent les éditions ESC.

Le nom de la Hammer évoque inévitablement, dans la mémoire des cinéphiles, les films d’horreur gothique de Terence Fisher, tels que Le Cauchemar de Dracula, Frankenstein s’est échappé ou Le Chien des Baskerville. Mais un autre réalisateur a beaucoup compté dans l’histoire de la firme.
Pour mémoire, la firme britannique est née en 1934 mais devra attendre le milieu des années 50 pour se spécialiser dans le cinéma fantastique et horrifique grâce au succès du film Le Monstre, première partie d’une trilogie de science-fiction consacrée au personnage du professeur Quatermass. Ce film, ainsi que sa suite, est réalisé par Val Guest, cinéaste un peu oublié de nos jours (on se souvient éventuellement de sa parodie de James Bond, Casino Royale, avec Peter Sellers et David Niven). Après ce succès, qui marquera définitivement l’orientation de la firme, Val Guest tournera Le Redoutable Homme des neiges, auquel ESC consacre une édition bienvenue qui, on l’espère, permettra de réévaluer cette œuvre injustement méconnue dans le catalogue de la Hammer.
L’action, on s’en doute, se déroule au Tibet, où un trio de scientifiques étudie les plantes pour le compte d’une organisation britannique. Nous avons là le Docteur Rollasson (Peter Cushing, dont ce film est la deuxième d’une longue série de collaborations avec la Hammer), son épouse et le Docteur Fox. En quelques phrases seulement, la différence d’attitude entre les deux hommes est notable. Rollasson est un grand connaisseur non seulement de la flore, mais de la culture tibétaine. Il en connaît la mystique et l’art de vivre, et sait apprécier à leur juste valeur les présents fournis par le lama qui les accueille. Fox, quant à lui, est un occidentalo-centriste qui n’accepte pas les différences et souhaiterait que tout le monde vive à l’occidentale.
Avec une brillante efficacité, Val Guest aborde plusieurs thèmes importants : le complexe de supériorité des Occidentaux, la mystique et les légendes comme sources de connaissances, mais aussi les dangereux accords entre la science et le commerce. Ainsi, une nouvelle équipe arrive, dirigée par un certain Mr. Friend. Son objectif est de mener une expédition en altitude à la recherche du légendaire Yéti et, dans la mesure du possible, d’en capturer un pour l’exposer à Londres (il est évidemment facile de retrouver ici l’influence de King Kong). L’objectif de Friend est, bien entendu, d’ordre financier, mais l’aventurier cherche aussi à se refaire une vertu, lui qui avait été pris pour avoir monté une arnaque quelques années plus tôt. S’ouvre alors un inévitable conflit entre Rollasson et Friend, entre le scientifique et le commercial, la volonté d’étudier face à celle d’exploiter. L’Occident est aussi dévoré par son désir de faire des affaires, de vendre des spécimens de foire et non d’étudier.
En règle générale, le film baigne dans un grand pessimisme concernant l’humanité. L’expédition au centre du film est aussi, et sans doute avant tout, un exemple de folie humaine et, avant de montrer un monstre, elle révèle le coeur des hommes. « Le vrai danger n’est pas dehors, il est en nous ». Par leur comportement, les hommes des neiges, dont le visage est empreint « d’une grande sagesse », se révèlent plus humains que les humains.
Contrairement à son collègue Terence Fisher, dont la réalisation était marquée par des images gothiques et colorées qui deviendront la marque de fabrique de la Hammer, Val Guest opte pour une mise en scène très réaliste, proche du documentaire (bien que le film soit tourné dans les studios de Bray appartenant à la Hammer). Certes, l’Himalaya n’est pas très réaliste selon nos critères actuels, mais le travail est quand même remarquable (dans le livret, on apprend que les prises de vue aériennes ont été faites dans les Pyrénées).
Pour augmenter cet aspect documentaire, Val Guest fait le choix audacieux mais réfléchi de laisser le Yéti dans l’ombre. On ne le verra jamais en entier : une main, un regard, et ce sera tout. Cela permet de pallier aux dangers d’un potentiel ridicule de voir sur l’écran un acteur dans un costume de nounours. En occultant cela, Val Guest permet à son film de passer plus facilement l’épreuve du temps.
Le résultat est un film d’aventures passionnant, doublé d’un beau drame humain.

Compléments de programme
D’abord, rappelons que la sortie de ce film, injustement plongé dans l’ombre des autres productions de cet âge d’or de la Hammer (il est sorti entre Frankenstein s’est échappé et Le Cauchemar de Dracula) est déjà un événement en soi pour les amateurs de la célèbre firme britannique.
Cette édition est accompagnée de deux suppléments de programme.
Le premier est un documentaire, un entretien avec Gilles Menegaldo, enseignant à l’université de Poitiers. Il revient sur la carrière de Val Guest, rappelant au passage qu’il avait commencé en travaillant comme journaliste et que cela influera sur sa recherche de réalisme dans ses œuvres. Puis Gilles Menegaldo revient sur la genèse du film, et insiste avec justesse sur la qualité de son écriture, spécialement en ce qui concerne les personnages complexes. Enfin, il termine sur le choix de Val Guest de ne pas montrer le monstre, ce qui opposa ce Redoutable Homme des neiges à son prédécesseur dans les productions Hammer, Frankenstein s’est échappé, qui misa justement sa réussite commerciale sur un monstre interprété par Christopher Lee est généreusement montré à l’écran.
Le second complément de programme est un excellent livret d’une vingtaine de pages, agrémenté de photos de tournage. Marc Toullec y raconte la fabrication du film, depuis l’idée de départ (liée à l’actualité de l’époque) jusqu’à la postérité du Yéti au cinéma, chaque étape de l’écriture et du tournage est décrite avec, à l’appui, des propos de Val Guest lui-même. Ce livret complète parfaitement le film.

Caractéristiques du DVD

Durée : 92 minutes
Images 2.35 – 16/9
Version originale stéréo Dolby ou Dual Mono
Sous-titres français

Caractéristiques du Blu-ray

Durée : 95 minutes
Image HD 2.35 – 16/9
Version originale Stéréo DTS ou Dual Mono
Sous-titres français.

Compléments de programme :

_ Val Guest : le visible et l’invisible, avec Gilles Menegaldo (27 minutes)
_ Les Montagnards sont là, livret de Marc Toullec (20 pages)

Le Redoutable Homme des neiges : bande annonce

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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