Juliette au printemps : portrait d’une famille en dépression

Les fantômes reviennent toujours hanter les âmes solitaires. Juliette au printemps en étudie les causes dans un film solaire qui réunit à la fois le drame et la comédie. Blandine Lenoir y convoque des personnages tourmentés au sein d’une famille imparfaite. De même, on y dessine ce qui nous manque par-dessus tout : une étreinte revigorante. Disponible en DVD et Blu-ray dès le 15 octobre prochain.

Synopsis : Juliette, jeune illustratrice de livres pour enfants, quitte la ville pour retrouver sa famille quelques jours : son père si pudique qu’il ne peut s’exprimer qu’en blagues, sa mère artiste peintre qui croque la vie à pleines dents, sa grand-mère chérie qui perd pied, et sa sœur, mère de famille débordée par un quotidien qui la dévore. Elle croise aussi le chemin de Pollux, jeune homme poétique et attachant. Dans ce joyeux bazar, des souvenirs et des secrets vont remonter à la surface.

Révélée comme actrice chez Gaspar Noé dans Carne, puis Seul contre tous, Blandine Lenoir a véritablement pris son envol en passant derrière la caméra. Après s’être perfectionnée à la mise en scène, à l’écriture et à la direction d’acteurs dans dix courts-métrages, cette dernière continue de brosser le portrait de personnages féminins avec justesse. Que ce soit à travers le choc des générations dans Zouzou, la ménopause dans Aurore ou l’avortement dans Annie colère, Lenoir est en quête de représentations féminines libres et modernes. Sans déroger à cette ligne directrice, son quatrième long-métrage observe les relations au sein d’une famille en défaut de communication. En co-écriture avec Maud Ameline, elle adapte donc la bande dessinée Juliette, les fantômes reviennent au printemps, de Camille Jourdy. On y suit le retour de Juliette dans sa ville natale, où la dépression agit étonnamment comme un levier vers la guérison. Et c’est avec humour et bonne humeur que les personnages vont s’élever, ensemble et malgré leurs imperfections.

T comme Tendresse

Une trentenaire déréglée et en perte de repères ouvre cette intrigue. C’est Izïa Higelin que l’on découvre dans cet état mental qui ne ressemble pas au sien. Dans une retenue qui la maintient au bord de l’implosion, nous découvrons la Juliette dépressive qu’elle incarne. La jeune illustratrice, célibataire et sans enfants, se rend à Châtillon-sur-Chalaronne, une commune de l’Ain qui se situe bien loin de la gare la plus proche. Elle a besoin de se ressourcer, autant pour retrouver l’inspiration dans le métier qu’elle aime que pour conjurer le mauvais sort d’une enfance traumatisante. Pourtant, malgré de tels enjeux, le film ne cache pas ses envies de faire rire. À travers une galerie de personnages pittoresques, nous découvrons des personnalités saugrenues, à commencer par un père réservé (Jean-Pierre Darroussin), une mère qui confond volontiers encouragement et désespoir (Noémie Lvovsky), une grand-mère encore vive d’esprit (Liliane Rovère) et une sœur engagée et passionnée (Sophie Guillemin). Tout le monde possède cependant des secrets et n’hésite pas à se cacher derrière des blagues, des costumes ou des maquillages afin de préserver le peu d’illusion qui les maintient en vie.

Comme ses personnages illustrés, Juliette est piégée dans une image qui n’a ni passé ni avenir. En essayant de s’émanciper de cette contrainte et de retrouver son chemin, elle déambule dans l’espoir qu’on écoute ses lamentations. Attend-t-elle une réaction ? Peut-elle faire ses propres choix au lieu de se laisser diriger par ses incertitudes, qui mènent inévitablement à une crise d’angoisse ? Ce serait-ce pas cet obstacle mental qui l’empêche à la fois d’avoir ses règles et de guérir d’une mystérieuse mélancolie ? Si elle ne peut trouver toutes les réponses auprès de sa famille, tourmentée par ses propres névroses, elle finit par se tourner vers Pollux (Salif Cissé), dont la présence et l’amitié lui réchauffent le cœur. Il constitue le pont entre Juliette et sa maison d’enfance. Les souvenirs y sont gravés, mais elle peine à les déchiffrer.

Le récit et la délicieuse musique de Bertrand Belin nous invitent à le faire auprès d’elle, tandis que la cinéaste arrondit discrètement les angles de son univers féministe. Cela passe par une volonté de filmer des corps que l’on voit peu et cela passe également par la volupté et le romantisme des hommes. Tous les ingrédients sont réunis pour agir dans un sens, afin de gonfler la bulle d’air frais que constitue le film. C’est là que le cinéma de Lenoir se marie parfaitement avec les planches de Camille Jourdy. Ils partagent la même fantaisie en confrontant des individus contrariés par leur résilience personnelle. Juliette au printemps constitue donc une lettre d’amour qui s’adresse à celles et ceux qui doutent de leur place au sein de leur famille ou d’un autre groupe. Cette brève escapade nous apprend à retrouver le souffle qu’on a perdu, avec tendresse et bienveillance.

Bonus

Un livret de croquis inédits, dessins préparatoires et photogrammes est fourni avec la jaquette. Le disque contient également le film commenté par Blandine Lenoir, relatant énormément son travail d’adaptation depuis la bande dessinée (choix des costumes, du décor et de la mise en scène). Et environ un quart d’heure de scènes coupées complètent les suppléments, incluant notamment un scène de thérapie par le rire.

Juliette au printemps Bande-annonce

Juliette au printemps – Fiche technique

Réalisation : Blandine Lenoir
Scénario : Blandine Lenoir, Maud Ameline, Camille Jourdy
Image : Brice Pancot
Montage : Héloise Pelloquet
Casting : David Bertrand, Constance Demontoy
Première Assistant Réalisatrice : Nicolas Guilleminot
Ingénieur du son : Jean-Luc Audy
Décors : Marie Le Garrec
Costumes : Anne Blanchard
Maquillage : Anaëlle Trogno
Coiffure : Lucine Azanza
Musique originale : Bertrand Belin
Post-production : Bénédicte Pollet
Directrice de production : Clotilde Martin
Producteurs : Fabrice Goldstein, Antoine Rein
Production : KARÉ Productions
Pays de production : France
Distribution France : Diaphana Distribution
Durée : 1h36
Genre : Comédie dramatique
Éditeur : Diaphana Édition Vidéo
Date de sortie en France : 12 Juin 2024
Date de sortie DVD/BLU-RAY/ VOD : 15 octobre 2024

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Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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