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Saint Laurent, un film de Bertrand Bonello : Critique

Synopsis : 1967 – 1976. La rencontre de l’un des plus grands couturiers de tous les temps, Yves Saint Laurent, avec une décennie libre. Aucun des deux n’en sortira intact. 

Les fulgurances de Bertrand

La fin d’un monde

Saint Laurent, est le nouveau film de Bertrand Bonello, le cinéaste des lieux clos, retirés du monde (L’Apollonide, souvenirs de la maison close, De la guerre), où l’homme est rompu au seul désir. Le réalisateur distille, depuis plusieurs films, cette impression de liberté que ressentent ses personnages alors qu’ils construisent, sans le savoir vraiment, les prisons dorées dans lesquelles ils vont bientôt étouffer. Le couturier participe à la fin d’un monde, celui de la haute couture comme art à part entière, avec l’introduction du prêt-à-porter dans la mode de luxe. Yves Saint Laurent (YSL), personne réelle, devient à ce titre un personnage Bonnelien, plein d’une pulsion destructrice. C’est ça la force principal de ce biopic anticlassique, avoir fait du Bonello avec un être et des faits réels.

Saint Laurent se démarque ainsi dès les premières minutes, parce qu’on ne voit pas Yves de suite, enfant puis grandissant, il est pris à rebours, le temps n’est jamais chronologique. Il est le premier à apparaître mais de biais, en s’enregistrant sous un faux nom et en parlant de dos, dans une sorte de clair-obscur. La voix, reconnaissable entre mille, se livre à nu, explique l’enfermement psychiatrique. D’autres images viennent ensuite se succéder, mais que l’on ne comprendra que plus tard.  Le film part donc de cet être réel pour devenir esthétique. C’est une œuvre d’art à part entière, que l’on découvre jusque dans l’écran qui se divise en plusieurs images, comme autant de points de vue, à la manière des robes inspirées de Mondrian que dessina Yves Saint Laurent. Pas de classicisme donc ici, mais une vision assez « noire » de Saint Laurent. Cette lecture s’inscrit dans le choix de la période contée ici de sa vie, entre 1967-1976. La décennie est libre, traversée par mai 68, dont Bonello livre sa vision par les archives. Mais cette décennie sera finalement une désillusion : révolution avortée, être déchiré, détruit par la drogue et sa propre mélancolie de lui-même. Le regard de Saint Laurent sur Saint Laurent est très parlant : « J’ai créé un monstre, je dois maintenant vivre avec ». De création, il est d’ailleurs rarement question dans ce film. On ne voit pas le créateur en action, en train d’avoir une idée. L’image est pourtant un des passages obligés du biopic, toujours un peu artificiel. On y échappe ici, car ce sont les paradis qui sont artificiels. Les moments d’extase d’Yves sont toujours suivis d’une catastrophe. D’où cette insistance de Bonello à casser son rythme, on passe de l’euphorie à la réflexion, du bordel au silence. Après une nuit de défonce intense, Yves retrouve Moujik mort au petit matin, sa dépression renaît à ce moment-là. C’est toujours la fin du monde qui guette les personnages, comme l’époque.

Pierre N. VS Gaspard / Pierre B. VS Bonello

Il y a deux bagarres, relatives, à l’origine de ce film. La première est une guerre de ressemblance. La grande question qui a fait couler beaucoup d’encre en début d’année étant : comment Gaspard Ulliel réussira-t-il à faire oublier l’interprétation de Pierre Niney (dans le Yves Saint Laurent, de Jalil Lespert) ? Si l’acteur a avoué que cet autre biopic lui a mis plus de pression pour interpréter Yves Saint Laurent, il était aussi prêt à le jouer (il devait le faire dans un projet avorté de Gus Van Sant). D’ailleurs, la ressemblance physique entre les deux, Yves et Gaspard, a souvent frappé, explique-t-il dans certaines interviews. Mais au-delà de la performance physique, perdre 12 kilos pour avoir son allure « svelte », Ulliel parvient à faire oublier qui il est, à se fondre dans un autre lui-même, tout en créant son Saint Laurent. C’est surement parce que chez Bonello, plus que chez Lespert, le corps est un outil indispensable, il se tord, se contorsionne et se dédouble. C’est alors que le film s’attache à faire durer des scènes de rencontre, comme le magnifique premier regard entre Betty et Yves et plus tard, entre le couturier et son amant Jacques De Bascher. La danse, la mise en scène de soi font partie de ces rencontres languissantes. La posture chez Bonello est une manière de dire l’homme comme la femme, d’en faire des silhouettes. Ainsi, nous ne regardons pas l’histoire d’un homme qui a existé mais Yves Saint Laurent éclaté dans des fulgurances. On peut alors le retrouver seul entouré de ses costumes dans une pièce rouge vive, lisant une lettre d’Andy Warhol. Bonello prend le temps de laisser Saint Laurent se faire écraser par le décor. Il ne le fait jamais vieillir par un stratagème. C’est un autre qui l’endosse alors, Helmut Berger, et on ne cesse, à cet instant, d’osciller, par échos, entre deux âges et deux acteurs.

L’autre combat est celui que Pierre Bergé a livré à Bonello. Il n’a jamais « approuvé » le film, il lui a mis des bâtons dans les roues. Résultat, la frustration de n’avoir pas eu accès aux « vrais lieux », ni aux véritables costumes de Saint Laurent, Bonello l’a tranformée en geste libre, beaucoup moins muséifié que celui de Lespert, très Bergé-centré. Nous avons donc comme deux Pierre Bergé. Ici, il est beaucoup moins question d’amour que dans le Lespert. A part une scène de tendresse, Bergé est plus montré comme un gestionnaire qui subit les colères, gère Saint Laurent, l’inadapté à la vie, et le rassure. D’où l’insistance de Bonello sur une scène de négociation avec traducteur sur le « nom » YSL, ou encore l’histoire chaotique entre Jacques De Bascher (Louis Garrel, convaincant) et Yves. L’amant est malsain, il entraîne Yves dans une forme de déchéance, le mène vers les ombres de l’amour à la sauvette alors que Bergé l’enferme, le ramène face à ce qu’il ait et hait : en voulant créer son propre nom, il s’est enfermé dans une création cyclique qui l’épuise et le détruit. Le geste est contraint par les saisons, les commandes. Pourtant, avec Bergé, Saint Laurent a sû renaître de ses cendres, même quand beaucoup voulaient déjà écrire sa nécrologie. A la fin du film de Bonello, on le quitte aussi mort que vivant. Tout va continuer même si l’on sait déjà ce qui l’attend au bout : la solitude. L’image est saisissante : Lespert croquait la fin de vie d’YSL auprès de Bergé, Bonello les rapproche au téléphone, laissant, une fois la conversation non physique terminée, Saint Laurent seul avec ses démons.

« Yves Saint Laurent, je devais l’aimer sans espoir », Bertrand Bonello

Rien ne commence vraiment mais tout se termine avec Bonello («Je suis tellement fatiguée, je pourrais dormir mille ans», disait Céline Sallette dans la toute première scène de l’Apollonide / « Vous être à Paris pour affaire ? – Non pour dormir », répond Gaspard Ulliel au tout début de Saint Laurent). Son regard sur les êtres est sans espoir, il en fait des œuvres d’art qui, à l’image des femmes que Saint Laurent habillait, peuvent se mouvoir librement dans des costumes amples, mais qui ne parviennent pourtant pas à atteindre la légèreté nécessaire. La femme libérée par le corps, n’en n’est pas moins une femme, et le créateur libéré par le défilé ovationné, n’en est pas moins un homme que seul le travail récompense tout en le vidant de ses forces. La vie paraît alors irréelle, tout n’est que fête, débauche la nuit et tristesse, mélancolie le jour. Pour ne pas apprendre à changer une ampoule, Saint Laurent est prêt à attendre dans le noir que Pierre revienne. Il a besoin d’obscurité pour réfléchir. Le noir, Bonello le décline, jusque dans sa mise en scène. Les couleurs sont éclatantes dans les décors (le rouge de l’appartement), ou lors des défilés (surtout celui d’inspiration orientale, de 1976) mais YSL est vêtu de noir. Le contraste est puissant. De ce noir, il faudra d’ailleurs trouver la tonalité parfaite, à la toute fin. Et finalement, comme au début, le titre apparaît sur un tissu parfait, profondément noir.

Bonello ne raconte pas la vie d’Yves Saint-Laurent, il le met en scène, par le corps, dans des espaces sans issue, où quelques rencontres, souvent tentaculaires, le font parfois renaître. Jamais il ne se promène librement dans la rue, en plein jour. Il reste, il demeure en deçà comme au-delà du monde, et se déconstruit. C’est un nerveux, de ces êtres qui subliment le monde tout en ne pouvant y vivre. Bonello et Saint Laurent se fondent alors comme dans une seule et même personne : des embaumeurs de réel qui connaissent la vie, les êtres et les aiment comme ils les détruisent, sans espoir.

Pour prolonger le plaisir : Bertrand Bonello, Résonances, au Centre Pompidou jusqu’au 26 octobre 2014

Fiche Technique : Saint Laurent 

France – 2014
Réalisation: Bertrand Bonello
Scénario: Thomas Bidegain, Bertrand Bonello
Interprétation: Gaspard Ulliel (Yves Saint Laurent), Jérémie Renier (Pierre Bergé), Léa Seydoux (Loulou de la Falaise), Louis Garrel (Jacques de Bascher), Amira Casar (Anne-Marie Munoz), Aymeline Valade (Betty Catroux), Helmut Berger (Yves Saint Laurent en 1989), Jasmine Trinca (Talitah Getty), Valeria Bruni Tedeschi (Mme Duzer), Valérie Donzelli (Renée).
Date de sortie: 24 septembre 2014
Durée: 2h30
Genre: Biopic
Image: Josée Deshaies
Costume: Karine Charpentier, Anaïs Romand
Montage: Fabrice Rouaud
Musique: Bertrand Bonello
Producteur: Eric Altmayer, Nicolas Altmayer
Distributeur: EuropaCorp Distribution

 

Puzzle, un film de Paul Haggis : Critique

Synposis: Trois histoires parallèles. Michael a quitté sa femme après la mort de leur fils et retrouve sa maitresse à Paris. Julia ne peut plus voir son fils depuis qu’on la soupçonne d’avoir voulu l’assassiner. Sean, en voyage en Italie, tombe amoureux d’une femme visiblement clandestine et va l’aider à récupérer sa fille auprès du passeur.

Petites Histoires Entre Amis

Naissance d’un style

C’est certain, on va reprocher à Paul Haggis d’avoir réalisé un film identique à Collision, qui lui avait rapporté l’Oscar du meilleur film en 2006. Il faut reconnaître que ce reproche est fondé, tant Puzzle (nominé au Festival International du Film de Toronto et au Festival du Film de Tribeca) reprend la même construction : un patchwork de petites histoires, de drames personnels, traités en parallèle et qui finissent par se percuter avec plus ou moins de force. Mais plus qu’un auto-plagiat, c’est peut-être son style (contestable ou non) que Paul Haggis vient de trouver, celui d’un artiste venu au cinéma par le métier de scénariste.

Haggis l’écrivain

Avant d’être metteur en scène, Paul Haggis est un écrivain talentueux. C’était flagrant avec Collision, c’est confirmé avec Puzzle. Son premier coup de maître reste l’écriture du scénario de Million Dollar Baby de Clint Eastwood. Avec Clint, il écrit ensuite les scénarios de : Mémoires De Nos Pères et Lettres d’Iwo Jima, pour enchaîner avec deux James Bond : Casino Royale et Quantum Of Solace. Paul Haggis est aujourd’hui une réfèrence, un poids lourd du système hollywoodien qui parvient à concilier (chose rare), succès publics et critiques.

Collision, mais pas que…

Sans en faire l’inventaire, une comparaison avec Collision est obligatoire. Si les deux films ont la même construction, là où Collision finissait par souder toutes ces histoires pour n’en faire qu’une, dramatique, Puzzle choisi de les faire se croiser sans réelle influence entre elles. Au pire, nos héros se contentent de se trouver au même endroit au même moment, sans jamais se connaître et, si les histoires s’influencent les unes les autres, c’est toujours à l’insu des protagonistes. Le choix fait par Paul Haggis a ce résultat : Collision accouchait d’une histoire unique et absolument dramatique, Puzzle ne sort pas des histoires (trois au total) personnelles de chacun (divorce, adultère, mort d’un enfant), privilégiant leur nombre sûr la force de chacune d’elles. Du coup, la narration est moins artificielle que celle de Collision, qui accumulait trop de coïncidences.

Haggis, héritier d’Eastwood

Paul Haggis est un élève de Clint Eastwood, comme un gène qu’ils auraient en commun, un talent pour l’écriture des portraits de gens normaux, confrontés à l’exceptionnel. Si Paul Haggis va un peu plus que son ainé vers le pathos, il  a une fulgurante capacité à transmettre ce qu’il y a de profondément humain dans les émotions. Nos peurs, nos colères et nos amours sont magnifiés par une pellicule au service de la caméra. Haggis, à mi-chemin entre impressionnisme et réalisme, raconte les fêlures de personnages en ruptures avec leur vie, des « héros » à la croisée des chemins face deux à un choix : survivre ou tomber, définitivement.

Monsieur le directeur

Paul Haggis est un élève de Clint Eastwood et comme le maitre, il est un formidable directeur d’acteurs. Comment ne pas se réjouir, de voir Liam Neeson abandonner ses films récents bien médiocres, pour se souvenir à quel point il a du talent ? Il est un des plus doués (et des moins reconnus) de sa génération et retrouve ici, ce qu’il est aux yeux de quelques-uns: un géant. Olivia Wilde (Time Out) par contre, si son jeu est correct, semble avoir été choisie pour cette « scène de nu » dans les couloir d’un hôtel. Rien de déplaisant, mais rien d’exceptionnel non plus. Par contre Mila Kunis (Black swan) explose enfin en mère, ravagée par un trouble mental et la séparation d’avec son fils, on cessera bientôt de la surnommer « Mila Cul-Nu » pour admettre qu’elle une actrice, une vrai. Pour finir, James Franco (La Planète Des Singes) hérite du rôle le moins évident, à la fois père protecteur et infâme salopard, il jongle entre les deux avec dextérité et promet, une nouvelle fois, le meilleur pour l’avenir. N’oublions pas non plus le toujours excellent Adrien Brody (King Kong), accompagné de l’atomique Moran Atias, qui fait fondre la pellicule de ses airs latins incendiaires et torrides.

L’humanité des émotions

Oubliez donc Collision pour profiter de Puzzle, un film mosaïque qui vous renverra à votre propre vie, à vos démons, à vos forces et vos faiblesses. Un film sensible et délicat, qui montre une nouvelle fois que Paul Haggis sait composer une partition cinématographique avec les mots du quotidien. On aime, on déteste, on pleure la mort, ou on se rebelle contre elle, on se résigne ou on se bat. Le mérite de Paul Haggis réside en ceci : chacun a en lui une vie hors norme, faite d’événements anodins que nos sentiments rendent exceptionnels et cet exceptionnel, il est important de s’y attacher.

Fiche Technique : Puzzle

Titre original : The Third Person – Third Person
Réalisateur & scénariste: Paul Haggis
Casting : Liam Neeson, Olivia Wilde, Mila Kunis, James Franco, Adrian Brody, Moran Atias…
Date de Sortie : 19 novembre 2014
Durée : 137 minutes
Genre : drame, romance
Décor : Luca Tranchino
Costumes : Sonoo Mishra
Musique : Dario Marianelli
Production : Paul Haggis, Paul Breuls & Michael Nozik
Sociétés de production : Corsan, Hwy61, Purple Papaya Films en association avec Lailaps Pictures et Volten
Société de distribution : Sony Pïctures Classics
Pays d’origine : U.S.A., Belgique

Auteur de l’article Freddy M.

Sin City : J’ai Tué pour Elle, un film de Frank Miller – Critique

Sin City : J’ai Tué pour Elle : Un exercice de style visuel bluffant assorti d’un scénario relativement bancal…

Sin City : J’ai Tué pour Elle, n’a jamais constitué qu’un hommage. L’hommage d’un homme de cinéma à une bande dessinée, toute droit sortie d’un auteur cynique, désabusé et esquissant dans ses traits de crayons l’inquiétude et la peur de ce monde nouveau, un monde dangereux, pressé, ayant perdu sa morale au détriment de pouvoir ou d’argent. Une BD ou comic constituant à elle seulE un hommage à tout un pan de la culture cinématographique US : le film noir. Un genre aujourd’hui défendu par Martin Scorsese, les frère Coen ou encore Brian de Palma, préférant tisser un tableau austère, lugubre, froid, suspicieux, plutôt qu’une myriade de personnages sans profondeurs et sans charismes.

Et dans ce sens, voir Robert Rodriguez à la barre de ce projet avait constitué dès le départ une surprise. Lui un énergumène dopé aux VHS et slashers des 70’s, bon qu’à filmer de minables séries B ou Z et à voguer dangereusement vers les cimes du moviemaking mercantiliste outrancier. Un choix improbable, voire voué à l’échec, mais qui se révèle après étude, parfaitement cohérent. Car cet énergumène, grand pote de Quentin Tarantino partage avec ce dernier, l’amour du cadre, préférant ainsi dépeindre d’abord l’univers dans lequel évolueront les personnages que les personnages eux-mêmes.

Une toile de fond, un univers capital que cette ville du péché. Cette Babylone d’où émane le vice, la violence et le stupre, est le lieu de pérégrinations de flics, qu’ils soient ripoux ou intègres, tueurs, hommes d’églises, sénateurs, strip-teaseuses et pédophiles. Une brochette de personnages tarés, évoluant dans une ville aux airs de prisons mentale et sociale, qui tel un aimant, attire tous les pourris.

Polar urbain stylisé et violent, Sin City avait ébranlé la planète ciné pour avoir été le premier film entièrement tourné sur fond vert et qui malgré un casting dithyrambique (Bruce Willis, Mickey Rourke, Rutger Hauer, Elijah Wood, Josh Hartnett, Clive Owen ou encore Benicio Del Toro) avait su capter l’attention par une de ses spécificités attirant bien malgré elle le regard : son ton monochrome.

Forme picturale reléguée à symboliser le virage entrepris par le cinéma lorsqu’il est passé à la couleur, le style monochrome utilisé ici, en plus d’épouser la prose des comics d’origine de Frank Miller, parvient tout simplement à conférer au film un parfum rétro-futuriste impressionnant, évoluant constamment dans un cadre contemporain ou se reflètent les maux du monde moderne entre violence urbaine, corruption endémique et mégapoles tentaculaires, tout en revendiquant une partie de son univers aux 50’s avec cigarette, alcool à outrance et ton très sombre.

Une réussite formelle indéniable toutefois entachée par des soucis de narrations récurrents, donnant au film un rythme clairement distordu, conséquence de la difficile transcription de la case de BD à la pellicule monochrome.

Fort d’un succès loin d’être immérité et une publicité cannoise inespérée (le film fut en effet au sein de la Compétition du Festival de Cannes 2005), Sin City avait généré bien malgré lui une horde de fans irréductibles, prêts à tout pour voir la suite des aventures de Marv, du sénateur Roarke ou de Dwight McCarthy.

A force de cris de désespoir d’une communauté de fans se sentant oubliés et ressemblant années après années à d’intenses sollicitudes véhémentes, Sin City J’ai Tué Pour Elle est finalement arrivé finalement sur la planète ciné et ce, quelques neuf ans après la sortie du premier. Neuf années d’attentes lancinantes, de doutes, de questionnements harassants et de frayeur, attestant du chemin de croix quasi matriciel auquel a dû se plier Robert Rodriguez pour sortir la suite tant attendue de son chef d’œuvre.

BACK IN BLACK

Après être retombé dans les travers de son cinéma popcorn ultra référencé, à la fois empli de niaiserie et de jouissance, fait d’invasion de zombies (Planète Terreur) et de survival dopé au tacos et aux tapins (Machete) tout en opérant une renaissance à la nouvelle mascotte Old El Paso, Robert Rodriguez accompagné de Danny Trejo a  finalement repris le chemin des studios pour s’attaquer à l’arlésienne de sa filmographie.

L’objectif officieux : combler les attentes des fans profondément étiolées face à l’émergence massive de productions 3D pétaradantes (Gravity, L’Odyssée de Pi, Avatar) tout en évitant l’erreur de parcours, représentée par le banal film de commande sensé rehausser le parcours de son auteur.

Four monumental aux States, avec seulement 6,5 millions de dollars récoltées pour son premier week-end d’exploitation (à titre d’exemple Les Gardiens de la Galaxie en ont fait 94), Sin City : J’ai Tué pour Elle arrive affublé d’un nombre conséquent de casseroles, si ce n’est d’exécutions critiques US en bonne et due forme, dont la quasi-unanimité ne pouvait qu’accroitre la curiosité apportée sur cette œuvre étrange.

Les fans auraient-ils trop attendus ? Signe avant-coureur de la piètre qualité du film ? Ou simplement banalisation de ce genre de produits hyper-stylisés dépeignant un univers magnifique pour cacher un scénario la plupart du temps assez pauvre ? Difficile à dire….

VOL AU DESSUS D’UN NID DE COUCOUS

Nous revoilà donc, à Sin City, John Hartigan s’est sacrifié pour protéger la seule femme n’ayant jamais compté dans sa vie, la strip-teaseuse Nancy Callahan. Dwight McCarthy, revient à Sin City récupérer son amour perdu, symbolisée par l’envoûtante et sensuelle Ava Lord, tandis que Johnny, fils illégitime du sénateur Roarke, arrive dans la ville du péché pour régler ses comptes avec son paternel.

En somme, une pluralité d’histoires empruntant autant au préquel qu’au séquel, et provoquant dans le cerveau de son spectateur une surprise assez forte, tant voir un tel contenu assimilable à un numéro de funambule sans filet de sécurité, ne mérite tout simplement pas neuf ans d’attente.

Car encore une fois, Rodriguez se joue de son spectateur en promettant monts et merveille, alors qu’à l’écran le résultat est pauvre. Ne pouvant plus compter sur l’effet de surprise généré par le teint monochrome du premier opus, ce deuxième film dévoile au grand jour tous les défauts du premier qui malheureusement étaient déjà conséquents : des histoires à la durée inversement proportionnelles à leur importance, une galerie de personnages la plupart du temps peu exploités, si ce n’est inutiles (pourquoi sortir Doc Brown de sa retraite ?), un rythme distordu voire long, une nouvelle fois un univers stylisé impressionnant.

Presque seul mérite du film, l’univers Noir et Blanc stylisé ne vaut que pour son ajout de la 3D qui confère à Sin City : j’ai tué pour elle, une profondeur permettant de rapprocher l’image à une case de BD telle qu’imaginée par Frank Miller. Couplé à un jeu d’acteur inégal (Eva Green en femme fatale dénudée est le seul personnage valant la peine) et des musiques omniprésentes quasi dérangeantes, ce Sin City charmera sans doute les spectateurs peu regardants mais ne satisfera pas la horde de fan de Miller qui se sentiront esseulés.

Synopsis: Marv se demande comment il a fait pour échouer au milieu d’un tas de cadavres. Johnny, jeune joueur sûr de lui, débarque à Sin City et ose affronter la plus redoutable crapule de la ville, le sénateur Roark. Dwight McCarthy vit son ultime face-à-face avec Ava Lord, la femme de ses rêves, mais aussi de ses cauchemars. De son côté, Nancy Callahan est dévastée par le suicide de John Hartigan qui, par son geste, a cherché à la protéger. Enragée et brisée par le chagrin, elle n’aspire plus qu’à assouvir sa soif de vengeance. Elle pourra compter sur Marv… Tous vont se retrouver à Sin City…

Fiche Technique: Sin City : J’ai Tué pour Elle (Sin City : A Dame to Kill for)

Américain – 2014
Réalisation: Robert Rodriguez, Frank Miller
Scénario: Frank Miller d’après: la série de bandes dessinées Sin City de: Frank Miller
Image: Robert Rodriguez
Interprétation: Eva Green (Ava Lord), Josh Brolin (Dwight McCarthy), Jessica Alba (Nancy Callahan), Bruce Willis (John Hartigan), Mickey Rourke (Marv), Joseph Gordon-Levitt (Johnny), Rosario Dawson (Gail)…
Genre: Action, Thriller, Drame
Son: Angelo Palazzo, Clark Crawford, Tim Rakoczy
Montage: Robert Rodriguez
Musique: Robert Rodriguez, Carl Thiel
Producteur: Robert Rodriguez, Aaron Kaufman, Stephen L’Heureux, Sergei Bespalov, Alexander Rodnyansky, Mark Manuel
Production: Troublemaker Studios, Miramax Films, Aldamisa Entertainment
Distributeur: Metropolitan FilmExport
Date de sortie: 17 septembre 2014
Durée: 1h42

Ill Manors, un film de Ben Drew : Critique

Synopsis: Dans une banlieue de Londres en 2012, le quotidien d’une faune de voyous, dealers, proxénètes, prostituées et marginaux, dont les destins vont se croiser, à l’approche des jeux olympiques d’été.

La rue et ses vices

Aaron (Riz Ahmed) et Ed (Ed Skrein) ont grandi ensemble dans un orphelinat. Le premier est un poids plume avec une sensibilité qui détonne dans cet univers machiste et violent. le second représente bien ce monde, il n’a aucune empathie et abuse de son physique de boxeur. Ils vivent de la drogue et d’arnaques. Kirby (Keef Coggins) est un ex-dealer sortant de prison. Il tente de reprendre le contrôle de la rue, mais se retrouve sous le joug de son beau-fils Chris (Lee Allen), qui n’a pas oublié les sévices physiques infligés par celui-ci. Michelle (Anouska Mond) est une prostituée, tentant de survivre, tout en aidant Katya (Natalie Press), une sans-papiers qui a abandonné son bébé et qui fuit ses proxénètes. Jack (Ryan De La Cruz) est un adolescent intégrant un gang violent dirigé par Marcel (Nick Sagar). Tout ses personnages vont se croiser et influencer le destin de chacun, pour le pire et un peu le meilleur.

Ill Manors est le premier film de Ben Drew, un jeune réalisateur de 29 ans. Mais il a déjà une riche carrière en tant que rappeur au sein de son groupe, Plan B. Son film est une sorte de long clip, ou il aborde les thèmes qu’il connait bien : la rue, la violence, la prostitution et tout les drames qui s’y jouent quotidiennement. Il illustre certains moments de l’histoire par ses morceaux, dont il signe la BO. C’est un drame musical, sombre et froid.

Le procédé est plaisant, mais un peu déstabilisant, cassant un peu le rythme du film, mais la force des paroles, accentue la noirceur du récit. Si la forme est originale, le fond l’est beaucoup moins. Un énième film sur la banlieue et ses travers. Le genre a ses codes et il est difficile de les contourner. Souvent, ce sont les personnages qui font la différence. Mais ils manquent de psychologie et parfois de charisme.

Le côté choral du film, Ill Manors est intéressant, le récit est fluide. Ben Drew fait preuve de maîtrise, il sait ou il va et ne nous perd pas en route. Cela rend encore plus dommage, l’absence de profondeur.

Le « héros » Riz Ahmed est le reflet de cette absence. Il est transparent et sans sa casquette qui le caractérise, il passerait inaperçu. Ed Skrein est impressionnant de par son physique et la violence qui s’échappe de chacun de ses mots et gestes. Les extrêmes s’attirent et se complètent. C’est le cas avec ces deux-là, le cerveau associé aux muscles. Ils sont le fil rouge de l’histoire. Ils ne sont ni bons, ni mauvais. Ils s’adaptent à la rue, selon leurs degrés de sensibilité et agissent en conséquence. Agir ou subir, il n’y a pas d’autres échappatoires. Sauf par la drogue, Anouska Mond va prendre ce chemin. Un moyen d’échapper à sa condition de femme prostituée et sans domicile fixe.

A travers ses portraits et ses destins, Ben Drew dresse un constat effrayant de la jeunesse anglaise, des rapports hommes/femmes et de la société en générale, régit par l’argent et la violence, ou l’être humain est considéré comme une marchandise. Le constat est pessimiste, l’amitié n’existe pas et les rêves se transforment vite en cauchemars. C’est un film sans concessions, qui aurait mérité un scénario plus développé pour emporter l’adhésion. Un long clip, sans les effets faciles mais avec l’absence de puissance dramatique, malgré la violence des vies qui y sont dépeintes.
Un premier film qui annonce des œuvres plus abouties, Ben Drew est un cinéaste en devenir. Il s’épanouit dans tout les genres, un artiste à suivre.

Ill Manors – Bande Annonce

Fiche technique : Ill Manors

Royaume-Uni – 2012
Réalisation : Ben Drew
Scénario : Ben Drew
Distribution : Riz Ahmed, Ed Skrein, Nathalie Press, Anouska Mond, Mem Ferda, Lee Allen, Dannielle Brent, Martin Serene, Jo Hartley, Éloïse Smyth et Nick Sagar
Photographie : Gary Shaw
Montage : Farrah Drabu, David Freeman, Sotira Kyriacou et Hugh Williams
Musique : Ben Drew et Al Shux
Production : Atif Ghani
Sociétés de production : Aimimage Productions, BBC Films, Film London, Gunslinger, Ill Manors et Microwave
Société de distribution : Revolver Entertainment
Genre : drame
Durée : 102 minutes

Auteur : Laurent Wu

 

 

 

Si je reste, un film de RJ Cutler – Critique

Synopsis: En un seul moment, tout peut changer. Mia, 17 ans, n’a aucun souvenir de l’accident : elle arrive uniquement à se rappeler avoir roulé le long de la route enneigée de l’Oregon avec sa famille. Puis, en un clin d’oeil, elle se retrouve observant son propre corps dévasté … L’adolescente sera tiraillée entre l’envie de rejoindre ses parents dans l’au-delà et celle de se réveiller et de retrouver son petit ami et ses proches…

Chloé Moretz prisonnière des limbes

Qui a dit que la littérature YA, ou Young Adult, se limitait aux dystopies façon Hunger Games ou aux bluettes fantastiques du niveau de Twilight ? Avec Si je reste, le romancier Gayle Forman propose des thèmes plus sombres et plus matures que ce qui est d’habitude proposé aux adolescents. Son adaptation se situe dans la même veine. Un temps proposé à Catherine Hardwicke, qui avait mis en scène le premier volet de la saga vampirique, elle a finalement échue à RJ Cutler, dont c’est le premier long-métrage.

Onirique et poétique

Cutler réussit plutôt bien ses premiers pas, en proposant un film à l’esthétique douce, mis en valeur par une photographie lumineuse et éthérée. On a un peu l’impression de se trouver pris au milieu d’un rêve ce qui, finalement, reflète parfaitement la situation de sa jeune héroïne, coincée entre la vie et la mort en attendant de prendre une décision : doit-elle rester et faire face aux douleurs de son quotidien, ou se laisser sombrer et rejoindre ainsi sa famille ? Le choix est sien, et c’est autour de ce dilemme que s’articule le film. Le scénario se construit autour de la trame principale, qui est celle de l’accident et de l’hospitalisation, et les mois précédents qui apparaissent sous forme de flashbacks.

Une construction classique mais un peu bancale puisque, au risque de spoiler un peu, la décision finale de la jeune fille ne fait guère de doutes. Voir ainsi se succéder les catastrophes autour d’elle semble donc inutilement cruel, chaque nouvelle étant censée peser dans une balance que l’on sait déjà arrêtée. L’histoire de Mia, elle, ressemble un peu au rêve de toute jeune fille en fleur. Héroïne un peu à la marge mais pas trop, dotée d’une famille cool dans laquelle elle se sent un peu à l’écart (mais pas trop non plus), elle se fait repérer par le beau gosse populaire du lycée, futur rock star, qui lui voue au premier coup d’œil un amour inconditionnel. Cliché ? Un peu trop, diront certains.

Chloé Moretz au top

Pourtant, le récit fonctionne, notamment grâce à la prestation de Chloé Moretz, qui imprime une personnalité au personnage et parvient à le rendre sympathique. La jeune fille a fait du chemin depuis 500 Jours ensemble, et commence doucement à s’imposer comme une valeur sûre au sein de sa génération. L’ensemble du casting est à l’avenant, et on se surprend à vibrer pour sa famille au cœur de rockers, et pour son Jules, le bel Adam et son look de brun ténébreux comme il faut. La bande-son est l’autre réussite de Si je reste, rythmant le film entre rock’n roll à l’ancienne et musique classique. Mêler Iggy Pop et Beethoven, il fallait oser, mais ça marche plutôt bien.

Cette jolie romance s’adresse en priorité à un public adolescent et féminin, mais saura charmer un public plus large grâce à des personnages sympathiques et une ambiance lumineuse et douce. Si quelques longueurs apparaissent parfois dans le scénario, on est loin des torrents de guimauve habituellement associés au genre. Une jolie surprise qui redonne le sourire et le cœur léger, à apprécier comme un chocolat bien chaud, calé sous la couette ou devant la cheminée. Il est presque dommage que le film sorte en septembre et pas en hiver, d’ailleurs.

SI JE RESTE – IF I STAY : Bande Annonce VOST

Fiche technique – Si je reste

USA-Drame, romance
2014
Réalisateur : RJ Cutler
Scénario : Shauna Cross – D’après l’œuvre de : Gayle Forman
Casting : Chloë Grace Moretz (Mia Hall), Jamie Blackley (Adam), Joshua Leonard (Denny Hall), Mireille Enos (Kat Hall), Liana Liberato (Kim)
Productrice : Alison Greenspan
Directeur de la photographie : John De Borman
Compositeur : Heitor Pereira
Monteur : Keith Henderson
Production : DiNovi Pictures, New Line Cinéma, MGM
Distributeur : Warner Bros France

Auteur de l’article Mikael Yunk

Gotham Saison 1, épisode 1 : Critique

Gotham, saison 1, épisode 1

Synopsis: Tout le monde connaît le Commissaire Gordon, valeureux adversaire des plus dangereux criminels, un homme dont la réputation rime avec « loi » et « ordre ». Mais que sait-on de son histoire ? De son ascension  dans une  institution corrompue, qui gangrène une ville comme Gotham, terrain fertile des méchants les plus emblématiques ? Comment sont nées ces figures du crime, ces personnages hors du commun que sont Catwoman, le Pingouin, l’Homme-mystère, Double-Face et le Joker ?

Casting quatre étoiles pour le pilote

Attendue comme le messie par une poignée de fans de l’univers de Batman, Gotham se situe dans la ville du même nom, à une époque où le chevalier noir n’est encore qu’un jeune orphelin éploré, déchiré par le meurtre de ses parents. C’est d’ailleurs par cet événement dramatique que débute le premier épisode de la série, qui prend comme personnage principal un jeune détective tout juste arrivé au Gotham City Police Department, un certain James Gordon…

Gotham, ville d’ombre

Le policier aura fort à faire pour résoudre cette première enquête, qui ne s’annonce pas de tout repos. D’autant qu’il devra en même temps lutter contre la corruption qui gangrène le commissariat, à commencer par son collègue Harvey Bullock, mais aussi contre toute une armée de criminels bien connus des fans du comic book. Tout ce beau monde se dispute avec un seul et même objectif : être le maître de Gotham. La ville est d’ailleurs un peu le personnage principal de la série. Et, côté visuel, c’est une vraie réussite. On retrouve l’architecture si particulière de New-York dont s’inspira Bob Kane, le créateur de Batman, mais avec une esthétique gothique et sombre du plus bel effet. On est un peu à mi-chemin entre la version Burton et celle de Nolan.

Un effort particulier a d’ailleurs été mis dans la mise en scène. Si l’on est loin des meilleures réussites du genre comme Fargo ou True Detective, la réalisation est d’excellente facture, avec quelques belles idées dans certaines scènes. La photographie est tout simplement superbe, faisant la part belle au côté sombre de Gotham. Et les scènes intermédiaires permettent de découvrir un peu plus la ville à travers des effets spéciaux léchés. Ce Gotham-là a belle allure.

Ça se bouscule au portillon

Le casting est également à la hauteur de l’événement. Constitué en majorité d’inconnus, à l’exception de Jada Pinkett Smith, il se montre convaincant dans des rôles pourtant déjà mis en valeur par le passé. Mention spéciale à Ben McKenzie, qui porte la série sur ses épaules et se montre le digne descendant de Gary Oldman. Et le pauvre Gordon est bien entouré. Que ce soit Selyna Kyle, Oswald Cobblepot, Edward Nygma ou Ivy Pepper (future Poison Ivy), chaque personnage offre une prestation différente de ce que l’on avait pu voir jusque là dans les films ou séries télé dédiées à Batman et son univers. C’est d’ailleurs dans cette abondance de rôles que se trouve le principal reproche que l’on peut adresser à ce pilote. Le fan service est assuré, certes, mais on se demande un peu ce que les scénaristes ont pu garder sous le coude pour la suite.

Car, si le scénario de base offre de belles promesses, il faudra également les tenir par la suite. L’enquête autour de la mort du couple Wayne servira de fil rouge à cette première saison (au moins), reste maintenant à offrir aux fans quelques histoires qui enrichissent la mythologie du chevalier noir, tout en imprimant à la série sa propre identité. Une belle surprise, donc, mais qui demande confirmation.

Fiche technique : Gotham

USA-Drame, policier
Première saison : 2014
Créateur : Bruno Heller
Casting : Ben McKenzie (James Gordon), Donal Logue (Harvey Bullock), Jada Pinkett Smith (Fish Mooney), Robin Lord Taylor (Oswald Cobblepot), Sean Pertwee (Alfred Pennyworth), David Mazouz (Bruce Wayne), Erin Richard (Barbara Kean)
Réalisateur : Danny Cannon (épisode 1)
Scénariste : Bruno Heller
Production : Fox Broadcasting, DC Comics, Warner Bros Télévision, Primrose Hill Productions

Auteur de l’article Mikael Yung

Extant : Saison 1 – Critique Série

Ce n’est pas parce-qu’on s’appelle Steven Spielberg et qu’on est l’inventeur du cinéma d’entertainment, qu’on a le droit de fusiller à ce point une des séries les plus prometteuses de l’été 2014. Après avoir signé le beau succès de Band Of Brothers, Steven Spielberg vient copieusement se crasher avec Extant.

Synopsis : De retour d’un séjour de treize mois seule dans l’espace, Molly Woods découvre qu’elle est inexplicablement enceinte et qu’on lui cache la raison de cette grossesse. Le fil des événements va lui faire comprendre que derrière cette grossesse, se cache un énorme complot qui met en jeu l’avenir de l’humanité.

Une série « pour dormir »

Treize épisodes d’un ennui absolu, maintenus à peine en éveil par quelques rebondissements parfois prometteurs, souvent pathétiques et toujours répétitifs. Bref, l’intrigue n’avance pas, les épisodes sont bavards comme du Tarantino et font osciller entre agacement et frustration de ne pas en savoir plus, sans jamais en savoir plus. Produire treize épisodes pour ne démarrer réellement qu’au douzième, la faute à un scénario finalement assez mince et étiré à son maximum pour faire ni plus ni moins que du remplissage.

Un scénario « sur timbre-poste »

Extant, puisqu’il faut en parler, raconte le retour sur terre d’une spationaute après un séjour de plusieurs mois seule dans l’espace. À son retour, elle se découvre enceinte alors qu’elle était seule dans sa station spatiale et retrouve son fils « humanoïde » plus vrai que nature, créé par son scientifique de mari. C’est à peu près tout, Spielberg brode autour de ce minuscule scénario une machination dont il ne donne jamais les clés, des intrigues secondaires sans intérêt et artificielles. Reste un petit côté écolo, puisque ce cher Steven passe son temps à s’auto-recycler : ses films d’extra-terrestres, mais surtout A.I., tout y passe. On a d’ailleurs du mal à croire qu’il ose nous refaire le coup de l’enfant artificiel, qui tente de trouver sa place dans l’humanité et un sens à son « existence ». On est navré pour lui d’un copier-coller presque pathétique.

Une esthétique « repoussante »

Extant est aussi laid qu’il est mal écrit, les scènes spatiales lorgnent ouvertement vers 2001, l’Odysée De l’Espace, sans en atteindre l’esthétique. Pourtant, les effets spéciaux ont depuis fait des progrès considérables et Spielberg en est un spécialiste reconnu, mais ses choix graphiques et esthétiques posent problème. L’univers d’Extant, froid et distant, ne fait rien ressentir à un téléspectateur, soit indifférent, soit mal à l’aise. Le sommet du mauvais goût, pourtant anodin, est atteint avec le casque spatial d’Hale Berry dans le dernier épisode, sorte de cône sans forme hilarant et qui pourrait bien devenir culte.

Des acteurs qui s’ennuient

Même les acteurs semblent s’ennuyer, jouant façon « service minimum » et ne trouvant d’inspiration ni dans l’histoire, ni dans leur personnage. Halle Berry, embauchée pour jouer les têtes d’affiche, est plus proche de son Grazie Award reçu pour Catwoman, que des autres prix reçus en tant que meilleure actrice. Qu’on se le dise, elle n’est pas jeter avec l’eau du bain dans cette série, elle est juste à oublier. Il n’y a guère que ceux qui sauront apprécier le plastique parfaite d’une cinquantenaire rugissante qui retiendront quelque chose. D’où la présence de Goran Višnjić à ses côtés, pour ce côté beau gosse romantique, sinon quoi d’autre.

Une série, un échec

Avec tout ça aucune saison 2 n’est prévue à ce jour, rien de frustrant même si on ne connaitra jamais le dénouement. Cette série sans intérêt a d’ailleurs vu son nombre de téléspectateurs presque divisé par deux entre le premier et le onzième épisode sur CBS, autant dire que plus personne (Spielberg compris) n’alignera le moindre dollar pour le voir partir en fumée. Certains ont écrit sur cette série qu’elle faisait « du sur place intensif » qui gâchait son potentiel. C’est vrai que le problème de rythme est juste énorme et fait disparaitre toutes les autres qualités, mais tout ça pourrait finalement n’avoir qu’une même cause : le talent de Spielberg aurait disparu avec les années. Dans l’hexagone, M6 diffusera la série dès le 29 septembre 2014 et seul le premier épisode le sera en prime time, calcul judicieux…

Fiche Technique – Extant 

Première diffusion USA : 09 juillet 2014, CBS
Première diffusion France : 29 septembre 2014, M6
Création : Mickey Fisher
Production : Steven Spielberg, Greg Walker
Scénario: Mickey Fisher, Leslie Bohem, Eliza Clark, Peter Ocko, Gavin Johannsen, Vanessa Reisen et Greg Walker
Musique: Marcelo Zarvos
Sociétés de production: Amblin Entertainment, CBS Television Studios
Distribution : CBS Television Studios
Origine : USA
Format : 42’
Statut : en cours
Casting : Halle Berry, Goran Višnjić, Pierce Gagnon, Kiroyuki Sanada

Auteur : Freddy M.

 

Critique : Near Death Experience, un film de Benoît Delépine & Gustave Kervern

Michel Houellebecq, hasard ou non du calendrier, est presque simultanément à l’affiche de deux films centrés sur lui : le film de Guillaume Nicloux non encore sorti en salle, mais diffusé sur Arte fin Août, L’enlèvement de Michel Houellebecq, et maintenant ce Near Death Experience, qui comme son nom l’indique, est un film quasi-expérimental du duo Delépine/Kervern.

Synopsis: Paul, un employé sur une plateforme téléphonique, est en plein burn-out. Un vendredi 13, la chronique du journal télévisé sur ce jour particulier lui apparaît comme un signal pour passer à l’acte.Décidé à concrétiser son geste, Il s’enfuit dans la montagne où il va vivre une expérience unique….

Pour le succulent Enlèvement de Michel Houellebecq, et suite à des rumeurs d’enlèvement dans la vie réelle, Nicloux a écrit un scénario qui met en scène cet épisode, l’enlèvement mystérieux de Michel Houellebecq joué par lui-même. Le réalisateur a laissé une part belle à l’improvisation dans les dialogues, notamment en ce qui concerne son personnage principal. De fait, Houellebecq décale complètement  le film, en apportant son phrasé si particulier, et ses aphorismes très pince-sans-rire (sur Le Corbusier, sur les meubles scandinaves, etc.) dans un film qui prend du coup toutes les tonalités d’une belle comédie très réussie. A la fin du film, on lui  offre  une magnifique Bentley en « compensation » du mystérieux enlèvement, au bord de laquelle il s’empresse de rouler à 300 Km/h sur l’autoroute – il a semé la terreur auprès du cadreur, ayant souhaité rédiger son testament avant de prendre le volant ! -. « Je crois plus trop à la vie » dit-il en guise de conclusion.

« Je crois plus trop à la vie ». Tel pourrait être le départ de Near Death Experience. Cette fois-ci, Michel Houellebecq est Paul, le chef d’une famille anonyme (on la voit très peu et très partiellement dans le film), un employé d’une Plateforme ( !!) téléphonique de France Telecom Assistance, lui qui a besoin d’être assisté,  mal dans sa peau, mal dans sa vie, et qui un Vendredi, un Vendredi 13 comme le souligne un Pernaut futile et fidèle à lui-même sur son écran de télévision,  décrète que trop c’est trop, et part avec son vélo et son maillot Bic rouge vif avec l’intention ferme de se suicider dans la montagne. Comme Paul « parle trop et ne se suicide pas assez », le film raconte ses « aventures » dans la montagne.

Il semblerait que le projet du duo Delépine/Kervern arrive à son cœur, à son noyau. Car si on regarde les trois derniers films Mammouth/Le grand soir / Near Death Experience, le dépouillement est de plus en plus important tant dans le forme que sur le fond. Dans Mammouth, il y a de la tendresse encore, de l’espoir encore ; dans Le grand soir, ils franchissent une étape vers le No future, et dans ce nouveau film, la révolte n’est même plus là, le suicide est l’ultime solution.

Etant seul la majeure partie du film, au milieu d’une nature qu’il découvre finalement peu amène (« Les pierres d’ici sont dures » dit-il), Michel Houellebecq soliloque forcément, dans sa tête ou en dehors de sa tête quand il harangue  sa famille délaissée au village, mise en scène sous la forme de totems en cailloux, des totems au cœur de pierre (« je suis comme un pigeon voyageur qui porte un message que personne n’a réussi à déchiffrer », dit-il encore).

Il est à la fois stupéfiant et compréhensible que ces soliloques ne soient pas de Houellebecq lui-même, mais écrits par les réalisateurs. Stupéfiant, car ça sonne comme du Houellebecq, et avec sa voix fluette plaquée dessus, l’illusion est encore plus grande. Compréhensible, car son univers est si particulier, si cohérent, qu’il est finalement assez facile d’imiter son style  et de faire passer Paul pour Michel. In fine, le fond du discours reste bien celui de Delépine/ Kervern, un discours qui fustige encore et toujours la société moderne laissant peu de places aux individus, et surtout aux individus les plus faibles. A 56 ans, Paul/ Michel est un homme lessivé qui en paraît 20 de plus, et comme il dit, il est « obsolète ». Un discours qui souligne l’écart grandissant entre les exigences de plus en plus fortes de la société envers l’individu, et a contrario une existence de plus en plus éreintante ne permettant pas de rester au sommet, grand écart que certains comme Paul n’arrivent pas à faire.

Le film peut dérouter dans sa forme très indigente. Un flou quasi permanent sur cet homme, si ce n’est sur sa tête édentée, vieille, marquée. Une lumière sans nuance qui écrase les beaux paysages. Des cadrages aléatoires, en somme une non-esthétique qui veut peut-être coller au nihilisme du propos. On notera cependant un magnifique jeu d’ombres sur cet oiseau décharné qu’est devenu Michel Houellebecq.

Near Death Experience est un film émouvant, et désespérément drôle qui révèle un acteur fabuleux dans la personne de Michel Houellebecq, un acteur porté par un don de soi dans un jeu pourtant minimaliste. Le trouble est augmenté par le fait qu’on n’arrive pas à distinguer ce qui est de la part de Paul et de Michel dans cette souffrance, cette défaite face à la vie. Un film qui mérite plus qu’un détour…

Fiche Technique: Near Death Experience

Titre original : –
Réalisateurs : Benoît Delépine & Gustave Kervern
Genre : Drame
Année : 2014
Date de sortie : 10 Septembre 2014
Durée : 87 min.
Casting : Michel Houllebecq (Paul), Marius Bertram (Le vagabond), Manon Chancé (l’automobiliste)
Musique : Guillaume Le Bras
Scénario : Benoît Delépine, Gustave Kervern
Chef Op : Hugues Poulain
Nationalité : France
Producteur : Benoît Delépine, Gustave Kervern
Maisons de production : No Money Productions, Canal+, Ciné+, CNC
Distribution (France) : Ad Vitam Distribution

 

Once Upon A Time : Saison 1-3 – Critique de la Série

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La première lecture du pitch de « Once Upon A Time » (et ce n’est pas la voie off française qui va arranger ça) risque de ne pas susciter beaucoup enthousiasme. La tentation est présente de passer son chemin à la vue de cette histoire pour enfant, mais ce serait passé à côté d’une histoire bien structurée contenant de bonnes idées.

Une relecture audacieuse des contes de fée 

En effet chaque épisode en dévoile d’avantage sur l’histoire de chaque personnage, leur passé dans le monde magique, en parallèle avec leur situation actuelle. Comment la belle-mère est devenue une sorcière maléfique, comment elle en est venue à haïr Blanche, l’origine de la malédiction, avec des flash-back sans ordre chronologique mais qui en s’assemblant finissent par compléter le puzzle. On peut saluer là la maîtrise des scénaristes.

Se croisent donc à Storybrook des personnages que les auteurs prennent du réservoir conséquent des contes de fées mais aussi d’autres inspirations (Frankenstein, le monde d’Oz) : Cendrillon, le chapelier fou (Alice au pays des merveilles), Pinocchio et Geppetto, Jiminy cricket, la fée bleu, le chaperon rouge, Mulan, la petite sirène, Peter Pan et le capitaine crochet, le géant au haricot magique, la belle au bois dormant, robin des bois… Auquel s’ajoute le sorcier Rumplestiskin (Tricassin), admirable Robert Carlyle qui joue de nouveau un rôle ambigu. Habile manipulateur, machiavélique et puissant, il ne cesse de passer des pactes avec les gens désespérés qui servent toujours ses intérêts obscurs, et jamais sans une contrepartie difficile à satisfaire, quand elle n’est pas cachée.

Les contes ne sont pas racontés de manière traditionnelle et chaque histoire est liée aux autres, comme si les récits qui ont bercé notre enfance n’étaient qu’une déformation simplifiée et erronée de la réalité : il y avait au départ huit nains, Grincheux avait un nom différent, le génie de la lampe magique devint prisonnier du miroir de la belle-mère, Charmant n’est pas le véritable prince, le méchant loup n’est pas ce que l’on croit, Peter Pan n’a rien d’innocent et plus encore.

Un pays de conte de fées qui n’a pourtant rien de féérique. Guerres, roi tyran, monstres féroces, sorciers dangereux, malédictions sont monnaies courantes.

Une histoire cohérente…

A son arrivée à Storybrook, Emma se heurte ainsi à la mère adoptive d’Henry, mais doit aussi compter avec Rumplestiskin, alias le riche propriétaire de la ville Mr Gold, qui lui apporte une aide contre le maire, mais sans être un allié de confiance pour autant. Dans son combat, Emma se surprend aussi à développer des attaches, envers son fils, mais aussi la ville et ses habitants.

A partir de la saison 2, une fois la malédiction levée, la série prend un nouveau départ, et tous les personnages sont réinventés. La série ne reste ainsi pas bloquée sur son intrigue de départ.

De nouveaux personnages viennent enrichir une galerie déjà fournie, avec là encore des modifications qui peuvent être étonnantes, les scénaristes n’hésitant pas à inverser les rôles des gentils et des méchants. Si Régina et Rumplestiskin marchent sur la voie de la rédemption, de nouveaux dangers apparaissent : la mère de Régina encore plus malfaisante qu’elle, et Crochet le pirate ambigu bien décidé à assouvir une vengeance légitime. Viendra ensuite Peter Pan en ombre maléfique. Fallait oser !

La magie s’incruste bien à l’écran grâce à des effets spéciaux bien conçus. Les allées et retour entre les mondes sont plus fréquents : haricot magique, bateau ensorcelé, sirène, chapeau magique, les moyens ne manquent pas.

Malgré une mythologie qui ne cesse de s’étoffer, avec tous les personnages et leurs histoires, les scénaristes parviennent à ne pas s’emmêler les pinceaux et à rester cohérent, du moins au début. Ainsi, même si des personnages n’apparaissent que quelques épisodes, ils ne sont pas oubliés pour autant et ont leur importance. Enfin la plupart car avec la multiplication des personnages certains ont tendance à disparaître inexplicablement…

Enfin la saison 2 de la série Once Upon A Time, finit de révéler toute l’histoire de la malédiction, comment et pourquoi elle a été lancée, en revenant sur tous les personnages impliqués, comme l’adoption de Henry par Régina. Cette saison est certainement la meilleure.

Quelques défauts toutefois. On peut regretter que le conte de Blanche-Neige prenne autant d’importance par rapport aux autres. On retrouve ainsi presque à chaque fois Blanche, la belle-mère ou Rumplestiskin dans les autres récits. La persistance d’Emma à nier la réalité et son face à face avec l’impassible maire peuvent paraître longs au début.

Enfin, les passages du côté obscur de la belle-mère et de Rumplestiskin sont un peu convenus. Leur rédemption à compté de la saison 2 serait plus facile s’ils n’étaient déjà coupables de plusieurs meurtres difficilement pardonnables… De plus ils changent d’orientation à plusieurs reprises : ils essayent de devenir bon, redeviennent mauvais parce que c’est trop difficile, avant de réaliser que finalement ils ont bien un bon côté en eux.  Les scénaristes ont visiblement eu un peu de mal à les conserver dans l’intrigue tout en leur fournissant une évolution cohérente. Malgré leurs crimes, on est attaché quand même, car grâce aux flashbacks on sait comment ils en sont arrivés là : corrompue par une mère tyrannique et désespérant d’être aimée, ou hanté par la lâcheté de son père et sa propre couardise.  Dommage seulement qu’ils font un peu la girouette…

…mais qui commence à s’essouffler

La saison 3 de Once Upon A Time est divisée en deux parties distinctes, la première avec comme méchant Peter pan, et la deuxième la Méchante Sorcière d’Oz. Si la série continue sur sa lancée, il n’y a plus autant de surprise qu’avant, toutes les révélations ayant déjà été données. La série a du mal à trouver de nouvelles histoires à raconter sur le passé des personnages, et un trop grand nombre commence à être mis de côté. Les ennemis sont très puissants, parlent pour manipuler chaque personnage, gentils comme ancien méchants, durant plusieurs épisodes avant être finalement défaits. Le pire étant la Méchante Sorcière, d’une force magique bien supérieure elle conduit tout le monde à une impuissance frustrante, et le personnage est trop lisse pour s’avérer intéressant. Le rythme s’en ressent et l’ennui se fait un peu sentir.

En milieu de saison la série connait un nouveau bouleversement majeur, mais le retour à une situation quasiment similaire à celle d’avant atténue un peu ce nouveau souffle.

La série a certes du potentiel, mais je ne pense pas qu’elle puisse continuer encore longtemps, les signes d’un essoufflement étant déjà visibles. Si le double épisode final relève l’intérêt grâce à une bonne histoire, des appréhensions sont de mises pour la prochaine saison. Peut-être auraient-ils du s’arrêter là…

L’arrivée de Marianne à Storybrooke semble remettre en question l’idylle entre Regina celle qu’on surnomme (la Méchante Reine) et Robin Hood, le prince des voleurs…

Fiche technique: Once Upon a Time

Titre original et français : Once Upon a Time
Pays d’origine : États-Unis
Langue originale : anglais
Genre : série fantastique, dramatique
Casting : Jennifer Morrison (Emma Swan) ; Ginnifer Goodwin ( Mary Margaret Blanchard / Blanche) ; Lana Parrilla (Regina Mills / Méchante Reine) ; Josh Dallas (David/ Charmant) ; Jared S. Gilmore (Henry Mills) ; Robert Carlyle (Gold/Rumpelstiltskin) ; Emilie de Ravin (Belle) ; Colin O’Donoghue (Crochet) ; Michael Raymond-James : Neal/Baelfire
Création : Edward Kitsis et Adam Horowitz
Réalisation : Dean White
Scénario : Geofrey Hildrew
Production : Samantha Thomas et Kathy Gilroy ; Edward Kitsis, Adam Horowitz et Steve Pearlman (exécutifs)
Société(s) de production : ABC Studios

Synopsis : Emma est une chasseuse de prime sans attaches qui vit sans histoires, jusqu’à ce qu’un enfant se présente à elle, Henry, prétendant être le fils qu’elle avait abandonnée des années plus tôt. Mais ce n’est pas la seule révélation qui va bouleverser son existence : il prétend en effet qu’il existe un monde ou les personnages de contes de fées existent, et qu’elle serait la fille de Blanche-Neige et du Prince Charmant ! Abandonnée par ses parents pour fuir malédiction qui a envoyée tous les personnages dans notre monde, dans un petit village dissimulé du nom de Storybrook, elle serait la seule à pouvoir la lever. N’en croyant évidemment pas un mot, elle ramène Henry chez sa mère adoptive, Régina, le maire de Storybrook, froide et autoritaire. Désapprouvant son attitude à l’égard de son fils, elle reste dans un premier temps pour s’assurer de son bien-être, sans se douter de l’ampleur de la mission qui l’attend, ni de l’étendue du monde magique qu’elle vient de pénétrer. Un monde rempli de merveilles étonnantes mais aussi de dangers redoutables. 

Doctor Who saison 8 épisode 5 : Time Heist – Critique

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Doctor Who saison 8 « Time Heist »

Synopsis : Le Docteur et Clara sont recrutés par un mystérieux « Architecte » pour faire un casse dans la banque de Karabraxos. Celle-ci, réputée inviolable, est gardée par une créature terrifiante, le Teller.

It’s a trap !

Listen, l’épisode précédent, laissait augurer un avenir radieux pour cette nouvelle saison après des débuts un peu poussifs. Time Heist n’avait plus qu’a confirmer la tendance, malheureusement les défauts des précédents reviennent, et d’autres s’ajoutent à une liste qui commence à devenir assez dense. On pouvait pourtant espérer de l’inédit en imaginant la série s’attaquer à un thème nouveau pour elle : le film de braquage. Un genre assez peut mis en avant mais qui possède tout de mêmes quelques références prestigieuses comme Piège de cristal, Braquage à l’italienne et bien sur Ocean’s eleven. Des films qui ont su jouer avec les règles pour offrir du divertissement haut de gamme. Car même s’il est un sous genre du film d’action, le casse à ses codes qu’il faut connaître pour les transgresser, et c’est bien triste de voir que le docteur, malgré ses connaissances abyssales, semble en ignorer les fondements les plus basiques. Sans faire un manuel barbant qui recenserait tout les clichés du genre, on peut tout de même rappeler les trois pieds qui permettent à ces films un bon équilibre : Du rythme, du fun, et surtout, des caractères bien définit.

Time Heist manque de rythme, la faute à un scénario finalement assez paresseux et manquant cruellement d’enjeux concrets. Les personnages se réveillent autours d’une tables, ne se connaissent pas et sont chargé par un mystérieux architecte d’une mission périlleuse. Ils se sont tous délibérément effacés la mémoire par sécurité (comme dans Paycheck de John Woo). Tous ce qu’il savent, c’est qu’il doivent braquer la banque la plus dangereuse de l’univers avec comme récompense ce qu’ils désirent le plus au monde. De quoi laisser planer suffisamment de mystère…Sauf que déjà, l’identité du commanditaire se devine en deux secondes (premier twist raté, ça commence bien), ensuite on comprend que Clara et le docteur n’ont rien à prendre dans la banque d’un point de vue personnel (donc ceux qui attendait des indices pour la suite prendront leur mal en patience) et le seul twist final qui aurait pu surprendre est le même que celui de Hide (saison 7 épisode 9). Bref, très peu de nouveautés de ce coté là, on oserait même dire une certaine paresse, mais on commence à avoir l’habitude. Et quand l’épisode annonçait une course contre la montre, c’est finalement un rythme de croisière bercé par une réalisation mollassonne à la gestion de l’espace hasardeuse qui nous est donnée. Pourtant une connaissance méticuleuse des lieux est la base d’un casse réussi. Ici les personnages semblent se diriger a tâtons dans des conduits d’aérations étonnamment facile d’accès (on parle de la banque la plus sécurisée de l’univers quand même). Malgré l’évocation de systèmes de défenses dangereux tel des incinérateurs assez sensible, le seul risque auquel les visiteurs sont confrontés reste, du début à la fin, le « mystérieux » Teller, un cousin éloigné du général Akbar, capable de télépathie. Il en découle un aventure mollassonne qui manque cruellement d’humour et d’inventivité, mais surtout bouffée par son personnage principal, le docteur.

Alors oui, un nouveau docteur, c’est toujours difficile à accepter, mais Capaldi est un bon acteur donc…blablabla bref. Nous sommes déjà à l’épisode 5, donc faisons comme si la période de transition était passée. Ce nouveau docteur est différents, avec ses qualités et tout ses défauts, on à eu du mal au début (ou pas), mais maintenant passons à autre chose. Un casse c’est avant tout un travail d’équipe. Une bande bien rodée ou chacun à son rôle, sa spécialité (expert en explosif, hacker, pilote etc…). Il faut les meilleurs des meilleurs des meilleurs (avec mention!) pour réaliser une mission aussi risquée. On peut tout a fait concevoir que Time Heist n’a pas le budget alloué a un blockbuster, il est donc compréhensible que la joyeuse bande ne soit réduite à quatre (dont le Docteur et Clara) au lieu de onze, mais franchement développer deux nouveaux personnages correctement en 45 minutes, ce n’est pas la mer à boire.

D’un coté de la table nous avons Psi, humain technologiquement augmenté grâce à son cerveau USB, de l’autre Saibra, mutante métamorphe capable d’imiter parfaitement même l’ADN de n’importe qui par simple toucher. Des capacités très utiles quand on cherche à s’infiltrer quelque part. Deux nouveaux personnages dont les motivation seront assez rapidement expédié et dont on apprendra pas grand chose (d’où viennent ils ? Pourquoi sont il recherchés ? ). Il faut laisser suffisamment de place au docteur pour lancer ses explications alambiquées et ses directives tordues. Du coup, on a l’impression d’un potentiel gâché par la présence imposé du seigneur du temps. Certes c’est lui le héros de la série, mais auparavant les auteurs avait l’intelligence de le faire disparaître des écrans occasionnellement pour développer d’autres pistes (comme dans les épisodes L.I.N.D.A ou Blink). Peut être qu’il aurait mieux valu le laisser en retrait pour cette fois, pour que les autres puissent exister un peu. Bien que leur retour semble confirmé pour la suite, cette première apparition laisse un goût d’inachevée. On se posera également la question de l’utilité de Clara dans cette entreprise, vu qu’elle n’a pas de talents particulier pour le crime.

La bouffée d’air frais apportée par Listen fut donc de bien courte durée. Le prochain épisode s’annonçant comme une resucée de School Reunion (saison 2 épisode 3), on est en droit de craindre le pire quand à l’avenir de la série.

Fiche Technique: Doctor Who

Titre original : Doctor Who
Genre : Aventure, Science fiction
Créateur(s):Steven Moffat (depuis 2008)
Pays d’origine : Royaume-unis
Date : 2005
Chaîne d’origine : BBC
Épisodes : Beaucoup…
Durée : 50 minutes
Statu : en cours
Avec : Peter Capaldi, Jenna Louise Coleman, Samuel Anderson…

Refroidis, un film de Hans Petter Moland : Critique

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Sur le plan culturel, la Scandinavie est devenue une vraie terre propice aux thrillers policiers et autres drames familiaux. La faute à ses auteurs du Nord à l’origine de sagas littéraires sombres, glaciales et fascinantes dont les plus fidèles représentants sont Stieg Larsson (Millénium), Camilla Läckberg (La Princesse des Glaces) ou Henning Mankel (Kurt Wallander).

Synopsis: La Norvège, l’hiver. Nils, conducteur de chasse-neige, tout juste gratifié du titre de citoyen de l’année, apprend le décès de son fils par overdose. Réfutant cette version officielle, il se lance à la recherche des meurtriers, et va se forger une réputation de justicier anonyme dans le milieu de la pègre. Si la vengeance est un plat qui se mange froid, la sienne sera glacée !

Très centré autour du polar, les adaptations de ces ouvrages ont définitivement donné à la Scandinavie l’image d’une région européenne avec ses maux, ses failles et les sombres recoins de son Histoire. Mais cette approche mystérieuse et glaciale de la société scandinave n’empêche pas le film de Hans Petter Moland d’être une œuvre bourrée d’humour noir et d’ironie. Un vrai polar second degré qui a été présenté dans de très nombreux festivals dans le monde. Nominé à Berlin, Seattle, Toulouse et présenté à Strasbourg, Refroidis est reparti avec le Prix du Film International au Festival Fantasia de Montréal mais a surtout remporté le Grand Prix du Festival du Film Policier de Beaune. Rien de moins que le must de l’événement polar en France.

Sang-froid scandinave

Refroidis est un film de vengeance à l’ambiance glaciale qui trouve son efficacité dans un subtil dosage d’humour noir et de cynisme. Tout droit venu de Norvège, le nouveau film de Hans Petter Moland aborde le genre « vigilante movie » avec dérision mais sans toutefois oublier de sa vue le caractère déterminé de son personnage. Le septième long métrage de Hans Petter Moland, ce dernier est un réalisateur norvégien confirmé depuis plus de vingt ans, ne trouvant qu’une certaine notoriété avec les films Zero Kelvin (1995) et Un Chic Type (2010), tous deux déjà avec Stellan Skarsgård. Tout l’intérêt de l’intrigue de Refroidis repose dans ce long jeu de massacre sur les terres hivernales d’une Norvège plus blanche que jamais. Le réalisateur apportant un soin tout particulier à l’image pour représenter à l’écran l’entendue des vastes paysages nordiques enneigés. Chaque plan se déroulant dans une ambiance plus que glaciale, où cette couche de blanc risque à tout moment d’être tâchée par la mort d’un personnage.

Le vigilante movie est abordé non sans dérision, par le biais d’un père meurtri par la mort de son fils qui trouve la force de se venger quelques instants avant de lamentablement se suicider dans un morne garage. Moland effectue un travail réjouissant en réalisant une sorte de parodie cynique de l’Inspecteur Harry, où le metteur en scène aligne les gangsters aux surnoms ridicules, pour certains tirés de Top Gun. Film de dialogues et de personnages, le réalisateur représente à l’écran des individus assez perchés qui trouvent une vraie manière d’exister par le ridicule des situations qui ne fait que s’entasser. Macabre, tordue et givré, Refroidis enchaîne des séquences toutes plus mémorables où chaque mort est un véritable moment tragico-comique, marqué par une croix religieuse à l’écran. Simples d’esprits, imprévisibles ou justes déterminés, qu’il soit un premier ou un second rôle, chaque personnage apporte quelque chose à l’intrigue, rendant l’écriture des personnages extrêmement justes. En ce sens, Refroidis se rapproche esthétiquement et sensiblement de Fargo, la touche scandinave en plus.

Car Hans Petter Moland profite de son film pour délivrer un message sur son pays natal. Satirique sur la mentalité éco-environnementale et sociale de son pays, le propos se fait brut lorsque le réalisateur évoque ces nations étrangères qui arrivent dans un pays dont elles ne connaissent pas grand-chose mais dont elles souhaitent prendre le pouvoir. Pouvoir malfrat dira-t-on avec ces trafics de drogue et d’humains. Un discours qui ne peut finir que dans l’affrontement entre norvégiens et serbes. A la tête de ces deux clans se trouvent chez les norvégiens Pal Sverre Hagen dit « Le Comte » (qui a pensé au Duc de chez les Coen ?) imprévisible et sans arrêt dans l’excès, et Bruno Ganz en serbe vieillissant mais pas dénué de cruauté. Stupidité des hommes désirant sans cesse le pouvoir et le plaisir de dominer. A contrecœur, on reprochera au film de ne jamais surmonter ce décompte mortel qui attend tous ceux qui se mettront en travers du chemin de ce père déterminé. Sans suspense, ni rebondissements, Refroidis se perd cependant dans un étirement de son récit, plutôt dispensable. A trop vouloir magnifier les codes d’une sorte de western polaire, Hans Petter Moland s’embourbe lui-même dans cette fameuse neige norvégienne. Conséquence direct d’un humour qui tombe parfois à plat et d’un rythme qui faiblit à de nombreuses reprises, avant de jouir dans un final intense où l’issue est aussi sanglante que jubilatoire.

Porté par une galerie d’acteurs qui semble jouir d’interpréter de tels personnages et dans laquelle on peut trouver un Stellan Skarsgård aussi déterminé qu’en roue libre, Refroidis est un thriller froid à l’humour macabre comme on les aime. Un Fargo du Nord qui s’amuse avec différents genres. Contemplatif et stylisée, Refroidis nous offre par la même occasion un jeu de massacre complètement givré. Une farce scandinave maîtrisée avec sang-froid par les mains de maître de Hans Petter Moland.

Fiche Technique: Refroidis

Titre originale: Kraftidioten
Norvège
Réalisation: Hans Petter Moland
Scénario: Kim Fupz Aakeson
Interprétation : Stellan Skarsgård (Nils), Bruno Ganz (Papa), Pål Sverre Valheim Hagen (Greven), Jakob Oftebro (Aron Horowitz), Birgitte Hjort Sørensen (Marit), Kristofer Hivju (Strike)
Genre: Action, thriller et comédie
Durée: 116min
Image: Philip Øgaard
Décor: Jørgen Stangebye Larsen
Costume: Sofie Rage Larsen
Montage: Jens Christian Fodstad
Son : Brian Batz, Kaspar Kaae et Kåre Vestrheim
Producteur: Finn Gjerdrum, Stein B. Kvae,  Graum Jorgensen, Charlotte Pedersen, Madeleine Ekman, Jessica Ask, Finn Gjerdrum, Stein B. Kvae, Peter Garde, Erik Poppe, Stellan Skarsgård, Hans Petter Moland
Production: Paradox Produksjon et Film i Väst
Distributeur: Chrysalis Films
Budget : /
Festival: Grand Prix & Prix Spécial Police au Festival international du Film Policier de Beaune 2014, et Compétition Internationale de la Berlinale 2014.

FEFFS – Chronique N°7 du 20 Septembre 2014

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Du court, du palmarès et de l’Ethan Hawke pour conclure ce FEFFS, cru 2014.

La nuit est courte et le réveil est dur. C’est aujourd’hui le Jour J, le dernier jour du festival. Pour conclure en beauté cette fantastique édition du FEFFS, ni plus ni moins qu’une cérémonie de clôture attendue par toutes les équipes de films ET de jeux vidéo en compétition. Sans oublier bien évidemment l’avant-première européenne du dernier film des Frères Spierig. Mais avant ça, ma curiosité de cinéphile et mon intérêt pour la production court métrage me pousse à aller assister à une séance de courts internationaux. Une salle étonnamment bien remplie et plutôt chaleureuse. Un coupon m’est tendu à l’entrée sur lequel il faudra indiquer mon court métrage préféré et le déposer dans un sac à la sortie de la séance. La projection va enfin pouvoir démarrer.

Chers lecteurs, voici la dernière chronique du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS) en exclusivité pour Cineseries-mag.fr

Courts métrages internationaux

  • Ceremony for a friend de Kaveh Ebrahimpour

Mansour a dépassé les limites si bien que ses amis décident de le pendre… Ils se réunissent alors afin de discuter des détails de la cérémonie.

  • Ghost Train de Lee Cronin

Michael et Peter, deux frères, retournent comme tous les ans sur le site de l’ancienne fête foraine où un drame est survenu quand ils étaient enfants. Mais, cette année, Michael revient sur un détail de l’incident qui pourrait bien tout changer.

  • The Landing de Josh Tanner

Un homme retourne sur les terres de la ferme de son enfance afin de découvrir la vérité sur « la chose » qui a atterri cet été de 1960 quand il n’était qu’un petit garçon.

  • Nectar de Lucile Hadzihalilovic

Dans un parc, une chambre ronde. A l’intérieur, des femmes se livrent un rituel parfaitement rodé. La reine livre son nectar. Mais un nouveau cycle se prépare déjà.

  • Rien ne peut t’arrêter de David Hourrègue

Certaines réalités sont inacceptables. Apprendre la mort de l’être aimé dans un couloir d’hôpital en est une. Certains murs sont infranchissables, mais que faire lorsque celui de la fatalité rejoint celui du temps ?

  • Robotics de Jasper Bazuin

John construit son double en espérant obtenir une vie meilleure… mais son robot sera bien plus performant que ce à quoi il s’attendait !

  • Safari de Gerardo Herrero

Ce qui aurait pu être une journée ordinaire dans ce lycée des États-Unis sera tout sauf ça.

  • Shelved de James Cunningham

Même les robots peuvent s’ennuyer dans un emploi sans avenir, jusqu’à ce qu’ils découvrent qu’ils peuvent être remplacés par des humains !

400 courts ont été soumis à l’association avant que le festival ne fasse une sélection drastique. 8 courts métrages mais tous d’une qualité déjà fort appréciable. Aucun ne m’a déçu, c’est dire. Je vais exclusivement parler de The Landing de Josh Tanner qui fût mon favori de la sélection bien que les autres fussent également tous bien, avec des mentions pour le fantastique Ghost Train, l’efficace mais déjà-vu Safari ou le métaphorique Nectar. The Landing nous prend par surprise et montre un pitch de départ déjà vu mille fois dont la plus célèbre représentation trouve son essence dans le Signes de M. Night Shymalan. D’un postulat basique, Josh Tanner en tire un film maîtrisé avec brio, vecteur d’une élégance esthétique formelle et implacable, magnifié par la performance de ces deux interprètes principaux et doté d’un twist final sensationnel. Un vrai beau film où le fantastique n’est pas là où on le trouve. J’aimerais le voir gagner un prix.

Note de la rédaction : ★★★★☆ 

Petit interlude avant de rejoindre mes appartements. Je m’arrête quelques instants à l’Exposition Rétro Gaming et Indie Games, organisée par le FEFFS. Il faut rappeler que le FEFFS, c’est aussi un festival qui propose de découvrir la richesse du monde du jeu vidéo indépendant dans sa dimension essentiellement fantastique. 120 jeux soumis à l’association, 18 seulement sont retenus et à l’arrivée l’Octopix, le prix vidéoludique majeur du festival. Lors de cette exposition, il était possible d’accéder à des phases bêta de jeux vidéo indépendants en cours de développement donc. Et pour les plus rétros, des consoles étaient disséminées dans la salle pour que les festivaliers puissent se détendre sur du Duck Hunt, Street Fighter 2, Pac-Man ou des jeux plus récents comme Call of Duty. Idéal pour les gamers, aussi bien novices que confirmés !

FEFFS – Cérémonie de clôture

Et voici que sonne la fin de cette 7ème édition du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, la cérémonie met du temps à démarrer et une charismatique femme se présente sur la scène pour animer cette clôture. Le palmarès tarde à arriver, Daniel Cohen, le directeur artistique du Festival venant annoncer les chiffres de fréquentations du Festival. On apprend que près de 20 000 spectateurs (deux fois plus que l’an passé) sont venus assister au FEFFS, que plus de 4 000 morts-vivants ont suivi le mouvement de la Zombie Walk et que 2 000 personnes s’étaient rassemblées Place de la Cathédrale pour la projection en plein-air de S.O.S. Fantômes. Tout simplement impressionnant. L’adjoint du maire de la ville de Strasbourg s’avance sur scène et se félicite de ces bons chiffres. L’année prochaine, il entend être encore plus ambitieux et compte bien faire de ce FEFFS, l’évènement majeur du mois de Septembre à Strasbourg.

Après cette salve de bons chiffres et d’auto-congratulations, entrecoupés de remerciements et d’applaudissements du public, on peut désormais passer au palmarès de cette cérémonie qui traîne quelques peu en longueur.

Le Jury Jeux Vidéo s’avance sur la scène et leur discours évoque la production actuelle, la réussite de certains jeux mais aussi les difficultés de créer des jeux originaux qui puissent trouver une vraie vie médiatique. La présentatrice en profite pour se moquer du langage incompréhensible (car technique) des membres du jury, lorsque ces derniers évoquent les campagnes Kickstarster, les versions alpha, bugées et les différentes formes de technologies pour concevoir un jeu. Nouvelle preuve que le jeu vidéo n’est pas encore pleinement considéré comme un art à part, après la polémique Antoine de Caunes. Quoiqu’il en soit, le jury attribue une mention spéciale au jeu Savage – The Shard of Gozen et récompense The Coral Cave de l’Octopix. Des jeux pour lesquels vous pouvez trouver des démos en ligne.

A présent, place aux courts-métrages et ce jury qui s’attarde sur la qualité incroyable des films présentés (avec lequel je suis d’accord). Un des membres nous fait une Isabelle Adjani en se trompant sur le nom d’un film récompensé. Fou rire gêné. Si La Bête de Vladimir Mavounia-Kouka remporte une mention spéciale et que Imposteur de Elie Chapuis reçoit le Prix du Jury dans la catégorie animation, ce sont quatre films qui se démarquent surtout dans la sélection courts. Tout d’abord, Shadow de Lorenzo Recio, honoré du Prix du Jury dans la catégorie Made in France, et que votre chroniqueur avait déjà pu voir au Festival International du Film de Nancy-Lorraine au début du mois. Un film sympathique, réussi mais qui me paraît pourtant inachevé. Une bonne surprise pour ce film qui mérite tout de même un prix. Venu précipitamment de Paris, le réalisateur a même fait l’effort de venir récupérer sa récompense et nous dire quelques mots.

Ceremony for a Friend de Kaveh Ebrahimpour repart avec le Prix du Jury Jeune et une Mention Spéciale du Jury. Fantastique huis-clos aux dialogues piquants de justesse.

Robotics de Jasper Bazuin se voit également attribué deux récompenses. Celui du Prix du Public et du Méliès d’Argent.

Enfin, The Landing de Josh Tanner (que votre chroniqueur a donc adoré) reçoit l’Octopus d’Or. Récompense pleinement mérité pour ce film, pour lequel le jury avoue avoir adoré sa dramaturgie, sa réussite formelle et son écriture sensible.

La cérémonie touche bientôt à sa fin et c’est un Tobe Hooper acclamé jusqu’à la standing ovation qui se présente sur scène pour nous dévoiler le palmarès long-métrage. Accompagné des deux autres membres du jury que sont Xavier Palud et Juan Martínez Moreno.

Gagnant du Narcisse du Meilleur Film au récent Festival international du film fantastique de Neuchâtel (NIFFF), Housebound de Gerard Johnstone repart avec le Prix du Public. Depuis le début du festival, tous les festivaliers s’accordaient sur la réussite et l’humour implacable de ce film d’horreur pas comme les autres. Une création originale venue de Nouvelle Zélande, que j’ai malheureusement manqué. La distributrice française du long métrage, Luminor Films, est venue récupérer le film.

Fabrice du Welz a toujours déclaré son amour pour le film Massacre à la Tronçonneuse de Tobe Hooper. Très symbolique alors que le Jury présidé par ce dernier lui attribue une Mention Spéciale pour son film Alléluia qui propose une nouvelle version viscérale de l’Histoire des Tueurs de la Lune de Miel.

Esthétiquement sobre, froid et très ennuyeux selon certains festivaliers, Amours Cannibales de Manuel Martin Cuenca repart avec le Méliès d’Argent pour un film qui a véritablement charmé les membres du jury. Egalement distribué par Luminor Films, la distributrice du film est venue dire quelques nouveaux mots de remerciements.

Le moment attendu arrive et Tobe Hooper dans une certaine précipitation dévoile le nom du vainqueur de l’Octopus d’Or. Il s’agit de White God de Kornél Mundruczó qui a mis tout le monde d’accord dans le jury. Déjà gagnant à Cannes avec le Prix Un Certain Regard, le film hongrois est arrivé à Strasbourg avec de très bons échos et un statut d’outsider imparable. Une vidéo skype a été réalisée où l’on peut voir le réalisateur remerciait avec fierté l’ensemble du jury et tout le festival pour ce prix qu’il reçoit avec un immense plaisir.

D’un point de vue très personnel, et c’est presque logique qu’il y ait des désaccords, je reste sur ma faim notamment concernant mon coup de cœur qu’a été A Girl Walks Home Alone at Night, complètement oublié du palmarès. Comme dans toute compétition, c’est un palmarès qui fera débattre et animera les discussions ces prochaines semaines lors des rediffusions en compétition. Après une cérémonie tardive, étirée et quelque peu maladroite, la salle de cinéma du Vox se fait tout obscure et la présentatrice dans ces derniers mots nous présente cette avant-première européenne, remerciant le distributeur Sony. 

Predestination

Réalisé par Michael Spierig & Peter Spierig (2014). Sortie annoncée le 01 décembre 2014 en DVD/Blu-Ray. 

Predestination retrace la vie d’un agent temporel spécialisé dans la lutte contre la criminalité, envoyé dans une série complexe d’expéditions spatiotemporelles afin d’assurer à tout jamais la continuité de sa carrière. Pour son ultime mission, l’agent doit s’attaquer au seul criminel qui lui a toujours échappé. 

Après avoir fait dans le gore efficace avec Undead en 2003 puis avoir dirigé Ethan Hawke dans le vampirique, rythmé et intéressant qu’était Daybreakers en 2009, voilà que les Frères Spierig s’éloigne du sang, tout en restant dans un cinéma de genre, celui de la science-fiction où ils retrouvent un Ethan Hawke en très grande forme. Présenté pour la première fois au Festival Fantasia à Montréal où il a été acclamé par le public, Predestination est un film inspiré d’une nouvelle intitulée « All you Zombies » de Robert A.Heinlein, évoquant les paradoxes des voyages dans le temps. Predestination est tout simplement un film incroyable, que certains qualifieront de « complexe » mais qui s’avère plutôt accessible. Disons que tout le film remue les méninges jusqu’à ce moment clé où tout devient limpide. Dans ce sens, un deuxième visionnage s’impose d’emblée tant on souhaite comprendre tous les tenants et aboutissants du scénario, chaque détail à l’écran pouvant être un facteur de compréhension de ce final si marquant. Les deux frangins ont fait un excellent travail sur la mise en scène, bourrée de fluidité et magnifiquement stylisée sans l’être jusqu’à l’excès. Ethan Hawke et Sarah Snook sont incroyablement performants et on ne pouvait pas en attendre moins d’eux, tant la première partie du film est un long mais intéressant dialogue nous permettant de saisir les bases des personnages. Fascinant. Dotés de bons effets spéciaux, Predestination mise davantage sur un rythme de narration, de dialogues, de psychologie que sur un enchaînement de scènes d’action sans enjeux. La relative complexité du scénario nous offre un vrai matériau à la réflexion et je pense pouvoir dire que pour une fois, Hollywood ne s’est pas trop foiré avec une histoire de voyage dans le temps. Le paradoxe est évité et les rebondissements sont nombreux avant ce final sensationnel qui vous laissera l’image d’un film de science-fiction diablement efficace et parfaitement maîtrisé. Bien joué les Spierig ! Seul point noir au tableau, Allociné annonce une sortie en DVD/Blu-Ray plutôt qu’une sortie salle. Une distribution injuste pour un film de science-fiction qui pourrait être promis à un bel avenir s’il était bien distribué. Peut-être que l’enthousiasme des critiques dans les festivals va jouer en sa faveur. Wait and see !

Note de la rédaction : ★★★★☆  

RAPPEL du Palmarès des films de cette septième édition du FEFFS :

LONGS-MÉTRAGES

Octopus d’Or — White God de Kornél Mundruczó

Méliès d’Argent — Amours Cannibales de Manuel Martin Cuenca

Mention Spéciale du Jury — Alleluia de Fabrice du Welz

Prix du Public — Housebound de Gerard Johnstone 

COURTS-MÉTRAGES

Octopus d’Or — The Landing de Josh Tanner

Méliès d’Argent — Robotics de Jasper Bazuin

Mention Spéciale du Jury — Ceremony for a Friend de Kaveh Ebrahimpour

Prix du Public — Robotics de Jasper Bazuin

Prix du Jury Jeune — Ceremony for a Friend de Kaveh Ebrahimpour

Prix du Jury dans la catégorie Made in France — Shadow de Lorenzo Recio

Prix du Jury dans la catégorie Animation — Imposteur de Elie Chapuis

Mention Spéciale dans la catégorie Animation — La Bête de Vladimir Mavounia-Kouka

Le Festival s’achève donc ici. Des reprises sont prévues encore aujourd’hui et dans les semaines à venir dans les cinémas de Strasbourg et de ses environs. Je partirais avec le regret d’avoir loupé une séance de minuit -semble-t-il démente-, celle de Dead Snow 2 : Red vs Dead et d’avoir manqué la projection du Prix du Public, Housebound qui a mis tout le monde d’accord. Je quitte Strasbourg avec d’excellents souvenirs, des rencontres franchement sympathiques notamment avec des membres du réseau social SensCritique que je salue (Saugom & Wake_Up_Donnie), de très bons films vus, des questions-réponses intéressantes avec les équipes de films et surtout des bénévoles qui étaient là, qui ont bossé pour que tout se passe dans les meilleures conditions possibles. Je remercie mon ami Yann et ses deux colocataires qui m’ont hébergé pendant toute la semaine. Je remercie les bonnes tartes flambées alsaciennes et un bar en particulier, l’Académie de la Bière qui m’a accueilli aussi bien après les bons films, que les plus mauvais. Mention au Festival qui m’a donné l’opportunité d’avoir un accès presse pendant toute la semaine. Des remerciements tout particuliers à Chris et Sara de l’équipe pour m’avoir soutenu dans ces chroniques, tout en me laissant une liberté éditoriale totale. C’était une expérience et je compte bien la réitérer. Je remercie tous ceux qui m’ont lu et suivi dans la semaine et j’espère que cela vous a plu et intéressé autant que le Festival m’a plu et intéressé. Merci à vous et bravo au FEFFS. Du plein-air, des projections avant-premières uniques, des films de qualité, une ambiance de festival survoltée, des invités de marque, beaucoup d’humour, c’est ça le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg. Comptez sur nous pour revenir l’an prochain !