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Lucy, un film de Luc Besson : Critique

Lucy : Un millefeuille de références totalement décousu !  

Quelques mois seulement après Malavita, adaptation du roman de Tonino Benacquista transformé en hommage complètement raté à tout un pan de la filmographie mafioso-scorsesienne, Luc Besson est de retour avec un « scénario » de son propre cru : Lucy ; ou l’histoire d’une étudiante pris au piège par des narcotrafiquants coréens, la forçant à transporter une drogue expérimentale dans son abdomen, et qui va la voir se disséminer dans son organisme, lui donnant ainsi accès à la totalité de ses facultés cérébrales.

Drogue expérimentale ? Faculté cérébrales accrues ? Les plus cinéphiles remarqueront sans doute aisément la trame du récent Limitless de Neil Burger, porté à l’écran par le fringuant Bradley Cooper, qui lui aussi transposait dans un thriller énergique et énigmatique, le destin d’un homme ordinaire voyant ses facultés cérébrales et intellectuelles se développer considérablement après ingestion d’une mystérieuse drogue. 

Bien qu’empruntant la même thématique SF à la fois délirante et terriblement attirante, Limitless et Lucy ne disposaient pas des mêmes attentes, ou des mêmes ambitions.

Car là ou Neil Burger proposait une adaptation libre du roman The Dark Fields d’Alan Glynn tout en y insérant quelques touches de suspense pour en faire un polar cérébral, Luc Besson, grand mogul de l’entertainment hexagonal qu’il ne sert plus de présenter, espérait avec Lucy opérer son grand retour au cinéma en proposant la quintessence de son style, partagé entre son irrépressible désir d’entertainment et sa volonté d’y inclure des histoires aux ramifications et relents philosophiques, intimistes ou personnelles.

Et après s’être égaré à la télévision (No Limit ; New York Taxi) ou dans l’écriture de scénarios aux finitions douteuses (Taken 23 Days To KillBrick Mansions), Besson, personnage assez contradictoire car souhaitant insuffler à ses films une profondeur et une palette d’émotions digne de films indépendants et une jouissance digne de superproduction américaine, s’est entichée de Lucy, femme vouée à devenir la prochaine âme torturée se sacrifiant sur l’autel des éloges panégyriques féminins dressés par ses soins.

Une héroïne, qui fidèle à ses productions précédentes telles que Nikita, Jeanne d’Arc ou Le 5ème Elémentest présentée d’entrée comme faible, de par son statut de femme mais également de par son statut d’étudiante, personne devant encore apprendre avant de prendre son envol et apparaissant comme coincée sous un giron invisible la préservant de la difficulté du monde dans lequel elle évolue. L’absence de renseignement sur les matières étudiées par cette jolie blonde tend d’ailleurs à prouver que Besson, préfère encore une fois s’intéresser au statut des personnes qu’il met en scène, avant d’en dévoiler leurs facettes. En atteste le choix purement improbable de placer Bruce Willis comme héros alors même qu’il n’est qu’un simple chauffeur de taxi dans Le 5ème Elément.

Jeune étudiante un brin fêtarde et fréquentant les mauvaises personnes, la Lucy de Besson, clin d’œil évident à la Lucy, premier fossile féminin découvert par une bande de paléontologues biberonnés au Beatles, soulignant au passage l’aspect quasi matriciel et canonisant de l’hommage qu’il rend à la gente féminine, est jetée sans ménagement dans une intrigue déployée rapidement où un hommage poussif et (trop) appuyé à 2001, l’Odyssée de l’Espace sert d’entame à un film, qui dès son ouverture et les nombreuses bandes annonces présentées, se veut comme le plus abouti de son auteur.

Souhaitant relever le challenge de faire cohabiter dans un seul et même film action et philosophie, tout en cherchant à expliquer de manière concrète et succincte l’Histoire de l’univers et l’évolution de l’homme, Besson, face à la durée de son long-métrage relativement courte, vulgarise au maximum son propos quitte à délivrer un propos erroné, cliché et terriblement banal, là où une dose d’intelligence, et de maturité aurait pu donner la crédibilité sur laquelle s’appuyer pour renforcer la cohérence du film.

Convoquant aisément les origines du monde retranscrites dans le trip spatial que constitue 2001, l’Odyssée de l’Espace et l’aspect théologique et philosophique de The Tree of Life, Besson tente d’atteindre le coté métaphysique que son sujet aux relents théologiques peut contenir, sans pour autant y réussir au vu de sa volonté d’y adjoindre un volet action, qui en plus d’être très mal réalisé, affaiblit grandement la portée du film tant son rôle reste discutable à la bonne avancée du récit et efface le rôle occupée par celle qui donne son nom au film, Lucy.

Effacée, et troquant sa démarche envoûtante pour celle d’un robot déshumanisé, Scarlett Johansson apparaît ici comme la plus froide et inintéressante des femmes passées sous le scope bienveillant de Besson. La faute à un traitement émotionnel et humain quasi inexistant et préférant s’attarder sur les « pouvoirs » dont elle hérite après sa transformation. Dommage que ce gain de capacités ne s’effectue au détriment de ses capacités humaines, tant la voir en action, à la fois surprise et consciente de ses capacités, aurait été sans nul doute la meilleure preuve d’amour de Besson pour la figure féminine.

Voulu comme la renaissance de son auteur après des années de disette, Lucy apparaît davantage comme le reflet d’épuisement de son réalisateur, qui après avoir conjugué à outrance ses plus gros succès, cherche à les reproduire à défaut de posséder le talent ou l’imagination nécessaire pour y arriver.

Lucy : Bande-annonce

Synopsis: A la suite de circonstances indépendantes de sa volonté, une jeune étudiante voit ses capacités intellectuelles se développer à l’infini. Elle « colonise » son cerveau, et acquiert des pouvoirs illimités.

Lucy : Fiche Technique

France – 2014
Réalisation: Luc Besson
Scénario: Luc Besson & Co.
Interprétation: Scarlett Johansson (Lucy), Morgan Freeman (Professeur Norman), Choi Min-sik (Mr Jang), Amr Waked (Pierre Del Rio), Pilou Asbæk (Richard), etc.
Genre: Science-fiction, Action
Date de sortie: 6 août 2014
Durée: 1h29
Image: Thierry Arbogast
Décor: Hugues Tissandier
Costume: Olivier Beriot
Son: Stéphane Bucher
Montage: Julien Rey
Musique: Éric Serra
Producteur: Luc Besson, Christophe Lambert, Virginie Besson-Silla
Production: EuropaCorp, TF1 Films Production
Distributeur: EuropaCorp Distribution

 

Winter Sleep, de Nuri Bilge Ceylan : Critique du film

En cinq films sélectionnés à Cannes, Nuri Bilge Ceylan a raflé 5 prix, dont la palme d’or pour Winter Sleep. Avec un tel historique, on peut facilement imaginer que le réalisateur ait constamment la pression de bien faire, et même de succomber à la recherche de la sur-performance, au risque de s’éloigner de son propos artistique initial.

Synopsis : Aydin, comédien à la retraite, tient un petit hôtel en Anatolie centrale avec sa jeune épouse Nihal, dont il s’est éloigné sentimentalement, et sa sœur Necla qui souffre encore de son récent divorce. En hiver, à mesure que la neige recouvre la steppe, l’hôtel devient leur refuge mais aussi le théâtre de leurs déchirements…

Le seigneur des steppes

De fait, ce film peut être qualifié de magistral à bien des égards. Il raconte l’histoire d’un homme ambivalent, Aydin, qui dans une des premières scènes, se fait « caillasser » la voiture par le fils d’un autre homme auprès de qui il vient réclamer des arriérés de loyer. Plus exactement, son intendant Hidayet se soumet à cette basse besogne, tandis que lui reste à l‘écart. Aydin semble interloqué par l’incident. Lui un homme simple, dont le plaisir dans ce matin hivernal est d’aller ramasser des champignons, et de les proposer pour le petit déjeuner aux clients de son cossu hôtel troglodytique de la Cappadoce. Il ne comprend donc pas un tel ressentiment. Du moins est-ce la sensation que le film procure.

Pourtant, sous ces dehors faussement magnanimes, envers ses locataires, ses clients, sa belle et jeune femme qui essaie de se rebeller contre son emprise, Aydin est en fait une personnalité ambiguë, à la fois généreux et intransigeant, sûr de son droit, compréhensif mais composant sans problème avec une conscience de classe. Du désarroi, donc face aux réactions qu’il suscite, mais de la condescendance aussi. Un personnage pas forcément héroïque, pas détestable non plus.

Le film est esthétiquement proche de la perfection. Ce qui frappe en premier sont les images splendides, boostées par une nature ultra-généreuse, la Cappadoce magnifiquement filmée en hiver, en plans larges et étourdissants, en légère plongée, sous la neige, selon les habitudes de Nuri Bilge Ceylan qui déclare aimer filmer la neige par dessus tout. La steppe anatolienne et les chevaux sauvages sont sublimés par le réalisateur, et même les simples scènes d’intérieur éclairées au feu de bois sont remarquables.

Puis il convient de souligner la qualité des dialogues, certes largement inspirés par Tchekov (dont 3 nouvelles ont servi de matériau à ce scénario co-écrit avec son épouse), qui apportent au film beaucoup de dynamisme dans leur succession, ce qui ne laisse aucune place au risque de l’ennui, malgré une durée de film qui fait peur a priori, et un rythme assez languissant, le film n’étant émaillé d’aucune scène d’action. La mise en scène enfin, est d’une fluidité et d’une maîtrise totales, tant aucune scène, aucun décor, aucune parole ne sont laissés au hasard.

Et pourtant, en terme d’émotions, le film n’arrive pas à créer le sublime qu’on serait en droit d’attendre avec un tel niveau de perfection. Certes, la beauté elle-même du film est un vecteur d’émotions, mais on reste à la marge de l’histoire de cet homme. Même les deux personnages féminins, l’épouse Nihal et la sœur Necla ne parviennent pas à nous émouvoir vraiment, leur motivation et la place qui leur est laissée ne sont pas très claires finalement… Peut-être que le « sleep » du titre se traduit par un engourdissement et une torpeur généralisés des personnages qui du coup, ont du mal à convaincre.

Cependant, le jury du festival de Cannes a sans doute pris la bonne décision en attribuant cette palme d’or. Au travers de son discours, le film fait réfléchir sur bien des thématiques. Ces 196 minutes de dialogues presque ininterrompus sont, dans leur majeure partie, axées sur des interrogations entre les différents personnages dont la profondeur est réelle. Ceylan aborde par exemple la violence de classe et son caractère inéluctable, à travers cette très belle scène où le jeune garçon qui a lancé la pierre sur sa voiture, est emmené un peu de force par son oncle (un religieux) chez Aydin pour demander pardon. Aydin lui tend la main d’une manière un peu joueuse, voire moqueuse, pour recevoir une sorte de baiser d’allégeance. Le jeune garçon s’évanouit alors, dans un refus inconscient de l’oppression, déjà une révolte qui ne dit pas son nom.

De même, le film évoque l’éthique comme dans cette longue conversation entre Aydin et sa sœur Necla, l’attitude à adopter face du mal, afin d’emmener le « malfaisant » à un repentir quasi spontané… Il relate également la responsabilité morale d’une figure qui se veut tutélaire comme celle d’Aydin, (auto) érigé en Seigneur de ces lieux, la conduite il devrait tenir par rapport à ses « sujets » … Des sujets importants, traités par les personnages et le réalisateur sur un mode plutôt grave.

Winter Sleep est beau, et est intelligemment construit, ce qui justifie pleinement sa palme d’or.

Fiche technique – Winter Sleep

Winter Sleep (Kış Uykusu)
Turquie – 2013
Réalisation: Nuri Bilge Ceylan
Scénario: Nuri Bilge Ceylan, Ebru Ceylan
Interprétation: Haluk Bilginer (Aydin), Melisa Sözen (Nihal), Demet Akbağ (Necla), Ayberk Pekcan (Hidayet), Serhat Mustafa Kılıç (Hamdi), Nejat İşler (Ismail)…
Date de sortie: 6 août 2014
Durée: 3h16
Genre:
Image: Gökhan Tiryaki
Décor: Gamze Kuş
Son: Andreas Mücke-Niesytka, Thomas Robert, Benoît Gargonne, Lars Ginzel
Montage: Nuri Bilge Ceylan, Bora Gökşingöl
Production: Zeynofilm
Distributeur: Memento Films Distribution

 

Marvel’s Agents of S.H.I.E.L.D., Saison 1 – Critique de la série

Critique : Marvel’s Agents of S.H.I.E.L.D., Saison 1

Synopsis : Après les événements survenus à New York avec les Avengers, l’agent Phil Coulson, qui a survécu à la blessure que lui a infligé Loki, retourne au sein de l’organisation mondiale du maintien de l’ordre, le S.H.I.E.L.D. (Strategic Homeland Intervention, Enforcement and Logistics Division). Il réunit alors une équipe d’agents, extrêmement bien entraînés, afin de s’attaquer aux affaires qui n’ont pas encore été classées ayant trait à l’étrange et à l’inconnu.

Dessine-moi un super-agent

Joss Whedon est un touche-à-tout : co scénariste du film Toy Story, pour lequel il a été nommé pour l’Oscar du Meilleur Scénario Original – et créateur de la série culte Buffy contre les Vampires, il a varié les genres et les styles. De la sitcom (Roseanne) à la science-fiction (Alien, la résurrection) en passant par le film d’animation (Atlantide, l’empire perdu), cet homme talentueux a pris des risques tout au long de sa carrière, et cela a payé. Pas à pas il a gravi les échelons et, avec son Avengers, a réussi à marquer les esprits en proposant une version moderne et créative du film de super-héros. Dès lors, le film deviendra le troisième plus grand succès commercial de l’histoire du cinéma, avec 1,5 milliards de dollars de recettes mondiales. Les studios Marvel ont provoqué un vrai tournant dans sa carrière, et il n’est pas prêt de s’arrêter là. De surcroît, après un rapide retour au film indépendant avec son adaptation moderne de la pièce de Shakespeare Beaucoup de Bruit Pour Rien, Whedon se voit offrir la chance de créer une toute nouvelle série dans l’univers Marvel : Agents of S.H.I.E.L.D.

Diffusée depuis septembre dernier sur la chaîne américaine ABC, la série n’a récolté que de bonnes audiences durant toute l’année. Mais pourquoi ? Retour sur un succès prémédité.

Le récit de Marvel’s Agents of S.H.I.E.L.D. commence quelques temps après la bataille de New York – survenue dans le film Avengers. Depuis, le monde entier se sent comme écrasé par les super-héros ; la population se sent inférieure à ces êtres surnaturels sur tous les points. Mais l’originalité de la série réside dans le fait que l’intrigue ne se concentre pas bêtement sur des super-héros, mais plutôt sur ceux qui les créent, ou qui les ont créés, et essayent de les protéger ; ce sont les vrais héros. Et c’est là où la série puise sa force, puisqu’elle n’a dès lors plus aucune limite. Joss Whedon crée une suite directe à son film : il est donc intéressant de constater le total changement d’ambiance entre les deux univers. Le réalisateur établit – notamment dans le premier épisode – une comparaison fascinante du monde avant et après Avengers.

Au départ, ces agents du gouvernement nous paraissent assez antipathiques : de ce fait, Whedon brouille les pistes et rejette un peu la faute sur ces antihéros atypiques. Avec beaucoup d’humour noir, il dénonce une Amérique trop surveillée, qui empêche les gens de s’épanouir. Évidemment, on sent l’influence d’Orwell sur le style du scénariste. Joss Whedon est un vrai conteur : subtilement, il réussit à moderniser le roman dystopique de l’auteur britannique, en y apportant toute la magie des films Marvel. 

Dans les films que nous ont pondus les studios Marvel ces dernières années, il nous manquait toujours quelque chose : on sentait les réalisateurs comme freinés dans leur élan, condamnés à réaliser des films sur des super-héros aux univers pas forcément intéressants, contraints de se contenter de deux heures pour satisfaire le spectateur. Marvel’s Agents of S.H.I.E.L.D. réussit là à repousser les limites du genre et étale son histoire sur une vingtaine d’épisodes (pour l’instant) de 40 minutes chacun. En livrant certains épisodes stressants ou tristes, et d’autres teintés d’humour, la série explore de nombreuses facettes de l’univers filmique, tout en gardant son unicité. Whedon multiplie les références aux films Marvel (Iron Man 3, Captain America 2, Avengers, Spider-Man) mais fait aussi des allusions à la société américaine d’aujourd’hui. On voit tout de suite plus de liberté, et la série parvient à mêler des éléments des différents films à l’intrigue principale de chaque épisode. Un vrai travail sur les relations entre les personnages est d’ailleurs mis en place, et contribue ainsi au dénouement de certaines enquêtes. Jonglant entre science-fiction et série policière, MAOS propose un patchwork de premiers épisodes indépendants – comme de petites nouvelles tirées d’un recueil – pour ainsi recoller les morceaux du puzzle, qui constituent la trame de l’histoire principale.

Entre mythe et réalité

À partir de l’épisode 8, la série prend une toute autre dimension. Whedon, après avoir présenté un panorama détaillé de l’univers, se focalise enfin sur ses personnages. Tandis que cet épisode situe son histoire quelques instants après le final de Thor : Le Monde des Ténèbres, on découvre de nouvelles facettes de nos personnages. Ils nous étaient inconnus, parfois hostiles, mais Ward, Coulson, May ou encore le « couple » de scientifiques Fitz-Simmons, sont devenus peu à peu plus profonds et attachants. La série ne se compose pas bêtement d’une suite d’enquêtes paranormales : tout au long de son récit elle fait évoluer ses personnages, dans un voyage onirique entre mythe et réalité, dans lequel tout le monde peut devenir un héros. Marvel’s Agents of S.H.I.E.L.D. rend tout de suite le surréaliste réaliste, le rêve possible. La magie, les mythes, tout devient réel, logique, appartient à la science. Le créateur de Buffy nous propose une réelle fouille archéologique dans les confins de ce gigantesque monde de « super-héros ». Dès le premier épisode, on plonge dedans, pour ne plus en ressortir. La sensualité et la prestance de Chloe Bennett, le second degré de Clark Gregg, et le charisme de Iain De Caestecker et de Elizabeth Henstridge, rendent le spectacle encore plus agréable. Effets spéciaux transcendants, humour cinglant, casting hors-pair, scènes d’action et une petite touche de suspense : MAOS détient la recette du succès, cette première saison est un spectacle inouï, et très (ré)créatif.

Fiche technique – Marvel’s Agents of S.H.I.E.L.D.

Titre original : Agents of S.H.I.E.L.D.
Réalisation : Joss Whedon (pilote)
Scénario : Maurissa Tancharoen, Jed Whedon et Joss Whedon, d’après les personnages créés par Jack Kirby et Stan Lee
Direction artistique : Roland Rosenkranz et Alex Hajdu
Décors : Melissa M. Levander
Costumes : Ann Foley et Betsy Heimann
Montage : Joshua Charson, Paul Trejo et Debby Germino
Musique : Bear McCreary
Production : Garry A. Brown
Société de production : ABC Studios et Marvel Television
Société de distribution : ABC
Pays d’origine : États-Unis
Format : couleur – 35 mm – 1,78:1 – son Dolby numérique
Genre : super-héros, action, science-fiction
Durée : 45 minutes

Auteur de la critique : Etan Conway

 

Locke de Steven Knight – Critique

Film-concept rempli d’idées, Locke parvient à force de talent à garder le spectateur enfermé pendant 85 minutes dans les 6m2 d’un 4×4 BMW. On ne niera pas une pointe d’inquiétude lorsque, quelques minutes après le début, on comprend qu’on ne sortira pas du tout de cette voiture dont on suivra le parcours en temps réel. Huis-clos réduit à l’habitacle d’un véhicule, les défis techniques et narratifs étaient impressionnants et parfaitement relevés par Steven Knight, qui parvient à composer avec les contraintes de son sujet.

Synopsis : Ivan Locke a tout pour être heureux : une famille unie, un job de rêve… Mais la veille de ce qui devrait être le couronnement de sa carrière, un coup de téléphone fait tout basculer…

L’art de téléphoner au volant

Locke est un synopsis basique, qui suit du début à la fin un homme au volant de sa voiture, Ivan Locke en l’occurrence, qui va devoir au long de ce trajet, gérer un gigantesque chantier de construction, son licenciement, un accouchement et son divorce à venir. Très étrangement, ces problèmes qui seraient ceux de M. Toutlemonde, captent le spectateur pour une raison qui semble évidente avec le recul : Locke gère tout depuis le téléphone de sa voiture et entre chacun d’entre eux, on se retrouve seul avec lui, dans ses moments de silence et de réflexion, ces moments où l’on peut tenter de lire ses regards et ses gestes. Puis il y a ces sujets qui restent en suspens, attendant une réponse au prochain appel, il y a aussi ces limites du téléphone, cette impuissance que Locke semble ressentir parfois lorsqu’il ne peut rien faire de plus, coincé avec nous dans sa voiture.

Simple et complexe

Techniquement, le film est un paradoxe : simple et plein de morceaux de bravoure. Simple parce-que filmer une voiture (totalement en caméra embarquée) de l’intérieur (parfois de l’extérieur) aussi longtemps, limite énormément le champ des possibilités, la mise en scène s’en trouve presque muselée. Morceaux de bravoure parce-que Steven Knight parvient malgré cela à installer une ambiance loin de toute lassitude, il exploite au maximum les angles de prise de vue à sa disposition, les champs et contrechamps qu’il peut travailler et joue énormément sur les reflets. Résultat : l’atmosphère protectrice de la nuit et de cette voiture enveloppe le spectateur sans qu’il s’en rende compte, le plongeant dans une sorte de torpeur où il se blottit pendant que Locke se débat.

Un seul acteur, quel acteur !

Tom Hardy (Mad Max : Fury Road) est Ivan Locke, il est le seul est unique acteur présent à l’écran, les autres ne l’étant que par la voix. Avoir la pression à ce point ne doit pas être aisé à maîtriser et c’est peu dire qu’il s’en tire plus que bien, acceptant sans broncher que la caméra vienne disséquer les moindres traits de son visage, les moindres expressions d’émotion. Voilà un film qui vous pose un acteur, qui vous forge une carrière et vous donne un nom qui résonne à l’oreille du cinéphile. Tom Hardy se fait tout en retenue, refuse l’exubérance et montre qu’il n’y a pas meilleur acteur que celui qui joue à être vrai. Car si un acteur doit sembler naturel, on doit malgré tout toujours sentir qu’il s’agit d’un jeu, au risque de tomber dans l’ennui d’une prestation trop réaliste.

Driving music

Locke est avant tout une atmosphère, celle de la nuit, moment privilégié de l’existence où tout devient intime et apaisant, Dickon Hinchliffe l’a parfaitement compris par sa partition toute en retenue, évitant l’écueil de la « driving music » et des grands standards que Locke aurait pu écouter à la radio. La bande-originale est discrète, fonctionnant par petites touches qui viennent discrètement appuyer un regard, un cri ou une larme, lorsque Locke comprend que la vie si brillante qu’il a connue jusqu’ici est sur le point de s’éteindre.

Un autre cinéma

Dire que Locke est un tour de force est loin de la réalité, il vient proposer du neuf loin des sentiers rebattus, avec un acteur qu’on verra bientôt dans des blockbusters. Steven Knight respecte à la lettre les codes théâtraux : unités de temps, de lieu et d’action, lorgnant même vers le temps réel de 24 Heures Chrono. Il invite le spectateur à prendre les mêmes risques que lui, s’asseoir devant un film qui ne ressemble à rien de ce qu’il a pu voir jusque là et élargir ainsi son chant de vision cinématographique. Si en passant il peut se prendre d’affection pour Ivan Locke, qui voit son monde s’écrouler en un peu plus d’une heure, alors le créateur aura comblé l’admirateur.

Fiche Technique – Locke

Britannique, Américain
Réalisateur : Steven Knight
Scénariste : Steven Knight
Genre : Thriller
Distribution : Tom Hardy (Ivan Locke), Olivia Colman, Ruth Wilson, Andrew Scott, Ben Daniels, Tom Holland, Bill Milner, Danny Webb, Alice Lowe, Silas Carson, Lee Ross, Kirsty Dillon…
Directeur de la photographie : Haris Zambarloukos
Monteuse : Justine Wright
Producteurs : Paul Webster, Guy Heeley
Production : IM Global, Shoebox Films
Distributeur : Metropolitan Filmexport

Auteur de la critique : Freddy M.

Black Storm, de Steven Quale : Critique du film

Après Pompéi en début d’année, place à un film catastrophe un peu plus contemporain. Au pays des clichés narratifs, Black Storm s’ajoute allègrement avec la seule volonté d’offrir quelques frissons à un public affamé d’un genre assez rare au cinéma (quand ce n’est pas Asylum et ses potes qui les produisent à la chaîne pour la télévision).

Et en ce sens, Black Storm réussit pleinement sa mission : celle de proposer un déluge de sensations et d’effets-spéciaux époustouflants. Annoncé implicitement comme un ersatz de Twister, Black Storm est un film tempétueux convaincant et (es)soufflant sur le plan visuel, bien au-dessus de toutes les sorties Direct-to-Video faisant la part belle aux dérèglements climatiques. Entre tous les blockbusters du mois d’août, Black Storm se cale timidement dans la programmation mais ravira les fans nostalgiques de Twister et Le Jour d’Après.

Après avoir réalisé le cinquième volet de la saga Destination Finale et accessoirement supervisé les effets-spéciaux d’Avatar, Steven Quale persiste dans la veine d’un cinéma catastrophe et entreprend de réaliser ce projet de vrai-faux remake de Twister à l’aube où les Etats-Unis subissent depuis plusieurs années des tornades toujours plus dévastatrices. La bonne idée du Monsieur -qui s’avérait d’abord déroutante- est d’aborder le point de vue exclusif des héros -petits hommes face à l’immensité de la Nature- par le biais d’une mise en scène caméra à l’épaule et parfois found-footage. A nouveau (cf. Chronicle), le procédé ne tient pas sur la longueur et le réalisateur doit avoir recours à de très nombreux plans fixes extérieurs pour bien faire prendre conscience de la grandiloquence des tempêtes qu’il filme.

Black Storm : Une tornade tellement puissante qu’elle en a dévasté le scénario

Tout comme le fait que même dans les moments les plus difficiles, il y a toujours une personne présente pour filmer. Un peu grotesque. Mais il ne s’agit là que de rechigner et finalement, ce choix délibéré d’impliquer le spectateur fonctionne à un certain niveau et on s’imagine que le film pourrait être une formidable vitrine pour une expérience en 4D. Black Storm est un film dont la communication a toujours mis l’accent sur le frisson que provoque le visionnage de l’impact de la Nature sur la civilisation. En témoigne le dernier trailer qui captait les réactions des gens devant les films ainsi que les différents tweets post-projection. Pas de mensonges sur la marchandise, ce qu’on est venu voir, c’est de la pure destruction urbaine par Dame Nature et du coup, de quoi est capable Steven Quale en termes d’effets-spéciaux et d’intensité pour nous faire frissonner.

Si les CGI et fonds verts se ressentent quelques peu, il serait mensonger de dire que le film n’est pas impressionnant et qu’on s’en prend plein les mirettes. Un véritable déluge s’abat sur cette petite ville des Etats-Unis et chaque séquence va toujours plus loin. Steven Quale s’égare parfois allègrement dans quelques moments crépusculaires pour notre plus grand plaisir, notamment par le biais de ce passage au-dessus des nuages, loin de la tempête, au plus près du soleil … avant de retomber brutalement sur la terre ferme et ravagée. Un bref instant de poésie au pays des tornades dévastatrices. Mais des quatre-vingt-neuf minutes que le film dure, on retiendra ces quelques séquences d’apocalypse notamment l’impressionnante destruction d’un aéroport, performance visuelle implacable.

Pour donner un sens à ces effets spéciaux, le scénariste John Swetnam nous gratifie d’une galerie de personnages plutôt caricaturaux renforcés par des séquences prévisibles et une terrible impression de déjà-vu. Un fils en conflit avec son père qui partira à sa recherche, un garçon amoureux, une mère loin de sa fille pour le travail, un documentariste obnubilé par la captation de la moindre image d’une tornade et enfin deux rednecks débiles qui veulent faire le buzz sur Youtube. Quatre points de vue s’offrent nous afin tour-à-tour de nous plonger dans le drame familial, la romance, la tragédie et la comédie lourdingue. Très concrètement, on n’est vraiment pas loin de Twister en ce qui concerne le ton du film, entre drame et humour.

Deux têtes d’affiches viennent se greffer au casting de Black Storm à commencer par le trop-rare Richard Armitage (Thorin dans les Hobbit) qui joue un directeur adjoint d’un lycée et père de famille strict ainsi que Sarah Wayne Callies que les amateurs des séries Prison Break et The Walking Dead reconnaîtront allègrement. Strict minimum au niveau des performances tant elles s’avèrent lisses et sans personnalité. Il faut dire qu’un scénario aussi vide et caricatural ne plaide pas en leur faveur. Par moment, le film s’égare dans quelques réflexions de comptoirs sur l’écologie, le devoir de l’homme de protéger sa planète, la solidarité et les générations futures. C’en est tellement naïf que ça en devient touchant.

Black Storm est donc le film catastrophe impressionnant et décérébré qu’on attendait. Une expérience qui ne peut que se faire au cinéma pour profiter pleinement des sensations proposées. Si le scénario est d’un vide abyssal, Black Storm a néanmoins le mérite de proposer des effets-spéciaux dantesques et il faut reconnaître que l’on aura dû attendre longtemps avant de se voir proposer une réactualisation de Twister aussi efficace. On n’a qu’à dire que ce Black Storm sera le plaisir coupable de ce mois d’août. Et c’est déjà bien suffisant (et très bien payé).

Synopsis: En une journée, la petite ville de Silverton est dévastée par une multitude de tornades sans précédent. Les habitants sont désormais à la merci de ces cyclones ravageurs et meurtriers, alors même que les météorologues annoncent que le pire est à venir… Tandis que la plupart des gens cherchent un abri, d’autres se risquent à se rapprocher de l’œil du cyclone pour tenter d’immortaliser en photos cet événement exceptionnel.

Fiche Technique: Black Storm

Titre originale: Into the Storm
U.S.A
Réalisation: Steven Quale
Scénario: John Swetnam
Interprétation : Richard Armitage (Gary), Sarah Wayne Callies (Allison), Matt Walsh (Pete), Max Deacon (Donnie), Nathan Kress (Trey), Alycia Debnam Carey (Kaitlyn), Arlen Escarpeta (Daryl)
Genre: Catastrophe
Durée: 1h29
Image: Brian Pearson
Décor: David Sandefur, Brana Rosenfeld
Costume: Kimberly Adams-Galligan
Montage: Eric A. Sears
Musique: Brian Tyler
Producteur: Todd Garner, John Swetnam, Richard Brener, Walter Hamada, Dave Neustadter, Jeremy Stein, Bruce Berman, Sean Robins
Production: Broken Road Productions, New Line Cinema, Village Roadshow Pictures
Distributeur: Warner Bros France
Festival: Prix du Meilleur Montage Son au Golden Trailer Awards 2014

Auteur de la critique : Kévin List

 

Young Ones, de Jake Paltrow : Critique du film

Critique du film Young Ones de Jake Paltrow

Synopsis : Dans un futur proche et violent, l’eau est devenue rare. Elle suscite la convoitise. Dans ce contexte hostile, Ernest Holm vit avec ses enfants Jerome et Mary. Si son fils est admiratif de lui, sa relation avec sa fille, Mary, est beaucoup plus conflictuelle. Ernest tente tant bien que mal de protéger sa ferme et sa famille des bandits. Il espère par ailleurs que ses terres seront à nouveau fertiles. De son côté, Flem Lever fréquente Mary en secret et veut à tout prix récupérer les terres d’Ernest.

L’eau, aussi rare, qu’un scénario

L’eau se fait rare, elle est convoitée, comme les terres fertiles, en attendant le retour des pluies. Ernest Holm (Michael Shannon) est propriétaire d’une des rares terres encore fertiles, il les protège, avec l’aide de son fils Jerome (Kodi Smith-McPhee). Sa fille, Mary (Elle Fanning) est en conflit avec lui, tout en étant amoureuse de Flem Lever (Nicholas Hoult), qui convoite celle-ci et ses terres. Un conflit s’engage entre Ernest Holm et Flem Lever, pour prendre le contrôle de l’eau.

Une tendance se dessine de plus en plus dans le cinéma hollywoodien, l’absence d’un scénario. Certes, c’est une production internationale, loin des majors US, mais elle reste entre les mains d’un réalisateur américain, doué à la caméra mais pas dans l’écriture. Une double casquette, que l’on retrouve de plus en plus dans les autres productions (comme James Gunn pour Les Gardiens de la galaxie).

A partir de là, comment rendre le film intéressant et captivant ? Pas évident et cela va le pénaliser du début à la fin. La trame est classique : la fille aime le mauvais garçon, le père ne veut pas de cette relation, un conflit naît entre eux, qui va au-delà de cette liaison, jusqu’au drame. Le scénario décousu, finit par devenir assommant. Le film en pâtit et devient de moins en moins passionnant. L’histoire étant finalement banale, malgré un contexte différent.

Le film se découpe en trois chapitres : Ernest Holm, Flem Lever et Jerome. On a trois points de vue différents, mais uniquement masculins, la femme étant reléguée à un rôle de potiche. Un choix intéressant dans son découpage, mais gênant en mettant de côté Elle Fanning, qui n’apporte absolument rien, tout comme sa mère Aimee Mullins. En se focalisant sur son trio masculin, Jake Paltrow décide de faire un film d’hommes. Mais même là, il n’y arrive pas. Tout comme dans le rapport père/fils, malgré un début prometteur, il se perd rapidement dans des facilités, qui laisse perplexe.

Le casting reste son point fort, avec l’affrontement Nicholas Hoult/Kodi Smith-McPhee. On attendait Michael Shannon, mais les deux jeunes prennent le dessus sur ce dernier. Certes, Michael Shannon reste un bon acteur, mais se contente de faire le minimum ; sa folie semble disparue, à ce rythme-là, il risque de devenir un acteur quelconque en cédant aux stéréotypes d’Hollywood, en affinant son physique, rendant son jeu transparent.

La révélation Kodi Smith-McPhee offre un peu de fraîcheur dans ce film qui en manque cruellement, au sens propre, comme au figuré. Ce n’est pas un débutant, il était déjà émouvant dans The Road (2009) et on peut actuellement aussi le voir dans La planète des singes : l’affrontement. Il semble un peu simplet au début, avant de faire preuve de maturité, par la force des événements. Nicholas Hoult surprend avec un rôle plus adulte, bien loin des grosses productions, dans lesquels il se complaît, en traînant sa tête de jeune premier. Il étend son registre et vole la vedette à Michael Shannon, ce qui n’est pas une mince affaire. Le robot a son importance. Il est la cause du conflit et il sera encore au milieu de ceux qui vont s’ensuivre. Il est aussi, le seul élément futuriste du film, celui qui donne son côté science-fiction.

Une version plus soft que The Rover, autre film d’anticipation dans un monde désertique et violent. Un cinéma pessimiste, qui est le reflet d’un monde en crise, au futur incertain. Intéressant dans sa démarche, décevant dans la forme et le fond.

Fiche technique – Young Ones

2014 – Royaume-Uni, Afrique du Sud et Irlande
Réalisation : Jake Paltrow
Scénario : Jack Paltrow
Distribution : Nicholas Hoult, Kodi Smith-McPhee, Michael Shannon, Elle Fanning, Aimee Mullins, Christy Pankhurst, Alex McGregor, Robert Hobbs, David Butler, Andy McPhee
Direction artistique : Sharon Lomofsky
Décors : Emilia Roux
Costumes : Diana Cillers
Montage : Matt Mayer
Musique : Nathan Johnson
Photographie : Giles Nuttgens
Son : Julian Slater
Production : Michael Auret et Tristan Lynch
Sociétés de production : Quickfire Films, Spier Films et Subotica Entertainment
Sociétés de distribution : Potemkine Films, Screen Media Films et Signature Entertainment
Genre : Science-fiction
Durée : 90 minutes
Date de sortie française : 13 août 2014

Auteur : Laurent Wu

 

 

Halt & Catch Fire, Saison 1 – Critique de la série

Critique Halt & Catch Fire

Synopsis : Au cœur des années 80, au Texas, un visionnaire, un ingénieur et un prodige spécialisés dans la micro-informatique confrontent leurs inventions et innovations aux géants de l’époque. Leurs relations sont alors mises à rude épreuve, entre convoitises, jalousies et crises d’ego.

Du génie à la folie

Joe MacMillan (Lee Pace) débarque dans une petite entreprise texane, Cardiff Electric, dirigé par John Bosworth (Toby Huss), pour créer un ordinateur capable de concurrencer le géant IBM. C’est un visionnaire, guidé par le besoin de tuer le père, un ponte d’IBM, lui-même étant un ancien cadre de cette multinationale, qui a disparu durant un an. Le choix de Cardiff Electric, n’est pas anodin, il veut tirer la quintessence d’un génie qui vit dans l’échec de sa seule œuvre informatique, Gordon Clark (Scoot McNairy), qui a failli le mener à la folie et détruire son mariage avec Donna Clark (Kerry Bishé). Joe McMillan injecte du sang frais, en ramenant Cameron Howe (Mackenzie Davis), une jeune femme surdouée en informatique, au caractère bien trempé et convoitée par diverses firmes. L’association de ce trio improbable, doit mener à la création d’un ordinateur innovant et capable de concurrencer IBM, au risque de sacrifier l’esprit de chacun et Cardiff Electronic, pris en otage par la folie de Joe McMillan.

En associant les années 80 avec l’informatique, les créateurs Christopher Cantwell et Christopher C. Rogers, surfent sur la nostalgie d’une époque revenue à la mode, en attestent les sorties de Ping Pong Summer ou Les Gardiens de la Galaxie, et un outil qui est devenu incontournable au 21ième siècle, déjà traité sous le ton de la comédie dans l’excellente série d’HBO Silicon Valley.

La série repose sur un trio de personnages aux personnalités contrastées. Lee Pace use de son charisme, de son manque d’empathie pour mener à bien son projet. Un homme mystérieux et manipulateur, qui n’a ni morale, ni limites. Scoot McNairy est un artiste fragile, qui tente d’oublier son échec dans un travail ennuyeux, pour ne pas perdre la femme de sa vie, Kerry Bishé. Mackenzie Davis, jeune et donc rebelle, ne vit que pour sa passion de l’informatique, loin des conventions, tout en entamant une romance avec Lee Pace. Au cours du récit, le trio va devenir un quatuor, Kerry Bishé prenant de plus en plus d’importance dans la création de cet ordinateur, qui devient une obsession pour les deux hommes, flirtant avec la folie et l’autodestruction.

Le plaisir de suivre l’évolution des rapports entre ces personnages atypiques, est la principale qualité de la série. En se focalisant sur un trio, le casting n’avait pas droit à l’erreur. Là aussi, c’est réussi avec Lee Pace en leader, bien loin de son personnage dans Pushing Daisies. Il revient dans un rôle sombre, ou ses faux-airs de John Cusack et sa grande carcasse font merveille. En opposition, Scoot McNairy avec son frêle physique, sa barbe et sa situation familiale stable, en apparence. Un génie au rêve brisé, retrouvant de sa splendeur au contact de Lee Pace, pour le meilleur et le pire. Mackenzie Davis, au physique androgyne, des airs de Robin Wright avec sa blondeur, en contradiction avec la noirceur de Lee Pace et Scoot MacNairy. Elle est encore naïve, n’a pas encore été confrontée au monde du travail et à son vice. Elle est le rayon de soleil, mais pas une victime. Chacun a sa personnalité, mais surtout, un fort caractère.

La réalisation est simple, parfois trop, pour donner un peu plus le sentiment d’être dans les années 80. Heureusement, l’interprétation, l’intrigue et les dialogues rendent l’ensemble captivant. Les rapports entre les personnages devenant plus important que la construction de cet ordinateur, qui doit changer leurs vies et le monde.

Le couple Scoot MacNairy/Kerry Bishé est le plus intéressant. Il a déjà failli imploser, par la faute de celui-ci. Cette nouvelle aventure, va encore mettre à mal leur famille. La folie n’étant jamais très loin, ni les tentations. On se passionne pour ses parents de deux adorables jeunes filles.

Lee Pace et Mackenzie Davis forment un couple improbable, aussi instable, que lui se montre détestable. Derrière leurs masques, se cachent des douleurs et une fragilité insoupçonnée. La complexité des personnages est en osmose avec les différents obstacles et rebondissements, qui doit mener à la réussite de leur entreprise. Rien ne sera simple pour eux. Comme toute œuvre née d’un esprit torturé, cela se fera dans la douleur, au prix de nombreux sacrifices.

Malgré de bonnes notes et des critiques élogieuses, la série n’a pas rencontré son public. On reste suspendu à la décision d’AMC de renouveler celle-ci pour une seconde saison, au risque de nous laisser sur notre faim, sans nous offrir un dénouement digne de la qualité de cette série originale et captivante.

Fiche technique – Halt & Catch Fire, Saison 1

Halt & Catch Fire
USA – 2014
Créateurs : Christopher Cantwell et Christopher C. Rogers
Réalisateurs : Juan José Campanella, Jon Amiel, Ed Bianchi, Larysa Kondracki, Karyn Kusama, Terry McDonough, Johan Reck et Daisy Von Sherler Mayer
Scénaristes : Jamie Pachino, Jason Cahill, Dahvi Waller, Zack Whedon et Jonathan Lisco
Casting : Lee Pace, Scott McNairy, Mackenzie Davis, Kerry Bishé et Toby Huss
Production : Christopher Cantwell, Christopher C. Rogers, Jonathan Lisco, Mark Johnson et Melissa Bernstein
Chaîne de diffusion : AMC
Saison : 1
Nombre d’épisodes : 10 de 42 minutes

Auteur de la critique: Laurent Wu

 

 

Nos étoiles contraires, un film de Josh Boone : Critique

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Nos étoiles contraires : « Okay, Okay » ou la magie de l’instant

Il ne faut pas être effrayé par le synopsis. L’amour et le cancer frappant simultanément une jeunesse pleine d’espoir, n’est certes pas une thématique aisée à aborder. Mais Nos étoiles contraires de Josh Boone [i], est une œuvre gracieuse et poétique, un hymne à l’amour et à la vie, une ode à la ténacité de l’espoir, avec une touche d’humour parfaitement dosée. C’est le genre de film qui travaille l’esprit durablement. Une histoire universelle faite pour les amoureux du 7ème art, qui appréhendent avant tout le cinéma comme pure émotion.

Fidèlement adapté de la célèbre nouvelle éponyme de John Greene (The Fault in Our Stars, 2012), et réunissant à nouveau les deux talentueux scénaristes de (500) Days of Summer (2009) et The Spectacular Now (2013), Scott Neustadter et Michael H. Weber, Nos étoiles contraires est indéniablement une belle réussite. Josh Boone parvient ici parfaitement à s’affranchir des codes de la comédie romantique hollywoodienne classique, afin de donner à voir le vrai, de saisir la magie de l’instant. Nous croisons ces deux adolescents qui s’entraident et évoluent ensemble, malgré l’absurde de la maladie, et c’est bien plus romantique que des promesses universitaires d’amour éternel au soleil couchant !

Le réalisateur aborde cette merveilleuse romance, sans misérabilisme, sans mièvrerie, mais avec un profond réalisme, et une subtilité, une pudeur, dignes des plus grands. Les personnages ne sont jamais complètement des héros stoïques ou tragiques. Josh Boone met d’abord en lumière, leur profonde humanité : leurs espoirs, leurs craintes, leurs humiliations, leur colère, la façon dont ils vont apprendre à vivre tout en sachant qu’ils vont mourir. C’est ainsi que Nos étoiles contraires trouve le ton juste.

Bien évidemment, la grande force du film réside dans la complicité d’un duo d’acteurs exceptionnelsAnsel Elgort, au visage angélique, campe un Augustus idéal et charismatique, à la fois sensible, taquin et attentionné, la sorte d’ado qui met une cigarette entre ses lèvres mais jamais ne l’allume, une métaphore gestuelle pour indiquer qu’il crache dans les yeux de la mort. C’est assurément un acteur à suivre, une étoile montante. Son alchimie à l’écran avec Shailene Woodley est évidente (ils sont déjà frère et sœur dans l’aventure dystopienne Divergente cette dernière s’est également distinguée dans The Spectacular Now et The Descendants). Shailene campe une Hazel épatante, une jeune femme d’abord solitaire, fragile et résignée, qui va peu à peu céder et se laisser emporter par la douceur irrésistible de cette romance. Elle a bien fait de se battre pour décrocher le rôle [ii]; il pourrait lancer véritablement sa carrière. Les personnages secondaires délivrent eux aussi une interprétation authentique : Nat Wolff (Isaac) est une pièce maîtresse de la distribution, et révèle à de nombreux moments un talent irrésistiblement comique et salvateur, afin de dédramatiser l’ensemble. Laura Dern (Mrs Lancaster), est une mère touchante et déchirante, au visage transfiguré à l’écran. Enfin, Willem Dafoe est parfait dans le rôle de l’écrivain reclus, détestable et alcoolique, Peter Van Houten.

Nos étoiles contraires est la grande surprise du box-office américain et a su toucher l’AmériqueCar c’est une histoire universelle, une magnifique histoire d’amour et d’amitié, au climat émotionnel intense à chaque instant, ponctuée par quelques chansons pop rock bien senties. Cet univers à la fois réaliste et onirique, aux splendides moments de vie comme des temps suspendus, aux nombreux flashbacks, aux sms flottants sur l’écran, aux œufs vengeurs s’écrasant sur les façades, révèle la pureté et le réalisme d’une romance prodigieuse, d’une Love Story moderne et sublimée, qui procurera assurément au spectateur un rire mêlé de larmes, un instant d’émerveillement.

Synopsis : Hazel Grace et Gus sont deux adolescents hors-normes, partageant un humour ravageur, le mépris des conventions et un amour qui les entraîne dans un voyage inoubliable, littéraire et initiatique, à Amsterdam. Leur relation est elle-même miraculeuse, étant donné qu’ils se sont rencontrés lors d’un groupe de soutien pour les malades du cancer.

Fiche technique – Nos étoiles contraires

Titre original : The Fault in our Stars
Réalisation : Josh Boone
Scénario : Scott Neustadter et Michael H. Weber d’après le roman Nos étoiles contraires de John Green
Interprétation : Shailene Woodley, Ansel Elgort, Nat Wolff, Willem Dafoe, Laura Dern…
Direction artistique : Gregory A. Weimerskirch
Décors : Merissa Lombardo
Costumes : Diane Collins
Photographie : Ben Richardson
Montage : Robb Sullivan
Musique : Katrina Schiller
Production : Wyck Godfrey et Marty Bowen
Société(s) de production : Temple Hill Entertainment
Société(s) de distribution : Fox 2000 Pictures
Budget : 12 millions de dollars
Pays d’origine : États-Unis
Format : Couleurs – 35 mm – 2.35:1 – Son Dolby numérique
Genre : Romance Drame
Durée : 2h05
Dates de sortie : France : 20 août 2014

The Shield saison 1-7 : Critique de la Série

Fange et Vic, Mackey des Anges

Los Angeles, commissariat de Farmington. « The Barn ». Ses bons éléments, ses brebis galeuses. Ses coups de filets, ses coups fumants aussi. Gangs, trafic de drogue, prostitution, tueurs en série, violeurs, indics, interrogatoires, perquisitions, interventions musclées, magouilles politiques et autres arrangements entre mafias ou cartel et quelques membres de la police. Et une chasse aux sorcières qui commence au sein même du commissariat, après que Mackey et les siens se soient aventurés en terrain boueux…, plus glissant qu’à l’accoutumée tout du moins. Vaguement inspiré par une affaire de corruption au sein du LAPD, The Shield, c’est avant tout une ville, une multitude d’enquêtes et d’embrouilles. Tout un programme.

La fin justifie-t-elle les moyens ? Un dérapage, un con trop laid: Vic Mackey « on top of the world ». Pour toujours ? Michael Chiklis plus crédible que quiconque en leader de la « Strike Team », brigade de choc en lutte (?) contre les gangs et la drogue. Expéditif comme personne, et efficace, mais à quel prix ? Une descente, pas forcément celle que l’on croit. Un goulot, pas forcément celui que l’on croit. Heureusement, l’homme a de la bouteille, et il est aidé par trois gaillards ralliés à sa cause: Shane Vendrell, son disciple impulsif, parfois incontrôlable (Walton Goggins impressionnant). Une relation très forte. Curtis Lemansky dit « Lem », sans doute le plus sensible et humain au début de l’aventure (Kenny Johnson impeccable et touchant), et enfin Ronnie Gardocki, le plus discret (David Rees Snell sobre mais bel et bien présent).

Ce qui frappe d’emblée, outre l’aspect visuel brut de décoffrage et la qualité d’interprétation, c’est la manière dont la série de Shawn Ryan joue avec nos émotions. Vous détestez un personnage dès le début de la première saison ? Sachez que vous risquez de l’adorer par la suite. L’inverse est valable également. Les motivations de chacun sont telles qu’il est difficile de ne pas s’attacher à tel ou tel personnage, voire à tout le cast. A un moment donné, tout le monde se retrouve devant un, voire plusieurs choix difficiles. Une décision et ses conséquences, pour l’intéressé comme pour son entourage. Car dans « The Shield », il y a aussi une vie en dehors du commissariat. Parfois, la situation est désespérée et entraîne une action extrême, on se dit alors que l’on vient de consommer le divorce avec ledit personnage. Souvent, on se trompe.

Pas d’introduction à chaque épisode, à peine un jingle. Un générique de fin brutal, fait de cris et de riffs ravageurs, couplés à des sonorités hip hop. La rue, la violence, simple, direct (dans la face), tout y est. Au fil des saisons, légèrement inégales mais de haute tenue quoiqu’il en soit, l’on se rend compte du remarquable travail au niveau de l’écriture. Les événements s’imbriquent parfaitement. Les premières saisons construisent, les trois dernières détruisent. Elles s’enchaînent à vive allure vers un chaos et une noirceur sans pareil. Il est juste regrettable de voir venir l’un des éléments clés de l’intrigue à des kilomètres, mais inutile d’en dire plus, on pardonne volontiers, et pour cause: même en m’attendant à la suite des événements, l’impact a été tout aussi fort, car superbement amené et mis en scène, sans concessions.

Enfin, il y a tant de choses à dire sur la distribution. Tout au long de la série, on découvre de nouvelles facettes de la personnalité des différents protagonistes. La Strike Team d’une part, chaque membre de l’équipe prenant de l’importance à un instant du récit. Outre la percutante équipe de Mackey, que dire du duo Wyms/Wagenbach (magnifiques CCH Pounder et Jay Karnes), du Capitaine Rowling (Glenn Close au poil), de Kavanaugh (Forest Whitaker impérial), d’Antwon Mitchell (étonnant Anthony Anderson), d’Aceveda, de Julien, de Danny, d’Olivia Murray, de Gilroy, de Billings, sans parler des différentes familles (Corrine, Mara, Cassidy, l’actrice interprétant cette dernière étant la véritable fille de Michael Chiklis), des représentants des différents gangs, des rôles secondaires (dont une apparition de Carl « Apollo Creed » Weathers notamment) ? Un sans-faute, tout simplement.

Plier 7 saisons, soit 88 épisodes, en moins de trois semaines (dont une entièrement dédiée à la seule première saison), c’est un signe qui ne trompe pas. The Shield est un incontournable de la série télé. Au-delà des nombreuses qualités énumérées plus haut, il faut dire qu’elle a tout de même l’audace de nous proposer le sosie de Philippe Etchebest avec un badge, sur un plateau: un « Cauchemar en résine », cela ne se refuse pas.

Synopsis: Pour rétablir l’ordre dans les quartiers sensibles de Los Angeles, une brigade de police met en œuvre des méthodes expéditives, multipliant les abus au mépris des dommages collatéraux.

Fiche Technique: The Shield

Années: 2002-2008 (7 saisons – 88 épisodes)
Création: Shawn Ryan
Distribution: Michael Chiklis, Walton Goggins, Kenny Johnson, David Rees Snell, CCH Pounder, Jay Karnes, Benito Martinez, Catherine Dent, Michael Jace, Autumn Chiklis, Glenn Close, Forest Whitaker, Anthony Anderson…
Production: 20th Century Fox Television
Producteur: Michael Chiklis
Producteurs délégués: Shawn Ryan, Scott Brazil, Glen Mazzara
Scénaristes: Shawn Ryan, Kurt Sutter, Glen Mazzara, James Manos Jr, Scott Rosenbaum…
Photographie: Rohn Schmidt

Auteur de la critique: Sébastien

 

Le Policier (Ha-shoter), de Nadav Lapid : Critique du film

Le Policier de Nadav Lapid  : Un cri d’alerte salvateur contre l’intégrisme archaïque

Synopsis : Yaron se trouve au cœur d’un groupe de policiers d’élite, appartenant à une unité anti-terroriste israélienne. Ses compagnons et lui sont l’arme pointée par l’État sur ses adversaires, «l’ennemi arabe». Yaron adore l’unité, la camaraderie masculine, son corps musclé, sa beauté. Sa femme est sur le point d’accoucher ; il pourrait devenir père d’un moment à l’autre. Sa rencontre avec un groupe peu commun, violent, radical, le confrontera à la guerre des classes israélienne et à celle qu’il livre à l’intérieur de lui-même. 

Nadav Lapid, nouveau venu dans le jeune cinéma israélien, lance un cri d’alerte salvateur et salutaire. Il dénonce un pays sclérosé et archaïque qui s’est trop longtemps conforté dans son rôle réconfortant de sauveur de la Nation juive. Cette obsession, fédérant dirigeants politiques et tenants d’un judaïsme rigoriste, est volontairement exacerbée au profit d’une cohésion nationale. Il est ainsi plus facile de trouver un ou des ennemis communs pour étouffer une réalité sociale beaucoup plus complexe. Ainsi, la question palestinienne n’est jamais réellement évoquée explicitement, mais tout de même bien présente. Cette thématique est dépeinte assez subtilement, afin de pointer du doigt l’irresponsabilité d’un gouvernement trop à son affaire. Par ce biais là, ce dernier peut évacuer son incompétence et sa corruption.

L’histoire de ce soldat de l’armée de Tsahal est très significative de ce point de vue. Ces corps massifs et virils expriment leurs amitiés brutalement. Toute cette puissance qui s’en dégage est une parfaite métaphore du corporatisme de cet Israël protecteur, arrogant et suffisant. La première partie décrit une société installée dans un conformisme trop rassurant, que rien ne semble écorner. Pas même le cas de conscience de ces hommes suspectés d’actes de tortures lors d’une opération commando en terre Arabe. Ils s’en déchargeront facilement et rapidement en rejetant la faute sur leur pauvre camarade en fin de vie. C’est un premier avertissement, signe que ce pays qui se veut juste envers ses compatriotes, n’est pas assez consciencieux. La mort rode, annonciatrice d’une certaine culpabilité.

Le basculement est définitivement acté lorsque apparaît à l’écran cette nouvelle jeunesse réclamant dignité et justice. Elle, qui ne se reconnait pas dans cette judaïté traditionaliste, se radicalise à force de désespérance sociale. La lutte des classes, qui fait écho aux révoltes de plus en plus courantes en Terre Sainte, est le résultat de l’exaspération de la classe moyenne, mais est occultée au profit des nouveaux riches ayant la mainmise sur l’État. S’ensuit un patriotisme sincère mais dangereux car de conception diamétralement opposée dans les deux camps.

Cette radicalisation ne sert l’intérêt de personne, tel semble être le message de Nadav Lapid. Elle ne fera que renforcer et attiser la déliquescence morale d’un peuple fatigué de devoir lutter sur tous les fronts. Un point de vue très intéressant, tant dans la forme que dans le fond. La première heure met en place de façon précise et cohérente les enjeux essentiels de cette charge courageuse. La suite est un peu moins travaillée, d’où une impression de didactisme trop appuyé. Mais ce procédé sert de point d’appui nécessaire pour une meilleure compréhension d’ensemble. Cela s’avère donc moins démonstratif que de prime abord.

Il est judicieux de constater qu’une nouvelle génération de cinéastes osent aborder des sujets pour le moins délicats, et ainsi questionner de front le devoir de mémoire et sa remise en cause. Vivement conseillé à tous ceux qui se passionnent pour les sujets d’ordre philosophiques, politiques et moraux, ô combien d’actualité !

Fiche technique – Le Policier

Titre Original : Ha-shoter
Réalisation : Nadav Lapid
Scénario : Nadav Lapid
Producteur : Itai Tamir
Avec Ben Adam, Michael Aloni, Meital Barda…
Montage : Rea Lapid1
Photo : Shai Goldman
Costumes : Amit Berlowitz
Dates de sortie : 28 mars 2012
Durée : 1h47

Auteur de la critique : Le Cinéphile Dijonnais

 

 

Casse-tête chinois, de Cédric Klapisch : Critique du film

Casse-tête chinois est le dernier volet en date de la trilogie de Cédric Klapish sur les aventures de Xavier, Martine, Wendy et Isabelle. Celui-ci se veut l’aboutissement ou tout du moins, la concrétisation de la maturité de ces personnages suivis depuis 15 ans (ils en avaient 25 au commencement et ils approchent maintenant de la quarantaine).

Synopsis : Xavier a maintenant 40 ans. On le retrouve avec Wendy, Isabelle et Martine quinze ans après L’Auberge Espagnole et dix ans après Les Poupées russes. La vie de Xavier ne s’est pas forcément rangée et tout semble même devenir de plus en plus compliqué. Désormais père de deux enfants, son virus du voyage l’entraîne cette fois à New York, au beau milieu de Chinatown. Dans un joyeux bordel, Xavier u cherche sa place en tant que fils, en tant que père… en tant qu’homme en fait ! Séparation. Famille recomposée. Homoparentalité. Immigration. Travail clandestin. Mondialisation. La vie de Xavier tient résolument du casse-tête chinois ! Cette vie à l’instar de New York et de l’époque actuelle, à défaut d’être cohérente et calme vient en tout cas nourrir sa plume d’écrivain…

La séparation et le temps qui passe

Au début du film, Wendy décide de se séparer de Xavier et emménage à New-York avec leurs enfants pour y retrouver un homme qu’elle a rencontré lors d’un déplacement professionnel. Isabelle prend le même chemin pour vivre avec sa copine rencontrée aussi sur place… Ces séparations (et spécialement celle d’avec Wendy), éléments déclencheurs de l’histoire, sont le point de départ d’une longue remise en cause…

A travers ce thème existentiel pointe une réflexion sur l’évolution du couple et des idéaux avec le temps qui passe, ainsi que sur l’amitié et la famille. L’amertume ou le désappointement que l’on aurait pu ressentir n’est pourtant que trop fugace. En effet, dès que cette joyeuse bande se retrouve dans la « Big Apple » (Xavier décide d’aller y vivre pour suivre ses enfants), on a l’impression que l’insouciance et l’immaturité de leurs jeunes années barcelonaises refont immédiatement surface, au détriment d’une analyse plus fine sur leurs nouvelles conditions de vie.

Les péripéties qu’ils vivent ne sont que des prétextes pour pouvoir en rire et ne sont jamais réellement creusées. Et la conclusion heureuse n’est finalement que la suite logique de tous ces événements, qui n’ont que pour unique but, de ne pas bousculer les certitudes du spectateur qui n’attendait pourtant que cela… Reste malgré tout le plaisir indéniable, même amoindri, de retrouver une bande de potes qui nous ont accompagnés durant toutes ces années. Certaines scènes sont hilarantes et celle ou Martine parle le mandarin (un dialecte chinois) mérite à elle seule d’aller voir le film.

Mais surtout, voir New York filmée de cette façon la et traitée comme un personnage à part entière, demeure le grand mérite du réalisateur. On se promène dans les immenses rues et chantiers vides ou en construction, magnifique mise en abyme de l’état d’esprit des protagonistes. Le réalisateur rend à cette ville toute sa vibration et son exubérance, et s’en sert comme d’une métaphore pour célébrer encore une fois, la richesse d’un pays due à l’immigration et au mélange des cultures, où l’on semble prôner l’amour libre quelle que soit son orientation sexuelle. Klapisch redéfinit de façon moderne le modelé familial dans notre société actuelle, avec bienveillance et légèreté.

Fiche technique –  Casse-tête chinois

Titre français : Casse-tête chinois
Titre international : Chinese Puzzle
Réalisation : Cédric Klapisch
Scénario : Cédric Klapisch
Direction artistique : Matteo De Cosmo
Décors : Roshelle Berliner
Musique : Loïc Dury et Christophe Minck aka Kraked Unit
Production : Bruno Levy et Cédric Klapisch
Coproducteur : Buzz Koenig
Sociétés de production : Ce Qui Me Meut et Opposite Field Pictures (coproduction)
Sociétés de distribution : StudioCanal
Pays d’origine : France
Langue originale : français, anglais, chinois et espagnol
Genre : comédie
Dates de sortie :4 décembre 2013

Auteur de la critique : Le Cinéphile Dijonnais

A Touch Of Sin, de Jia Zhang Ke : Critique du film

Prix du scénario au festival de Cannes 2013, A Touch Of Sin est une mise en abîme de la Chine contemporaine, le film nous dévoile un pays gangrené par la corruption et la violence.

Longtemps considéré comme un État du Tiers Monde par les occidentaux en raison de son histoire (le communisme comme doctrine politique dans un monde capitaliste) et de son régime dictatorial, la Chine a depuis une vingtaine d’années rattrapé puis dépassé ce retard en devenant la première puissance mondiale. Au prix d’un développement effréné exigé par une mondialisation à laquelle le pays n’était pas suffisamment préparé, obligeant un peuple à se soumettre à cette idéologie. C’est ce que Jia Zhang-Ke nous raconte à travers l’histoire de 4 personnages vivant dans 4 régions différentes, représentative de la situation actuelle. La conscience de ces nouveaux indignés est une métaphore du soulèvement et de la révolte qui gronde dans ce pays…

A Touch Of Sin : Une fresque violente et froide d’une Chine laborieuse

Un mineur de fond, las des magouilles financières de ses patrons et surtout de l’humiliation subie au quotidien, se transforme en prédateur. Un jeune père de famille (dont on devine plus ou moins les origines paysannes et le rôle que jouent les rituels traditionnels à travers certaines situations), las de sa condition d’oublié de la croissance économique, décide de s’en prendre aux nouvelles classes aisées voire riches. Une réceptionniste d’un sauna maltraitée par des clients, dessine la condition des femmes de la classe moyenne, où pauvre comme étant soumises au machisme et au patriarcat. Ces femmes n’ont d’autres choix que de s’affirmer dans la vengeance.

Enfin, qu’advient-il de cette jeunesse perdue sans repères dans cette société qui l’oblige à des actes désespérés, où l’amour et la solidarité sont éradiqués, car signes de faiblesse, un pays ou le productivisme forcené est le maître mot?

La mise en scène suit ces personnages au plus près de leurs colères, et évoque avec finesse tout en la dénonçant, l’idéologie Maoïste (allers-retours fréquents dans la première partie du film du mineur avec images presque subliminales de prosternation devant sa statue), où l’individualisation de cette société ne pouvait que s’exacerber à cause de cet esprit de collectivisme. Les paysages montagneux et désertiques, les espaces clos et confinés, la neige qui tombe abondamment avec des tonalités de couleurs froides filant la métaphore d’un pays replié sur lui même de peur de ne pas être prêt à rentrer dans ce monde global.

A Touch of Sin, ce chef d’œuvre annoncé n’en est pourtant pas un. La faute à une certaine complaisance dans la représentation de cette violence qu’on peut assimiler à une apologie de la vengeance. Tout en décrivant cette triste réalité, le cinéaste semble prendre un malin plaisir à voir cette rage exploser dans un déluge de tueries toutes plus sauvages les unes que les autres. Il ne s’embarrasse d’aucune mise à distance et semble approuver celle-ci. Le capitalisme sauvage engendre des monstres qui ne peuvent que compter sur eux mêmes pour se faire justice.

La fin justifie les moyens, d’après lui. Cette justification est assez ambiguë et laisse une impression plutôt mitigée. De même que le traitement de leur cheminement est parfois inégal (l’histoire du père méritait une approche plus longue alors que celle du mineur est un peu trop développée…), ce qui donne quelques longueurs superflues. A voir car cela reste une vision lucide et réaliste d’une Chine qui court à sa perte en sacrifiant l’humanité sur l’autel du capitalisme roi, tout en le déconseillant aux âmes sensibles et à ceux que l’ambivalence de ce discours rendra sceptiques.

Synopsis: Dahai, mineur exaspéré par la corruption des dirigeants de son village, décide de passer à l’action. San’er, un travailleur migrant, découvre les infinies possibilités offertes par son arme à feu. Xiaoyu, hôtesse d’accueil dans un sauna, est poussée à bout par le harcèlement d’un riche client. Xiaohui passe d’un travail à un autre dans des conditions de plus en plus dégradantes. Quatre personnages, quatre provinces, un seul et même reflet de la Chine contemporaine : celui d’une société au développement économique brutal peu à peu gangrenée par la violence. 

Fiche technique : A Touch of Sin

A Touch of Sin (Tian Zhu Ding)
Chine, Japon – 2013
Réalisation: Jia Zhang-Ke
Scénario: Jia Zhang-ke
Interprétation: Wu Jiang (Dahai), Wang Baoqiang (Zhou San), Zhao Tao (Xiao Yu), Luo Lanshan (Xiao Hui)…
Genre: Drame
Durée: 2h10
Image: Yu Likwai
Son: Zhang Yang
Montage: Matthieu Laclau, Lin Xudong
Musique: Lim Giong
Production: Office Kitano, Xstream Pictures
Distributeur: Ad Vitam

Auteur de la critique : Le Cinéphile Dijonnais