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Night Call, un film de Dan Gilroy : Critique

Le cinéma est souvent le reflet de notre société, transposant sur l’écran, ses bons comme ses mauvais côtés, choisissant de les traiter de différentes manières : comédie, drame ou thriller… Mais depuis quelques années, il s’inspire aussi des séries télévisées, devenues un vivier de création originale, grâce à une plus grande liberté d’expression sur les chaînes du câble, comme HBO, AMC ou FX. On a ainsi vu émerger de nombreux personnages : Tony Soprano, Dan Draper, Walter White, Vic MacKey ou Dexter Morgan, des hommes immoraux, pourtant érigés en héros.

Synopsis : Lou Bloom est un journaliste travaillant dans les bas-fonds de Los Angeles. En écoutant les fréquences radios de la police, il parcourt les rues de nuit afin de trouver des images choc qu’il revend ensuite à des chaînes de télévision locales.

Le ver de terre solitaire

C’est dans ce contexte et sous cette influence, que Dan Gilroy réalise et écrit Night Call, un bijou d’humour noir, où l’on retrouve Jake Gyllenhaal, en antihéros, repoussant les limites de la morale. Sa performance est hallucinante, il s’est investi corps et âme, dans ce rôle, allant jusqu’à perdre 9 kilos. Mais pas seulement. Il ne se contente pas de cette perte de poids, il modifie aussi sa façon de s’exprimer, l’adaptant à son personnage de Lou Bloom, sans oublier ce regard vide où brille une lueur malsaine.

Jake Gyllenhaal est un des meilleurs acteurs actuels, il signe probablement la meilleure performance de sa carrière. Il repousse constamment les limites de son talent, depuis le film qui l’a révélé en 2001 : Donnie Darko. Depuis, il ne cesse de briller dans des rôles aussi divers : Jack Twist (le Secret de Brokeback Mountain), Anthony Swofford (Zodiac), l’inspecteur Loki (Prisoners) ou Adam Bell/Anthony St. Claire (Enemy), sous la direction de réalisateurs exigeants Ang Lee, David Fincher et Denis Villeneuve.

Son parcours est presque un sans faute, on lui pardonnera sa participation au Prince of Persia, une tentative ratée dans un film populaire peu ambitieux. Il s’est aussi investi dans la production de Night Call, comme il avait déjà fait auparavant, dans l’excellent End of Watch de David Ayer. Une preuve de plus, de son envie d’être présent aussi bien devant la caméra, mais aussi dans le processus de création. Il ne serait pas étonnant de le voir à la réalisation prochainement.

Dan Gilroy, qui signe ici, sa première réalisation, surprend en étant aussi à l’aise dans les courses poursuites, que dans les scènes intimistes. Alors que l’on pouvait craindre qu’il ne s’attarde trop sur l’esthétique, après un générique de divers plans magnifiques de Los Angeles de nuit. Mais en étant aussi le scénariste, il démontre sa maîtrise, en sachant où il va, nous emmenant dans l’univers malsain de Lou Bloom, le tout sans concessions, que ce soit par le biais de l’image, ou des mots.

Il offre à sa femme Rene Russo, le rôle de Nina Romina, directrice d’une chaîne de télévision locale, d’un cynisme effarant, ne s’intéressant qu’à l’audimat et prête à tous les extrêmes, pour renforcer sa position. Elle va faire de Lou Bloom, son pourvoyeur d’images chocs, de plus en plus sanguinolentes et sensationnelles, pour appâter le spectateur avide de sensations fortes. La relation entre Nina Romina et Lou Bloom est tordue, chacun se nourrissant de l’autre, poussés par leurs ambitions personnelles, jusqu’à ce que la prédatrice froide et calculatrice devienne la proie, prise au piège par sa propre perversité.

Lou Bloom est un produit de notre société actuelle. Même si on ne sait rien de lui (absence de vie sociale et familiale), on découvre au travers de son quotidien, un homme qui a fait son éducation par le biais d’internet. Un voyou de petite envergure, sans emploi, mais avec un plan de carrière bien défini, son principal moteur. La découverte par hasard de ces journalistes de l’extrême, lui permet de trouver sa voie. Son manque d’empathie, sied à ce travail. Un sociopathe qui ne pouvait que trouver son bonheur, dans les rues chaudes et violentes de Los Angeles.

Il prend Rick (Riz Ahmed) sous son aile, profitant de la crise actuelle, pour lui offrir un poste de stagiaire. Il ne fait que recréer les schémas auxquels il a été confronté dans sa recherche d’emploi. Comme avec Nina Romina, il retourne la situation à son avantage, faisant preuve d’un instinct de survie, compensant son manque d’intelligence. Il débite ce qu’il a appris sur internet ou à la télévision, tel un robot, sans recul ni réflexion, accentuant encore plus son manque d’humanité. Il met en scène sa vie et va en faire de même pour ses reportages, où la déontologie est un mot qui n’a pas de sens pour lui, tout comme pour Nina Romina.

Night Fall est un film amoral, une critique corrosive des médias et du journalisme sensationnel, donnant au public de plus en plus d’images chocs et morbides, continuant d’abaisser le niveau d’exigence du téléspectateur, abreuvant une société malade, nourrie de télé-réalité, portant aux nues des personnalités sans talents, comme Kim Kardashian, Paris Hilton ou Nabilla Benattia…
Portrait sans concession d’un homme dénué de moral, digne descendant des Travis Bickle (Taxi Driver) et Patrick Bateman (American Psycho), eux-mêmes interprétés par des acteurs de talent, sachant adapter leurs physiques à leurs rôles, en l’occurrence Robert De Niro et Christian Bale. Lou Bloom va surement entrer au panthéon des personnages les plus malsains du cinéma, confirmant notre attirance envers le côté obscur de la société, simple reflet de nos névroses et perversions.

Fiche technique: Night Call

Night Crawler
USA – 2014
Réalisation : Dan Gilroy
Scénario : Dan Gilroy
Distribution : Jake Gyllenhaal, Bill Paxton, Rene Russo, Ann Cusack, Eric Lange, Riz Ahmed, Kevin Rahm, Kathleen York
Photographie : Robert Elswit
Montage : John Gilroy
Musique : James Newton Howard
Production : Jennifer Fox, Jake Gyllenhaal, Tony Gilroy, David Lancaster et Michel Litvak
Société de production : Bold Films
Sociétés de distribution : Open Road Films et Paramount Pictures France
Genre : Policier, Thriller
Durée : 117mn
Date de sortie française : 26 Novembre 2014

Auteur : Laurent Wu

 

A Cappella, un film de Lee Sun-Ji – Critique

Pour sa première réalisation, Lee Su-Jin se base sur un fait divers ayant retenu son attention dans les journaux, celui de cette jeune fille ayant été obligée de tout laisser derrière elle pour échapper aux accusations des parents de ses violeurs.

Synopsis : Han Gong-ju, une jeune lycéenne, est contrainte de changer d’établissement scolaire et d’emménager, pour un temps, chez la mère d’un de ses professeurs, tandis qu’une enquête policière suit son cours dans son quartier d’origine. N’ayant en apparence rien à se reprocher, Gong-ju pourra-t-elle échapper à son passé ?

Requiem for a teen

Le film est précédé d’un court message du réalisateur s’adressant à son public Français, tel qu’il a été présenté lors du festival de Deauville. Il demande au spectateur de ne pas prendre parti et de venir vierge de tout préjugé face à cette histoire. En réalité, le simple résumé suffit peut-être à influencer, puisque le mystère qui entoure son héroïne se voit immédiatement élucidé. Tant pis, car cette révélation n’influe finalement pas sur l’ambiance qui émane de la pellicule.

Pulp Reality

A Cappella débute, comme il est de coutume, in media res, c’est à dire au milieu des choses. La jeune Han Gon-ju est donc obligée de changer de lycée en cours d’année, fuyant un passé dont le spectateur ne sait pour le moment rien (si tant est qu’il n’ai pas lu le résumé, donc). Rien de très original, et le film déroule une structure tout ce qu’il y a de plus classique, intercalant l’histoire principale avec des flash-backs censés lever le voile sur le passé de la jeune fille. Une façon de faire déjà vu cent fois, certes, mais que Su-Jin parvient à maîtriser suffisamment pour malgré tout créer la confusion dans l’esprit du spectateur. Ses scènes du passé sont en effet introduites de manière subtile, au point qu’elles peuvent même désarçonner, dans un premier temps.

Mais, une fois les détails différenciant les deux timeline intégrées, A Cappella poursuit sa trame, sans chercher à se distinguer des autres films de genre autrement que par sa réalisation. Pas de pathos, pas de sentiments larmoyants exprimés à grands coups de violons, on est ici dans la simplicité et le réalisme. Dans la tendresse, aussi, pour la pauvre Han Gon-Ju, qui tente désespérément de refaire sa vie, dissimulant à ses camarades les raisons de sa fuite, et tentant de se reconstruire. Su-Jin nous dresse le portrait d’une écolière comme les autres, condamnée à fuir pour un crime qu’elle n’a pas commis, et qui hésite désormais à garder des relations normales avec les autres.

Réalité douce-amère

Car le monde dans lequel elle évolue est dépeint sans concessions, d’une manière brutale et frontale qui contraste avec la manière sensible et douce dont le film est mis en scène. Les scènes de violence quotidienne y sont d’autant plus marquantes qu’elles sont terriblement crues, et souvent inattendues. La scène de viol collectif est ainsi particulièrement glauque, et tristement réaliste. Cette montée dans l’horreur fait écho à la pénible reconstruction de son héroïne, donnant ainsi encore plus d’impact au dernier quart du film, qui bascule définitivement dans le sordide alors que les masques tombent et qu’apparaissent enfin tous les enjeux scénaristiques.

Loin des productions horrifiques classiques venues de Corée signées par des réalisateurs comme Park Chan-Woo ou Bong Joon-Ho, A Cappella glace presque encore plus le sang par sa façon de dépeindre un fait divers qui semble presque banal. La tendresse et la douceur avec lesquelles il filme ses événements contrastent brutalement avec leur froid réalisme, et risquent de choquer plus d’un spectateur. Un film terrible mais nécessaire, envoûtant et glaçant.

A Cappella – Fiche Technique

Corée du Sud – 2014
Drame
Réalisateur : Lee Su-Jin
Scénariste : Lee Su-Jin
Distribution : Choon Woo-Hee (Han Gong-Ju), Jung In-Sun (Eun-hee), Lee Young-Ran (Madame Lee), Kim So-Young (Hwa-Ok), Kimchoi Yong-Joon (Dong-Yoon)
Producteurs : Jung Hwan Kim, Lee Su-Jin
Directeur de la photographie : Hong Jae-Sik
Compositeur : Kim Tae-Sung
Monteur : Choi Hyun-Sook
Production : Vill Lee Film
Distributeur : Dissidenz Films

Auteur de l’article : Mikael Yung

Blanc comme neige, un film de Christophe Blanc : Critique

En France comme en Belgique, certains comédiens titillent toujours l’intérêt du spectateur, et ce quelque soit le film dans lequel ils participent. Alors, quand un réalisateur décide de réunir certains de ces acteurs issus de ces deux nations, les yeux du public ne peuvent qu’être rivés que sur ce projet. D’autant plus qu’il s’agit-là d’un thriller, genre dans lequel le cinéma français arrive encore à proposer quelques titres vraiment divertissants et/ou soignés, bien loin des codes hollywoodiens. Oui, Blanc comme neige était de ces films, ceux qui suscitent un certain engouement. C’est pour cela que le constat post-visionnage se montre aussi glacial que la neige…

Synopsis : Maxime a tout pour être heureux : gérant d’une concession florissante de voitures de luxe, il est marié à une magnifique jeune femme et mène la belle vie dans une villa. Mais tout va basculer pour ce patron intègre le jour où son collaborateur, Simon, trouve la mort. Ce dernier était à la tête d’un traffic de véhicules hauts de gamme avec la mafia finlandaise sans pour autant leur rendre des comptes. Ainsi, les truands se retournent vers Maxime, en espérant récupérer l’argent que leur devait Simon. Pour se sortir de ce mauvais pas, Maxime fait appel à ses frères Grégoire et Abel. Mais leur intervention vire au fiasco, plongeant la vie de Maxime et de sa famille dans une situation de plus en plus inextricable…

Un blanc bien terne

Sur le papier, Blanc comme neige avait de quoi faire, notamment de par son casting plutôt impressionnant, qui regroupe les meilleurs du cinéma français et belge. À savoir l’incontournable François Cluzet, la délicieuse Louise Bourgoin et les excellents Olivier Gourmet et Bouli Lanners. Des comédiens qui interprètent leur personnage respectif avec suffisamment de conviction pour leur donner vie et nous permettre de s’attacher à eux au fil de leurs péripéties. Ensuite, du côté du scénario, Blanc comme neige, en plus de promettre une enquête palpitante à suivre, propose tout un lot de moments intimistes et psychologiques, afin de mettre en valeur les différents protagonistes. Leurs motivations, leurs enjeux. De quoi nous offrir quelque chose à nous mettre sous la dent !

Pourtant, après avoir vu Blanc comme neige, un sentiment de frustration risque de vous envahir. Principalement à cause de ce scénario qui, malgré l’intention de creuser les personnages, a été négligé au possible. À tel point que le film se retrouve bourré d’incohérences et d’invraisemblances. Les exemples sont nombreux : les seuls accents que vous entendrez sont belges ou bien finlandais (ce dernier se révélant être incompréhensible quand les comédiens parlent en Français), alors que l’histoire se déroule à Marseille. Où est l’accent du Sud ? D’ailleurs, jamais les décors du film (hormis une somptueuse villa et quelques palmiers au début du film) nous donnent l’impression d’être au bord de la Méditerranée pour la simple et bonne raison que le tournage s’est fait en Belgique, pays bien loin du charme de la Côte d’Azur. Malheureusement, cela se voit…

Mais surtout, Blanc comme neige pousse bien trop souvent le bouchon du n’importe quoi à l’extrême. Il suffit de lire le script pour se rendre compte de la situation : un homme décide de régler cette affaire lui-même, avec ses frères, car prévenir la police pourrait faire chavirer son existence et celle de sa famille. Pourquoi ? Tout bonnement parce que l’homme qui l’a mis dans cette situation était son associé. Ce qui veut dire, selon le film, qu’il est lié à ses problèmes même s’il les ignore. Et que si les flics découvrent quoique ce soit sur son associé, notre héros trinque aussi. C’est totalement absurde ! Le personnage de Maxime pourrait tout aussi bien aller voir les policiers que l’affaire se terminerait normalement, lui qui n’a rien à se reprocher. Le fait que son associé ait fait quelques magouilles dans son dos ne lie pas forcément le personnage principal. Du coup, Blanc comme neige se révèle être un film qui prend son temps (et pas qu’un peu) pour rien. Pour une histoire à dormir debout qui n’aurait jamais eu lieu avec des personnes censées. Un constat qui explique pourquoi le spectateur, malgré les comédiens et quelques atouts scénaristiques, se détache très rapidement du film.

Blanc comme neige propose toute une séquence d’action (une fusillade) montée de manière brouillonne (les événements semblent se précipiter), des moments intimistes qui gâchent le rythme et le réalisme, une musique qui en fait trop, un final sans queue ni tête et des longueurs non justifiées, il est préférable de passer son chemin plutôt que de s’attarder devant ce thriller décevant. Vraiment dommage, vu les atouts que le film avait en poches. Alors que la durée de ce dernier ne fait qu’une heure et demie, le visionnage a semblé bien long…

Fiche technique – Blanc comme neige

France, Belgique – 2010
Réalisation : Christophe Blanc
Scénario : Christophe Blanc, Roger Bohbot et Béryl Peillard
Interprétation : François Cluzet (Maxime), Olivier Gourmet (Grégoire), Jonathan Zaccaï (Abel), Louise Bourgoin (Michèle), Pertti Koivula (Matti), Bouli Lanners (Simon), Ikka Koivula (Jukka), Kai Lehtinen (Markku)…
Date de sortie : 17 mars 2010
Durée : 1h35
Genre : Thriller
Image : Laurent Brunet
Décors : François Girard
Costumes : Catherine Rigault
Montage : Guy Lecorne
Musique : Krishna Levy
Budget : 6,5 M€
Producteurs : Bertrand Gore et Marin Karmitz
Productions : MK2 Productions, Need Prods et Blue Monday Productions
Distributeur : MK2 Diffusion

Web série Camweb : Entretien avec Isabelle Joly et Aglaé Dufresne

Rencontre avec Isabelle Joly et Aglaé Dufresne

Isabelle Joly et Aglaé Dufresne sont les auteures, réalisatrices et actrices de la web série Camweb, lancée en 2012 et qui compte aujourd’hui trois saisons. Produites par la société de production ExNihilo, en partenariat avec Dailymotion et le magasine Causette, Camweb met en scène deux jeunes femmes connectées d’aujourd’hui, qui « cherchent sur internet des réponses à leurs questions existentielles ».

Filmée façon webcam, sans fard et sans effets, Camweb réussit à convaincre par sa simplicité : tout son attrait réside dans la subtilité des dialogues entre ces deux amies aux caractères marqués, le cynisme de l’une venant répondre à la naïveté de l’autre. L’internaute devient ainsi l’observateur privilégié de leurs réactions face au meilleur comme au pire d’internet. Isabelle et Aglaé nous racontent leur parcours avant, pendant, et après Camweb.

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Isabelle Joly et Aglaé Dufresne – Photo : Olivier Jeanne Rose
  • Comment Camweb est-elle née ?

 » Nous nous sommes rencontrées dans une Ecole de Théâtre, nous avions 20 ans.  En mars 2012, alors qu’Aglaé surfait sur un site de rencontres sur mon ordinateur, je l’ai filmée à son insu avec ma webcam. Quand je lui ai montré le résultat, nous avons tellement ri que nous avons décidé d’écrire un sketch reposant sur cette idée : deux filles devant leur ordinateur filmées à leur insu par leur webcam. Nous avons posté la vidéo : Love@2012 sur Dailymotion, et nous avons été tout de suite repérées par le magazine Causette.  La saison 2 a été produite par Arnaud Colinart chez ExNihilo, avec le partenariat de Causette et Dailymotion, et pour la saison 3, nous avons bénéficié du soutien de France télévisions dans le cadre des « Nouvelles Écritures. » 

  • Vous êtes filmées via webcam : pourquoi ce choix d’une caméra fixe de face ?

 » La caméra utilisée pour nos vidéos n’est pas une webcam, mais une petite Panasonic.  Nous avons choisi cette configuration (plan fixe et serré)  pour donner un côté réaliste à la série. Nous voulions créer l’effet « prises sur le vif ».  Au fur et à mesure, nous nous sommes rendu compte que cette contrainte permettait une grande liberté : le fond prend le pas sur la forme. Notre travail technique repose essentiellement sur le rythme que l’on trouve lors du montage. »

  • Camweb nous montre deux nanas en quête de réponses sur le web. L’une est plutôt cynique, l’autre un peu naïve : des personnages qui vous ressemblent ?

« Oui, tout à fait : nous caricaturons ce que nous sommes dans la vie. Même si nous ne sommes pas, Isabelle aussi cynique, et Aglaé aussi naïve, que dans la série. »

  • Camweb est-elle une ode ou une critique du tout et n’importe quoi qu’on peut trouver/faire sur le web ?

« Il s’agit essentiellement d’une critique et de ce que l’utilisation abusive d’internet peut développer en nous comme défauts : jalousie, passivité, narcissisme… »

  • Quelle est la signification de l’affiche de fond ? A bout de souffle de Godard n’est certainement pas là par hasard…

« Si c’est un hasard ! Nous avons tourné les trois saisons dans mon salon (Isabelle) et cette affiche fait partie de la déco. Mais nous sommes curieuses d’entendre votre interprétation sur la signification de cette affiche ! »

  • Dans un autre entretien accordé à Cineseries-mag, la web série humoristique Le Meufisme refusait l’étiquette féministe. De nombreux épisodes de Camweb sont eux aussi centrés sur les clichés sexistes, les relations hommes/femmes et les définitions de genre. Alors, féministes ou pas ?

« Nous pourrions reformuler votre question : pensez-vous que les hommes et les femmes devraient naître libres et égaux en droit ? Oui nous le pensons. En cela, nous sommes féministes. Même si en France nous avons la chance de bénéficier de nombreux acquis (contraception, avortement, divorce…) ce n’est pas le cas dans de nombreux pays, et même en France des progrès restent à faire (représentation à l’assemblée, salaire égal pour travail égal…). Les gens commencent à avoir moins peur du mot « féministe »  et c’est une avancée. Par contre, dans nos vidéos, nous n’avons pas le sentiment d’être dans une forme de militantisme féministe, nous nous mettons en scène, en parlant librement de sujets qui nous tiennent à cœur : mecs, travail, logement…   Quand on a commencé, il y avait encore peu de podcasteuses  filles, et notre liberté de ton en tant que filles surprenait, c’est pourquoi on nous a qualifiées de « féministes ».  Le jour où on ne sera plus surpris de voir des femmes parler librement sur le web, un progrès aura été fait. Le jour où on posera la même question du féminisme aux hommes, un grand progrès aura été fait ! »

  • Camweb vous a-t-elle ouvert des portes ?

« Oui, nous avons été contactées par le Livre de Poche et notre premier livre va paraître le 4 février prochain. »

  • Quel est l’avantage, selon vous, de la web série ?

 » La web série permet à tout le monde de se lancer. Nous n’avons eu besoin de l’accord de personne pour démarrer Camweb, le public nous a suivies, et la production s’est greffée par la suite, en voyant le succès de nos vidéos.  C’est une nouvelle économie, de nos jours beaucoup de chaînes de télévision repèrent sur Internet les programmes qu’elles diffuseront demain. Le piège de cette fabuleuse démocratisation, c’est la politique du buzz : une paire de seins fait 6 millions de vues quand « Amsterdam » de Brel » ne fait que 9000 vues…  Du coup, il faut savoir relativiser le succès d’internet… »

Merci à Isabelle et Aglaé pour cet entretien !

La troisième saison de Camweb débutée en février dernier s’est terminée début septembre. La web série a notamment été sélectionnée au Swiss Web Program Festival dans la catégorie Humour.

CAMWEB 3X04 – MAUVAIS GENRE

Camweb est produite par Arnaud Colinard de la société de production ExNihilo, réalisée, écrite et jouée par Isabelle Joly et Aglaé Dufresne. Elle est diffusée sur le site Studio 4, en partenariat avec Dailymotion et le magazine Causette.

Page Facebook de Camweb

 

Nocturna, la nuit magique : un film de Victor Maldonado et Adrià Garcia – Critique

Quand nous parlons de films indépendants, cela touche également le domaine de l’animation. Et pour cause, ce genre cinématographique possède également ses grosses productions (Pixar, DreamWorks, Blue Sky…) et ses petits titres qui sortent du lot, ayant pour but d’émerveiller les enfants tout en devant faire face à la concurrence monstre des blockbusters. Nocturna est de ceux-là. Un long-métrage franco-espagnol sorti dans la plus grande indifférence (seulement plus de 173 000 entrées en France et pas de sortie américaine) qui, pourtant, a eu un beau succès lors de certains festivals (dont le Prix Goya du meilleur film d’animation en 2008). Un oublié du grand public, non sans défauts, mais qui peut rivaliser sans mal avec des Shrek et autres Toy Story.

Synopsis : Tim est un petit garçon qui vit dans un orphelinat, reclus des autres enfants à cause de sa peur pour le noir. Une nuit, remarquant la disparition de quelques étoiles alors qu’il regardait le ciel sur le toit du bâtiment, il fait la rencontre de Chat-man, un étrange personnage qui va lui faire découvrir l’univers de Nocturna. Un monde magique aussi incroyable qu’insoupçonné qui prend vie quand tout le monde dort. Mais qui se retrouve menacée par une terrifiante et mystérieuse ombre qui s’est mis en tête d’éteindre toute lumière qui sévit dans le noir…

Une imagination débordante qui reste dans l’ombre de Miyazaki

La première chose qui va vous toucher avec Nocturna, c’est son histoire. Un scénario totalement original, qui dépeint l’univers de la nuit avec une inventivité des plus bluffantes. Tout en s’inspirant des divers récits créés par Tim Burton et Hayao Miyazaki, les réalisateurs/scénaristes suivent le parcours d’un garçonnet qui va découvrir que les chats sont des animaux qui errent la nuit dans le seul but de faire dormir les enfants. Que de drôles de créatures, de manière symphonique, usent du vent, des branches contre les volets et du grincement des gouttières afin de donner vie à la nuit. Qu’une sorte de farfadet farceur est à l’origine des « petites fuites au lit ». Que des Ébouriffeuses, le penchant féminin d’Edward aux mains d’argent, travaillent durs pour vous offrir vos tignasses du matin. Des exemples, le long-métrage en regorge, mais ça serait gâcher la surprise devant tant d’imagination ! Un univers récréatif qui n’oublie pas de donner une petite leçon de vie à tous les jeunes spectateurs.

Hormis des personnages secondaires mis de côté assez facilement et une fin gentillette prévisible au possible, Nocturna est avant tout un message pour tout ceux pour qui le noir, l’obscurité, fondent leur plus grande peur. Transmis par la quête du personnage principal, Tim, qui doit affronter une ombre terrifiante (et qui fera sans doute peur aux plus jeunes d’entre vous) qui plonge la nuit dans le noir le plus total (extinction des lumières et des étoiles). Nocturna, c’est une assurance. Celle qu’avoir peur du noir est un sentiment absurde tant la nuit regorge de vie et de charme. Que c’est la peur elle-même qui lui donne cette image angoissante qui lui est adressée injustement. Bref, Nocturna ne se présente pas au public telle une coquille vide qui ne compte que sur son visuel, mais plutôt comme une œuvre qui veut titiller l’attention des jeunes par ce qu’elle a à dire.

L’’animation, justement : loin des prouesses faites en informatique qui règnent désormais sur le cinéma d’animation, Nocturna conserve le charme et la beauté du design en 2D tout en se rapprochant des plus grands films de Miyazaki. À tel point que ce long-métrage pourrait très bien figurer dans la filmographie de cet auteur d’exception, aussi bien du côté de l’animation que de l’ambiance musicale. Que ce soit au niveau visuel ou sonore, Nocturna vous emportera à coup sûr, que vous soyez petits ou grands !

Cependant, le film est encore loin d’arriver à la cheville des œuvres de Miyazaki : Nocturna manque cruellement de féerie. Alors qu’un tel univers, de tels personnages et une telle poésie nécessitent sans concession une ambiance enchanteresse, il est frustrant de ne pas être bien plus emporté que cela par des moments pourtant touchants. Une atmosphère qui semble faire du surplace alors que le visuel rayonne de magie. Le doublage participe également à cette petite déception. Si des doubleurs professionnels s’en sortent comme à l’accoutumée (Roger Carel, Philippe Peythieu…), d’autres n’ont pas suffisamment de punch pour donner vie à leur personnage (l’animateur télé Jean-Luc Reichmann), n’étant tout simplement pas habitués à ce genre d’exercice et donnant une voix plutôt monotone aux protagonistes concernés. Avec une ambiance et un doublage qui ne débordent que trop rarement, voire jamais, d’énergie et de merveilleux, Nocturna ne déploie pas entièrement ses ailes, ce qui peut expliquer son manque d’engouement face aux œuvres de Miyazaki.

Qu’à cela ne tienne ! Nocturna a beau ne pas être parfait, il reste cependant bien meilleur que certaines grosses productions américaines, qui s’écroulent également sous le concept « assassin » des suites et autres spin-offs. Le cinéma d’animation possède également ses titres qui sortent de nulle part et qui demandent qu’on y jette un coup d’œil. Nocturna est sans conteste un long-métrage qui mérite toute notre attention, à défaut d’être un petit bijou, alors qu’il en avait toutes les capacités.

Nocturna, la nuit magique – Bande-annonce

Fiche technique – Nocturna, la nuit magique

France, Espagne – 2007
Réalisation : Victor Maldonado et Adrià Garcia
Scénario : Victor Maldonado, Adrià Garcia et Teresa Vilardell
Doublage : Jean-Luc Reichmann (Chat-man), Hélène Bizot (Tim/l’Étoile polaire), Philippe Peythieu (Murray), Roger Carel (Moka), Évelyne Grandjean (une Ébouriffeuse), Catherine Cerda (une Ébouriffeuse), Florence Dumortier (une Ébouriffeuse), Hervé Caradec (l’informateur)…
Date de sortie : 24 octobre 2007
Durée : 1h20
Genre : Film d’animation
Directeurs artistiques : Victor Maldonado et Adrià Garcia
Animation : Alfredo Torres
Montage : Félix Bueno
Musique : Nicolas Errèra
Budget : 7,96 M€
Producteurs : Philippe Garell et Julio Fernández
Productions : Filmax, Animakids Productions et Castelao Producciones
Distributeur : Gebeka Films

Sécurité rapprochée, un film de Daniel Espinosa : Critique

Synopsis : Tobin Frost est un ancien agent de la CIA, reconverti dans les activités criminelles, qui vient d’entrer en possession de documents compromettants, ce qui une bande de tueurs à le pourchasser. Réfugié alors au consulat américain du Cap, la CIA cherche à l’exfiltrer en le mettant sous surveillance. Mais pendant sa garde, les tueurs frappent à nouveau, obligeant le seul survivant, Matt Weston, à prendre son prisonnier sous sa protection en attendant que les renforts viennent lui prêter main forte…

Denzel Washington en solo dans un semblant de buddy movie

L’ayant remarqué avec son long-métrage Easy Money (sorti en 2011 chez nous), les producteurs hollywoodiens ont offert au réalisateur suédois (d’origine chilienne) Daniel Espinosa l’occasion de s’occuper d’un projet d’une plus grande envergure, qui lui permettrait de se faire connaître auprès d’un public beaucoup plus large (et, pour eux, de s’en mettre plein les poches). Sécurité rapprochée (Safe House en VO) avait de quoi se montrer bien plus imposant pour le cinéaste : un budget dépassant les 80 millions de dollars et des têtes d’affiche de renommée comme Denzel Washington et Ryan Reynolds. Malheureusement, ces dernières années, le cinéma d’action américain nous a montré à plusieurs reprises qu’un bon réalisateur pouvait s’effacer derrière un produit hollywoodien. Et Daniel Espinosa en fait partie…

En y regardant bien (que ce soit synopsis et bandes-annonces), Sécurité rapprochée à tout d’un buddy movie tout ce qu’il y a de plus classique : deux héros que tout oppose et qui doivent néanmoins faire équipe pour survivre, des belles gueules du cinéma hollywoodien pour les incarner, de l’action à gogo et de l’adrénaline à très forte dose… tout ce qu’il faut pour passer un agréable moment, comme tout bon divertissement musclé qui se respecte. Mais malgré ces airs-là, Sécurité rapprochée a bien du mal à porter cette étiquette. D’une part, un buddy movie se doit d’arborer un second degré nécessaire pour rendre attachant son duo principal (il n’y a qu’à voir 48 Heures et surtout L’Arme Fatale). Ici, aucun aspect comique, aucune vanne… le néant total de ce côté-ci du scénario, qui se prend bien trop au sérieux et rend ainsi chacune des transitions entre scènes d’action (en gros, les moments plus intimes ou de purs blablas), plutôt longue voire ennuyeuse. De l’autre, le tandem du film n’a pas le charme de Mel Gibson/Danny Glover et autres Eddie Murphy/Nick Nolte. La faute au choix de Ryan Reynolds, un beau gosse que l’on verrait bien plus dans une pub de parfum (ce qui a été le cas) plutôt que dans un film, le bonhomme n’ayant juste aucun talent d’acteur, si ce n’est de rester aussi inexpressif qu’une huître (Green Lantern donnait déjà le ton). Avec un comédien de cet acabit face au monstre qu’est Denzel Washington, une célébrité qui illumine l’écran rien que par sa présence, ce buddy movie ne peut fonctionner.

D’ailleurs, Washington se montre être le seul attrait de ce film, alors qu’il n’est même pas au top de sa forme comparé à d’autres longs-métrages du même genre. Mais son jeu et sa présence suffisent amplement pour s’intéresser à son mystérieux personnage, pour se préoccuper de son sort du début du film jusqu’au générique de fin, pour avoir un coup au cœur quand le dénouement pointe le bout de son nez. Même en mode minimaliste, il arrive à rendre un scénario bateau et archi-vu, sympathique à suivre.  Mais même son aura ne parvient pas à faire oublier tout le côté cliché et prévisible de l’ensemble, ni le peu d’importance des personnages secondaires pourtant incarnés par de grands noms (Vera Farmiga, Brendan Gleeson, Sam Shepard…), qui font juste office d’alliés ou d’ennemis.

Face à une trame balisée au possible et un duo d’acteur franchement inégal, le réalisateur Daniel Espinosa arrive néanmoins à rendre Sécurité rapprochée aussi divertissant et sympathique que la moyenne. Cela, le film le doit à sa mise en scène, plutôt nerveuse, qui nous offre des séquences d’action (courses-poursuites, fusillades, bastons…) efficaces. Ces dernières ne sont sans doute pas aussi nombreuses qu’espérées, mais au moins, elles justifient pleinement le temps d’un visionnage. De plus, le cinéaste se permet, par moment, d’offrir certains plans qui, comme ça, n’ont l’air de rien, mais qui apportent une beauté visuelle inattendue via les décors de l’Afrique du Sud (notamment cette vue d’hélicoptère, où une route sépare deux types de terrain).

Sécurité rapprochée n’a pas l’envergure d’un film d’action hollywoodien mémorable, ni celle d’un navet à gros budget qui aurait tout aussi bien pu sortir directement dans les bacs sans passer par la case cinéma. Non, Sécurité rapprochée est juste un divertissement banal, pile dans la moyenne de ce que les studios américains peuvent aujourd’hui nous livrer, et qui peut compter sur la présence de Denzel Washington pour lui donner un soupçon d’intérêt. Quant à Daniel Espinosa, il ne reste plus qu’à espérer pour lui qu’il prenne plus de risques pour dévoiler son talent certain sur un futur projet.

Sécurité rapprochée : Bande-annonce

Fiche technique – Sécurité rapprochée

Titre original: Safe House
États-Unis – 2012
Réalisation : Daniel Espinosa
Scénario : David Guggenheim
Interprétation : Denzel Washington (Tobin Frost), Ryan Reynolds (Matt Weston), Vera Farmiga (Catherine Linklater), Brendan Gleeson (David Barlow), Sam Shepard (Harlan Whitford), Rubén Blades (Carlos Villar), Nora Arnezeder (Ana Moreau), Robert Patrick (Daniel Kiefer)…
Date de sortie : 22 février 2012
Durée : 1h57
Genres : Action, thriller
Image : Oliver Wood
Décors : Brigitte Broch
Costumes : Susan Matheson
Montage : Richard Pearson
Musique : Ramin Djawadi
Budget : 85 M$
Producteur : Scott Stuber
Productions : Universal Pictures, Relativity Media, Stuber Productions, Intrepid Pictures et Moonlighting Films
Distributeur : Universal Pictures Internationale France

Les Garçons et Guillaume, à table !, un film de Guillaume Gallienne : Critique

Les Garçons et Guillaume, à table !, une savoureuse alliance entre théâtre et cinéma

Synopsis : Lorsqu’il était jeune, le comédien Guillaume Gallienne était persuadé d’être une fille. Une certitude qu’il notamment établit avec les propos de sa mère, qui lançait des phrases du genre : « Les garçons et Guillaume, à table ! ». D’ailleurs, il arrivait au comédien de l’imiter à tout bout de champ, étant en admiration devant cette femme. Bref, Gallienne possédait un côté efféminé qui le faisait passer par un homosexuel chez ses proches. Retour donc sur le passé de ce sociétaire de la Comédie Française, dont le parcours n’a été fait que de découvertes et de malentendus…

Bien que certaines adaptions de pièces de théâtre (La Cage aux Folles, Le Père Noël est une ordure, Le Dîner de Cons, Le Prénom) ou de spectacles comiques (Bienvenue chez les Ch’tis) ont été de véritables succès sur le plan critique et commercial, la question suivante peut être posée : où est l’intérêt de transposer sur grand écran le genre théâtral, si ce n’est que de rajouter des éléments spatio-temporels impossibles à bien représenter sur les planches ? Une interrogation qui est évidemment venue à l’esprit lors de l’annonce de la première réalisation de Guillaume Gallienne, qui adapte ici son propre one-man-show : que peut bien faire ce sociétaire de la Comédie Française si ce n’est raconter une nouvelle fois ce qui a déjà été dit dans son spectacle ? Un questionnement qui trouve enfin une réponse avec Les Garçons et Guillaume, à table !, de la manière la plus travaillée et complexe qui soit !

Pour ceux qui ne connaîtraient pas le spectacle en question, Guillaume Gallienne y raconte un pan de sa vie. Plus particulièrement de sa jeunesse, lorsqu’il était persuadé être une fille à cause de sa faiblesse physique, de ses manières et des propos que lui adressait sa mère, une femme qu’il admirait (et admire toujours) par-dessus tout au point de l’imiter sans cesse. De quoi provoquer le doutes auprès ses proches, qui, du coup, l’ont toujours vu comme un homosexuel. Un récit autobiographique, bien entendu enjolivé par quelques sauts humoristiques inventés pour l’occasion et qui permettent aux spectateurs de passer un agréable moment. Et les exemples sont nombreux : le coup où Guillaume apprend la danse espagnole, le passage en thalassothérapie… Le tout accompagné par des répliques aux petits oignons qui font mouche, notamment quand celles-ci proviennent de la mère du personnage principal. Sans oublier les moments plus intimes (un peu trop présents et provoquant quelques longueurs, soit dit en passant), afin que le film ne se perde pas dans une surdose de gags et propose un peu d’humanité pour toucher l’assistance. Voilà ce qu’est Les Garçons et Guillaume, à table !, que ce soit le spectacle ou bien le film. Qu’apporte donc ce dernier, finalement ?

Il dévoile l’immense talent d’acteur de Guillaume Gallienne. Pour le moment abonné aux rôles secondaires dans des films à tendance comique (Jet Set, Fanfan la Tulipe, Narco, Astérix et Obélix : Au service de Sa Majesté… même Benjamin Gates et le Livre des Secrets !), sa première réalisation lui permet enfin d’éclater au grand jour. De montrer, en jouant son propre rôle mais également celui de sa mère, qu’il est capable de tout. De faire rire, d’être touchant au plus haut point, de pouvoir changer de registre quand bon lui semble. Et surtout d’avoir une présence, un charisme hors du commun si bien que l’acteur ne fait qu’occuper l’écran à lui tout seul, même quand il se retrouve en présence d’autres comédiens de renommée (Françoise Fabian, Diane Kruger, Reda Kateb…) sur le coup bien secondaires et vite oubliables. Un César du Meilleur acteur amplement mérité !

Mais ce que Les Garçons et Guillaume, à table ! dévoile avant toute chose, c’est le génie de cet homme pour la mise en scène. Rien qu’au niveau du scénario : au lieu d’adapter bêtement son spectacle, Guillaume Gallienne livre une mise en abyme du théâtre. Il brise les frontières qui délimitent et empêchent le 6ème et le 7ème art de se côtoyer pleinement. Cela, Gallienne y arrive non pas en faisant un film sur sa vie, mais en réalisant un long-métrage sur le spectacle qui raconte sa vie. Le film démarre donc par une entrée en scène du « héros », comme tout spectacle qui se respecte, et narre son passé devant une foule de spectateurs invisibles, dissimulés par l’obscurité du théâtre, et qui vont sortir de l’ombre peu à peu quant Gallienne s’ouvre, se dévoile aux yeux de tous. Un parallèle entre le spectacle et le récit qui est également marqué par certaines images qui pourraient bien venir de l’imagination des spectateurs face au conteur qu’est Gallienne : le public admirant le comédien imiter sa mère explique pourquoi ce dernier joue le rôle de celle-ci : Gallienne semble s’adresser au spectateur du film alors qu’il est en pleine séance chez le psy… Des prouesses de mise en scène qui renforce le côté comique du film, offrant par moment une once de poésie via des plans visuellement beaux à contempler (le ralenti où Guillaume tombe dans la piscine, par exemple).

Vous l’aurez compris, Les Garçons et Guillaume, à table ! n’est pas une banale adaptation d’une œuvre théâtrale sur grand écran. Il s’agit du premier film à marier habilement ces deux arts que sont le théâtre et le cinéma avec une habilité exemplaire. Qui révèle un nouveau grand nom en tant que comédien et réalisateur en la personne de Guillaume Gallienne. Si le film peut paraître un peu longuet voire monotone à certains moments, il n’en reste pas moins un véritable bijou de la comédie française, aussi bien sur le plan du divertissement que de l’objet artistique diablement travaillé et maîtrisé comme il se doit !

Les Garçons et Guillaume, à table ! : Bande-annonce

Fiche technique – Les Garçons et Guillaume, à table !

France, Belgique – 2013
Réalisation : Guillaume Gallienne
Scénario : Guillaume Gallienne, Claude Mathieu et Nicolas Vassiliev, d’après le one-man-show de Guillaume Gallienne
Interprétation : Guillaume Gallienne (Guillaume / la mère de Guillaume), André Marcon (le père de Guillaume), Françoise Fabian (Babou), Nanou Garica (Paqui), Renaud Cestre (le frère de Guillaume aux cheveux bouclés), Pierre Derenne (le frère de Guillaume aux cheveux raides), Carol Brenner (la tante polyglote de Guillaume), Brigitte Catillon (la tante de Guillaume venant d’Amérique)…
Date de sortie : 20 novembre 2013
Durée : 1h27
Genre : Comédie dramatique
Image : Glynn Speeckaert
Décors : Sylvie Olive
Costumes : Olivier Beriot
Montage : Valérie Deseine
Musique : Marie-Jeanne Serero
Budget : 7.86 M€
Producteurs : Edouard Weil, Cyril Colbeau-Justin et Jean-Baptiste Dupont
Productions : Gaumont, LGM Productions et Rectangle Productions
Distributeur : Gaumont Distribution

Le Cœur a ses raisons : Critique de la série

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A première vue, Le Cœur a ses raisons a l’allure d’une parodie hilarante des soaps américains, tels Les Feux de l’amour ou Amour, gloire et beauté : générique dans le vent, gros plans sur les chandeliers ou les bouquets de fleurs fournis, lumières chatoyantes, décors en carton pâte, montage grossier, flash-back incessants et vaporeux, sur-jeu et expressions faciales volontairement exagérées… Oui, nous sommes bien dans l’univers du soap, celui qui ravit les ménagères et certaines de nos grands-mères…

Synopsis : à la mort du patriarche, les deux héritiers de la famille Montgomery, les jumeaux Brett et Brad, se déchirent pour prendre le contrôle de l’empire familial. Amours, passions, trahisons, meurtres et complots rythment le quotidien des habitants de Saint-Andrews…

Un bon anti-dépresseur hivernal

« Le cœur a ses raisons » selon Pascal, mais l’absurde a aussi ses vertus. Surtout au pays des caribous.

La série joue surtout du comique de répétition : quiproquos, jeux de mots, double sens, rebondissements ahurissants, répliques désormais cultes grâce au talent de son auteur Marc Brunet, alliant le potache, le coquin voire le salace. Petite mise en ambiance :

– Brett à Criquette (S1, ép.1) : « Quelque chose semble vous tracasser, ma douce. Ne soyez pas timide, je suis médecin. Est-ce un problème d’ordre féminin ? Souffrez-vous de “crampes de dame” ? Ou peut-être de “démangeaisons de la demoiselle”, mieux connues sous le nom de “éveil du volcan tranquille” ?… »

– Brett à Criquette, lors de l’émission « Beauté et Adversité » (S2, ép.27):« La vérité doit triompher, le peuple doit savoir que nous ne faisons plus l’amour depuis des heures ! Le prophète de mon pantalon ne commande plus à son peuple de pénétrer votre terre promise. »

– Criquette à Madge (S3, ép.28) :« Douce Madge, vous êtes beaucoup plus qu’une domestique dévouée… vous êtes aussi le sosie d’un bulldog en dépressurisation… et c’est un compliment.

Si les répliques du Cœur a ses raisons mériteraient à elles seules une petite anthologie, ce comique grotesque voire frappadingue, qui n’est pas sans évoquer l’univers des Nuls, des ZAZ, ou encore celui de La Classe Américaine (1993), se voit renforcé par une galerie de personnages plus déjantés les uns que les autres, et deux acteurs principaux fabuleux, jouant plusieurs rôles simultanés. Bien-entendu Marc Labrèche et Anne Dorval (que l’on a l’occasion de découvrir ici dans un registre bien plus léger que l’univers dramatique qu’elle abordera plus tard avec Xavier Dolan, dont l’excellent et tout récent Mommy) forment ce duo culte du petit écran : le premier interprète Brett, l’aîné des Montgomery, médecin et gynécologue, fiancé de Criquette ; Brad, son frère jumeau moustachu, play-boy milliardaire et cupide, époux de l’impitoyable Becky Walters (Pascale Bussières) ; mais aussi Brenda, ou plutôt « Brendaaaah », mannequin internationale au charme ravageur, fiancée de Bo Bellingsworthhhh (Stéphane Rousseau) ; puis en fin de série, le grand-père Clifford Montgomery, ancien joueur de maracas. Anne Dorval, c’est à la fois Criquette Rockwell, bourgeoise hyper guindée aux tenues improbables vivant dans un manoir luxueux, businesswoman multi-facettes, mais surtout hystérique notoire, et Ashley, sa sœur jumelle particulièrement niaise, infirmière diplômée d’État, aux formes plus que généreuses, amoureuse de Peter (James Hyndman), puis de son « spectre d’amour ». A ces deux acteurs principaux fabuleux, s’ajoutent une héritière milliardaire aux lèvres siliconées et intoxiquée au botox, Crystale Bouvier-Montgomery (Sophie Faucher), mère amnésique et peu aimante de Brett, Brad et Brenda ; une bonne, Madge  (Michèle Deslauriers) parfois confidente, mais plus souvent plante verte, souffre-douleur et projectile occasionnel; un bellâtre télévisuel Ridge Taylor (Pierre Brassard), présentateur du JT  « Info Action 24 barre oblique 7 », déficient érectile, fiancé à la jolie potiche Megan (Macha Grenon), mais toujours à la conquête de Criquette ; Britany Jenkins (Elise Guilbault), 72e meilleure détective privée de Saint-Andrews, ex-fiancée de Brad et acrobate émérite ; un spécialiste des crises conjugales, le Révérend MacDougall (Jean-Michel Anctil), ceinture noire de karaté ; Lewis (Patrice Coquereau), maître d’hôtel au Royal Coconut Grill Club, ami des Montgomery, qui a le sentiment d’avoir raté sa vie ; sans oublier le petit DougDoug, possédé par le démon…  Ah, il est sûr que tout ce beau petit monde a dû s’éclater sur le tournage !

Néanmoins, Le cœur a ses raisons ne peut se résumer à un simple enchaînement de gags : il y a une histoire à suivre. Malgré une baisse de régime en seconde saison, une troisième moyenne, et certaines scènes frôlant parfois la lourdeur, la série parvient à conserver son ton frais et hilarant. Elle s’approprie son histoire et forge son propre genre: un texte voguant entre absurdité et non-sens, des épisodes s’enchaînant sans perdre le rythme, mais surtout des personnages caricaturaux entraînés dans des péripéties délirantes. Ainsi, vous assisterez au « Télethon des enfants pouilleux de Saint-Andrews », au voyage humanitaire de Brett en Afrique pour aider (ou humilier, c’est selon) « le petit Boubou » ; vous assisterez à l’émission « Au secours vous êtes laide » ou encore au « Naël » (au mois d’avril) chez les Montgomery… Vous rirez à la profusion des « Niiiiiiiiiin » ; vous apprendrez à tricher au scrabble en inventant le WQT (prononcé « Waqueuteuh »), désormais cultissime animal aquatique nocturne ; vous célébrerez les pichets de l’amour …

Le WQT- Le cœur a ses raisons : La cultissime partie de scrable

Mais chut ! De nombreux fous rires, de nombreuses scènes peuvent revenir en tête, mais Le Coeur a ses raisons est une série qui ne se décrit pas, mais qui se regarde et se vit, un peu comme un ovni que l’on verrait passer. Du bon humour québécois, décalé, revigorant et particulièrement addictif. En ces jours raccourcis et de morosité ambiante, il serait louable que la comédie française en mal d’inspiration, retrouve cette légèreté, ce lâcher prise, sur grand et/ou petit écran. En attendant ce sursaut salvateur, enfilons nos charentaises, adoptons ce nouveau remède anti-déprime, éventuellement « broutons-nous l’orifice principal du visage », mais surtout rions de bon cœur !

Fiche technique – Le Cœur a ses raisons :

Scénario, dialogues et mise en scène : Marc Brunet
Conseillers à la scénarisation : Émile Gaudreault et Josée Fortier
Réalisation : Alain Chicoine et Sophie Morasse
Assistante à la réalisation : Chantal Gagnon
Musique originale : Jean St-Jacques
Productrice : Josée Fortier
Producteurs exécutifs : Michel Bissonnette, Paul Dupont-Hébert, André Larin, Vincent Leduc
Société de production : Zone 3

Épisodes :

Première saison (2005)

1) La mort de Doug
2) Le retour d’Ashley
3) Le testament de Doug
4) La mystérieuse Becky
5) L’épidémie de poux à St-Andrews
6) Le terrible secret de Brad
7) À la recherche de Brett
8) La naissance d’un Montgomery
9) La demande en mariage
10) Le rival des Montgomery
11) Criquette en Péril
12) L’assaillant de Criquette démasqué
13) Brett et Criquette face à leur destin

Deuxième saison (2006)

14) L’héritière des Montgomery
15) La déchéance de Criquette
16) La résurrection de Brett
17) Criquette à la rescousse de Saint-Andrews
18) À la recherche de Becky
19) Le secret de Criquette
20) La supercherie de Brad
21) L’ambition de Criquette
22) Attentat à Saint-Andrews
23) L’ange de Saint-Andrews
24) Tragédie aérienne à Saint-Andrews
25) Périple infernal dans le désert
26) Noël chez les Montgomery

Troisième saison (2007)

27) La résurrection des Montgomery
28) Le rapt de Doug Doug
29) Un amour en péril
30) Criquette suspendue entre la vie et la mort
31) L’inattendu retour de Brenda
32) Le mystérieux mystère entourant la mystérieuse maîtresse du mystérieux Brett
33) À la rescousse de Doug Doug
34) À la poursuite de Ridge
35) Pour l’amour de Doug Doug
36) La félicité de Criquette
37) La fabuleuse interview de Megan
38) La malédiction des Montgomery
39) Le somptueux bal des Montgomery

The Search, un film de Michel Hazanavicius : Critique

The Search est un virage radical dans l’œuvre de son auteur et réalisateur Michel Hazanavicius, ce touche-à-tout plutôt brillant qui s’est lancé, avec pas mal de succès, plusieurs défis depuis le début de sa carrière. Il revient, trois ans après son explosif succès mondial (The Artist), s’attaquer, de nouveau, à un genre canonique : le film de guerre.

Synopsis : Les destins de quatre personnes concernées par la seconde guerre de Tchétchénie en 1999 qui vont être amenés à se croiser. Les protagonistes sont un soldat Russe enrôlé, un orphelin Tchétchène, sa grande sœur à sa recherche et une militante des droits de l’homme.

La Terre Outragée

Et ce, après avoir revisité (et parodié) le film d’espionnage (le diptyque OSS 117), et rendu un hommage devenu planétaire au film muet (The Artist). Il y a chez Hazanavicius cette manière d’être à la fois fidèle à ses modèles tout en les transgressant. Ici, il se lance un défi qui le dépasse un peu en adaptant, de manière éclatée, le film Anges Masqués (1948). Et oui, The Search est un remake. Hazanavicius en déplace l’intrigue en pleine (seconde) guerre de Tchétchénie en 1999, en multiplie et entrecroise les protagonistes; mais le but reste : « the search », soit une recherche effrénée. Avant d’entrer au cœur du film, on peut déjà regretter deux choses : que ce récit, très fort voire brutal, ne soit pas moins manichéen, entre les gentils qui sont très sûrs d’eux et les méchants vraiment méchants (avec un discours qui dit : la guerre c’est mal !). De plus, Hazanavicius enfonce des portes très ouvertes, et veut, à travers le rôle de Bérénice Béjo (Carole, une responsables des Droits de l’Homme), dénoncer.  Mais ses constats sont trop simplistes ! On a du mal à croire aux récits où tout est soit blanc, soit noir et où le regard perdu d’un enfant a pour seul objectif de nous tirer des larmes. Pourtant, le film de Michel Hazanavicius n’est pas raté, loin de là Car l’enfant n’est pas le seul enjeu du film, fort heureusement. Le réalisateur garde ses atouts : la mise en scène, la direction d’acteurs et la force des choses simples qu’il met face à nous.

L’enfant aux yeux gris

Le film s’ouvre par une image un peu sale, pas celle d’une caméra professionnelle mais celle d’un caméscope. Une voix d’homme, qu’on ne peut encore identifier, nous décrit le pays dans lequel il est : « un putain de pays », en guerre, dévasté. On arrive après la bataille nous dit-il. Avec sa caméra, il nous emmène là où il y a du monde. Des soldats qu’il croise et qui le saluent. Ces soldats-là sont russes et vont nous montrer en quelques instants en quoi cette guerre, loin d’être une opération anti-terroriste comme le vendait la Russie à l’époque, est une vraie guerre avec des victimes civiles innocentes. Brute, sans rien nous épargner, parce que c’est son regard, l’homme qui filme, en riant, regarde un couple Tchétchène se faire tuer de plusieurs balles. A leurs côtés, une jeune fille hurle, pleure, ils ne la tuent pas. Soudain, on entend les pleurs d’un bébé, et toujours cette jeune fille qui crie « non, non, non ». Mais c’est déjà trop tard, un soldat s’avance vers la maison, la jeune fille disparaît.

La caméra s’arrête brusquement. Ne reste que le noir. Cette scène, on va la revoir filmée par la caméra de Michel Hazanavicius et à travers le regard apeuré d’un petit garçon qu’on veut ériger en héros de ce film mais qui n’est là, bien qu’il joue merveilleusement bien, que pour donner une conscience soudaine à une occidentale qui, pas loin de là, œuvre difficilement pour les droits de l’homme. Cette femme-là, c’est Bérénice Béjo qui écoute, note et se fait traduire des récits de guerre pour tenter de convaincre des autorités sclérosées qu’ici, un massacre a lieu. Son point de vue, et celui du film, est cantonné là, dans cette bourgade où s’accumulent les réfugiés d’une guerre qui ne dit pas son nom.

Elle est un peu lassée, surtout que sa famille ne veut rien voir, ne pense qu’à faire la fête. Carole n’y croit plus, mais agit, comme un automate, jusqu’au jour où elle croise un petit garçon aux grands yeux tristes. De fil en aiguille, elle découvre son égoïsme passé, en élevant ce gamin – devenu muet – à coup de monologues et de biens gros bons sentiments. Face à elle, elle trouve une autre femme, qui s’occupe, elle aussi d’enfants. Son discours à elle est plein de mépris pour Carole, pour les autres, ceux qui, selon elle, « ne font rien ». Son discours, c’est, en gros : la diplomatie est inutile, mieux vaut sauver un enfant que n’en sauver aucun. Voilà pour la partie « bons sentiments », qui offre quelques belles scènes, bien que trop longues entre l’enfant et Carole. Mais cette Carole, interprétée tant bien que mal par Bérénice Béjo, agace par ses dialogues pleins d’une candeur naïve. On ne comprend pas bien pourquoi elle ne cesse de dire tout ce que l’on voit. Le paroxysme étant son discours devant l’ONU, quand elle tente de convaincre une assemblée de vieux pontes endormis que c’est une guerre. Certes, elle est là pour dénoncer, mais les grandes et belles images du film le faisaient très bien sans elle. Car les vrais protagonistes, ceux qui valent plus la peine, de ce film ce ne sont pas, contrairement à ce qu’on lit, elle et lui (l’occidentale et l’enfant tchétchène) mais deux autres « elle et lui » (la sœur du petit garçon et un soldat – malgré lui- russe).

Une guerre sans paix

Ce film est aussi un croisement. Au début du film, on a laissé, toute hurlante de douleur non physique mais psychologique, une jeune fille en proie au désarroi après la mort, sous ses yeux, de ses parents. On la retrouve quelques temps plus tard, après la marche de son frère, qui s’est réfugié dans l’appartement de Carole. Elle ne sait rien, contrairement à nous, de ce que sont devenus ses deux frères (vous savez le bébé qui pleure au début et le petit garçon aux yeux gris). C’est alors que commence sa recherche. Elle va aller, marcher, résister à la peur, au froid, à la faim, à la tristesse pour retrouver ce qui lui reste : deux petits amours, deux enfants, des frères. L’ampleur du film, son rythme tient dans l’enchaînement premier de ces trois destins. Elle cherche, cherche, cherche et nous hante, le réalisateur parvient à créer une véritable tension autour de ce destin très romanesque par rapport au ton du film.  Mais le film est avant tout une boucle. Nous devons alors retracer cette chronologie éclatée, et trouver qui filmait au début. Voilà que l’on rencontre un jeune homme qui vit à plus de 1 200 km du conflit. Il va être embrigadé de force dans l’armée pour avoir été pris en train de fumer un peu de drogue. Son destin à lui est une épopée sanglante, il est le vrai versant de la guerre, le plus nuancé des personnages. Il se présente d’abord comme un résistant, une victime avant de devenir un être assoiffé de violence. Le regard que nous avons alors sur la guerre, à travers ces deux figures, et surtout de celle de notre soldat de 19 ans est atroce, osons le mot. La nature humaine nous est là livrée, sans nuance le plus souvent et sans lyrisme – n’est pas Malick qui veut. C’est un récit qui bousille, qui ne nous épargne rien. Voilà pourquoi les récits que récolte Carole, son regard niais, sa fausse tristesse ne nous intéressent pas à l’image de Charlotte Gainsbourg écoutant les discours horribles des sans-papiers venus la rencontrer dans Samba… Elles ne sont que des faire-valoir bien-pensants et les images de guerre, qui collent à la boue, nous renseignent d’autant plus sur ce conflit, cette destruction massive. On ressort du film bouleversé avec l’impression d’avoir été pris en otage entre des bons sentiments et un récit d’ampleur sanglant et tristement, salement même, réaliste. Putain de guerre…

Fiche technique : The Search

France – 2014
Date de sortie : 26 novembre 2014
Réalisateur : Michel Hazanavicius
Interprètes : Bérénice Béjo (Carole), Annette Bening (Helen), Abdul Khalim Mamutsiev (Hadji), Zukhra Duishvili (Raïssa), Maksim Emelyanov (Kolia)
Scénario : Michel Hazavanicius
Photographie : Guillaume Schiffman
Production : Thomas Langmann – Sociétés de production : La Petite Reine, Warner Bros
Montage :  Anne-Sophie Bion et Michel Hazanavicius

Spring Breakers, un film de Harmony Korine : Critique

Spring Breakers, un trip halluciné plus malin qu’il n’y parait

Synopsis : Candy, Faith, Brit et Cotty sont amies depuis la maternelle. Les quatre jeunes filles, lassées de leur vie monotone à l’université, voudraient aller en Floride pour leur Spring Break. N’ayant pas d’argent, trois d’entre elles décident de braquer un fast-food et d’utiliser cet argent pour partir en vacances. La fête sera cependant de courte durée car elles se font arrêter lors d’une soirée où se consomme de la cocaïne mais, « heureusement » pour elles, « Alien », un rappeur très célèbre (et aussi trafiquant de drogue), paye leur caution et les prend sous son aile. La descente aux enfers commence et rien ne sera plus jamais comme avant…

À quoi le spectateur peut-il s’attendre de la part d’un film qui leur propose clairement de se rincer l’œil, en mettant en avant quatre actrices issues du Club Mickey, quasiment nues, avec seulement un bikini comme habit pour ne pas frôler les limites du tabou ? Que pouvait donc attendre du public Harmony Korine en lui livrant un tel film ? Que les gens s’y précipitent ? Quoiqu’il en soit, le réalisateur a su jouer avec les fantasmes de certains pour offrir à l’assistance un trip halluciné bien plus malin que sur le papier.

De base, en allant voir un tel film, il ne fallait pas s’attendre à des monts et merveilles du côté des répliques. Ces dernières auraient pu être tout simplement clichées et lourdes, comme dans tout teen movie qui se respecte. Au final, elles se montrent bien plus simples, voire même très recherchées, tels les discours à connotation philosophique du personnage d’Alien. Mais dans tous les cas, peu importe, étant donné que Spring Breakers peut être pris comme un long-métrage muet. Le film de Korine se montre, en effet, peu bavard, préférant raconter son histoire par le biais des images et de la bande son. Pour raconter le destin de quatre jeunes filles parties s’éclater pour finalement se retrouver à la dérive ? Non, plutôt pour montrer à quel point l’image du rêve américain a pris une tournure tout à fait différente. Le paradis serait donc de sauter les fesses à l’air sur la plage, avec des inconnus, buvant, couchant avec des inconnus et se droguant sans cesse ? De pouvoir y aller malgré ce qu’il en coûte (les héroïnes vont tout de même jusqu’à braquer un fast-food) ? D’aller jusqu’à menacer et tuer des gens à l’arme à feu parce que ne pas rentrer à la maison, de peur de retrouver le train train quotidien, c’est le pied ? Une nouvelle vision violente et sans limite de la mentalité américaine qu’offre le cinéaste aux spectateurs.

Le long-métrage se présente comme une sorte de clip (les premières minutes du film annoncent la couleur), qui se permet un montage faisant côtoyer plusieurs séquences en parallèle, sous les airs d’une BO envoûtante et de voix-off. Le tout affichant des jeux de lumière agréables à regarder : le film passe de l’obscurité de la nuit à la clarté du jour en un clin d’oeil, en passant par des couleurs flashy qui peuvent faire rappeler l’univers visuel de Tron : l’Héritage. Une sorte de rêve ahurissant retranscrit sous nos yeux, qui n’oublie pas pour autant la violence de son propos qu’il est censé critiquer, en mettant en valeur les séquences pour public averti par des gros plans et des ralentis. Le film va même jusqu’à utiliser le bruitage d’une détonation d’arme à feu, concernant la plupart des transitions, pour rappeler que ce spectacle s’apparente bien plus à un cauchemar. Un exemple pour résumer tout cela ? La scène où Alien reprend au piano « Everytime » de Britney Spears, tandis que le spectateur assiste à tout un déballage d’attaques à mains armées orchestrées par les protagonistes, le tout filmé au ralenti pour donner un charme visuel indiscutable, mais aussi pour mettre en valeur cette violence qui entoure notre quotidien, sans aucune censure. La mise en scène de l’ensemble est travaillée, cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Un véritable trip hallucinogène, mêmes si certains n’y verront qu’un film aux séquences répétitives, à la fin bâclée (le générique intervient de manière brutale), et à quelques longueurs qu’ils jugeront incompréhensibles.

Autre point majeur : les actrices s’en sortent convenablement. Avec des comédiennes venant du milieu tant enfantin de Disney (notamment en ce qui concerne Vanessa Hudgens et Selena Gomez), le pire était à craindre pour un tel projet. Surtout si ces dernières doivent se rouler des pelles, se déhancher, casser leur image de petites filles adorables. Un pari que Miley Cyrus n’aurait pas pu réussir à une certaine époque, par exemple. Mais en fin de compte, il ne faut jamais se fier aux a priori ! Après avoir vu Vanessa Hudgens, Selena Gomez (la plus sage de la bande), Rachel Korine et Ashley Benson s’éclater de la sorte, il y a de quoi être surpris par leur prestation. Le quatuor se lâche comme rarement, même si Gomez semble un peu à l’écart (est-ce le rôle qui veut cela ?). Mais même si elles nous bluffent, c’est plutôt James Franco qui impressionne le plus. Il faut le voir, l’ancien Harry Osborn de la trilogie Spider-Man signée par Sam Raimi, s’investir corps et âme dans le rôle d’Alien, arborer un tel accoutrement (coiffure, maquillage…) qui lui permet de se confondre aisément dans son rôle. Avec cette prestation, le comédien prouve qu’il est l’un des meilleurs interprètes de sa génération. Et il est donc conseillé de voir ce film pour s’en rendre compte.

Il aura fait parler de lui via son affiche et son propos. Spring Breakers se présente pourtant comme un véritable film, et non un pur produit d’érotisme comme le laissait présager la promo. Violence, sexe, drogue et adolescence racontés dans un déballage très propre d’images et de musiques envoûtantes. Comme si le « no limit » des personnages faisait plus rêver que cauchemarder. Un trip auquel il faut tout de même s’accrocher pour pleinement l’apprécier !

Spring Breakers : Bande-annonce

Fiche technique – Spring Breakers

États-Unis – 2012
Réalisation : Harmony Korine
Scénario : Harmony Korine
Interprétation : James Franco (« Alien »), Vanessa Hudgens (Candy), Selena Gomez (Faith), Ashley Benson (Brit), Rachel Korine (Cotty), Heather Morris (Bess), Justin Wheelon (Matt), Emma Holzer (Heather)…
Date de sortie : 6 mars 2013
Durée : 1h32
Genre : Drame
Image : Benoît Debie
Décors : Almitra Corey
Costumes : Heidi Bivens
Montage : Douglas Crise
Musique : Cliff Martinez et Skrillex
Budget : 2 M$
Producteurs : David Zander, Chris Hanley, Charles-Marie Anthonioz et Jordan Gertner
Productions : Muse Productions, O’ Salvation, Radar Pictures, Division Films et Iconoclast
Distributeur : Mars Distribution

Réveil dans la terreur, un film de Ted Kotcheff – Critique

Wake in Fright aurait pu ne plus jamais retrouver le chemin des salles obscures. Alors que le film, sorti en 1971, n’avait jamais fait l’objet d’un portage VHS ou DVD, hormis une version de mauvaise qualité rebaptisée Savane ( ! ), des recherches furent lancées pour retrouver le négatif original.

Synopsis : John Grant, un jeune instituteur, fait escale dans une petite ville minière de Bundayabba avant de partir en vacances à Sydney. Le soir, il joue son argent et se soûle. Ce qui devait être l’affaire d’une nuit s’étend sur plusieurs jours…

Un week-end en enfer

Pendant plus de deux décennies, des spécialistes ont fouillé dans tous les recoins de l’Australie sans succès. Finalement, les précieuses bobines furent retrouvées en 2007 à…Pittsburgh, dans une caisse marquée (selon la légende) « à détruire ». Le film eut ainsi droit à une remise à neuf, et une copie toute propre qui ressort enfin en salle. L’occasion de découvrir un chef d’œuvre venu de l’autre bout du monde.

Cruels au soleil

Réveil dans la terreur fut présenté au festival de Cannes en 1971 en même temps qu’un autre film Australien, Walkabout (ou La Randonnée) de Nicolas Roeg. Tous deux repartirent bredouilles, malgré leurs qualités indéniables. Le premier est tout de même bien moins hermétique que le second, sorte de trip méditatif dans le grand Outback, rythmé par les didgeridoos locaux. Moins hermétique, certes, mais pas forcément plus grand public. Réveil dans la terreur a gagné ses galons de film le plus terrifiant d’Australie, et aurait laissé Martin Scorsese « sans voix ». Dans les faits, le film est surtout une plongée dans le quotidien brutal de ses petites villes coupées du monde, dans lesquelles les hommes tuent le temps comme ils le peuvent, et souvent à grandes goulées d’alcool.

On est très loin de la vision un peu romancée de l’aventurier Australien telle que présentée dans Crocodile Dundee, par exemple. En fait, le film de Ted Kotcheff se rapprocherait plus d’un Délivrance à la sauce Australienne, dans lequel un professeur propre sur lui se retrouve bien malgré lui embarqué dans une virée infernale faite de bière, de jeux d’argent, de bière, de chasse nocturne, et de propositions indécentes. Toute la sauvagerie humaine se déploie le temps d’un week-end, sous un soleil de plomb, la photographie de Brian West retranscrivant magnifiquement ces étendues brûlées dans lesquelles le sable vous dessèche la gorge. Le temps d’une nuit, aussi, dans une scène qui risque de faire tiquer plus d’un amoureux de la cause animale.

Brigitte va pas être contente

Comme c’était le cas dans Walkabout, les scènes de chasse sont en effet d’autant plus réalistes qu’elles ne sont pas simulées. Ainsi, la façon locale de chasser le kangourou apparaît dans toute sa brutalité, comme pour mieux dénoncer les conditions sauvages dans lesquelles les habitants traquent cet animal en voie de disparition. La mise en scène de Kotcheff est crue, sans fioritures, suivant au plus près ses personnages dans un style assez proche du western. Il faut dire que le bonhomme s’y connaît pour filmer la sauvagerie qui sommeille en chacun de nous, lui qui allait se faire connaître dix ans plus tard en mettant en scène le premier Rambo. Et, dans le genre sauvage, Réveil dans la terreur se pose là.

Le film ne donne pas vraiment une bonne image de l’Australie, mais on ne peut pas l’accuser de romancer les choses. Lorsque le film fut projeté au pays, et qu’un journaliste lui demanda s’il n’exagérait pas un peu les situations, plusieurs locaux répondirent que le film aurait pu être tourné dans leur jardin. Il aura fallu plus de quarante ans pour enfin avoir la possibilité de voir ce chef d’œuvre de barbarie sur grand écran. Mais Réveil dans la terreur vaut l’attente. Si la violence sourde dont il se fait le témoin risque de ne pas plaire à tout le monde, le film de Kotcheff reste un monument du genre, et on ne peut que remercier la providence de nous avoir permis de le retrouver enfin.

Fiche Technique – Réveil dans la terreur

Australie-USA – 1971
Drame
Réalisateur : Ted Kotcheff
Scénariste : Evan Jones, d’après l’oeuvre de Kenneth Cook
Distribution : Gary Bond (John Grant), Donald Pleasance (Doc Tydon) Chips Rafferty (John Crawford), Sylvia Kay (Janette Hynes), Al Thomas (Tim Hynes), Jack Thompson (Dick)
Producteur : George Willoughby
Chef de la photographie : Brian West
Compositeur : John Scott
Monteur : Anthony Buckley
Production : NLT Productions, Groupe W
Distributeur : La Rabbia / Le Pacte

Auteur : Mikael Yung

Planes, un film de Klay Hall : Critique

Synopsis : Dusty Crophopper est un avion épandeur qui n’a qu’un seul rêve : faire de la compétition et voler parmi les avions les plus rapides que le monde ait connu. Malheureusement, Dusty n’est pas taillé pour la compétition et il a le vertige. Mais contre toute attente, il se retrouve sélectionné pour participer le Grand Rallye du Tour du Ciel après les éliminatoires auxquels il a participé. De ce fait, il demande de l’aide à Skipper, un ancien as de l’aéronaval, afin de l’entraîner, de combattre sa peur du vide et de viser le titre de champion du monde de l’avion le plus rapide de la planète..

Planes : Disney se crashe dans le commercial

À l’heure actuelle, Cars 2 reste le Pixar le plus décevant de l’histoire de l’animation. Pourquoi ? Notamment à cause de son aspect purement commercial (plus de personnages histoire de vendre plus de jouets dans les magasins) et son aspect fade, alors que les studios sont notamment connus pour leur originalité et leur poésie (Toy Story 2 et 3 mis à part, étant donné que ces deux opus valent le premier sans hésiter). Néanmoins, la notoriété du premier film auprès du jeune public a eu raison des critiques mitigées, faisant de ce Cars 2 l’un des plus beaux succès au box-office pour Pixar. Et c’est sur ce détail que Walt Disney Pictures et DisneyToon Studios (autre filiale du studio aux grandes oreilles remplaçant sur le coup Pixar), décident de continuer l’aventure avec un spin-off intitulé Planes, centré cette fois-ci sur les avions (comme l’annonce le titre). Nouveau produit commercial ou petite pépite à rajouter aux chefs-d’œuvre de l’oncle Walt ?

Il faut savoir qu’initialement, Planes ne devait même pas débarquer dans les salles de cinéma. En effet, il était prévu que ce long-métrage bénéficie d’une sortie directe dans les bacs (DVD et Blu-ray). Une fois cela en tête, tous les défauts de Planes paraissent évidents. À commencer par son aspect visuel, qui semble venir d’une époque passée, celle où l’animation ne faisait que débuter. Bon, il faut bien avouer que cette déclaration est plutôt sévère, surtout quand on regarde à quoi ressemblent aujourd’hui le premier Toy Story, Fourmiz ou encore L’Âge de Glace. Pour sûr, en une décennie, l’animation a fait un bon en avant en proposant des textures plus lisses, des couleurs mieux travaillées et des animations moins chaotiques. Malheureusement pour Planes, le travail effectué relève du minimum syndical, tant son univers graphique manque de fluidité (alors que des courses aériennes nécessitaient pourtant le contraire). Et comme Pixar n’est pas en charge du projet, on sent aussitôt le manque d’âme et de poésie qui auraient donné à ce long-métrage un impact moins fade. Rien que pour la comparaison, Cars 2 possédait tout de même un charme visuel certain (rappelez-vous les passages lumineux et colorés à Tokyo). Là, nous nous retrouvons plutôt avec un épisode de Cars Toon, c’est pour dire !

Autre gros point faible de Planes : son scénario. Autant dire que les personnes chargées de l’écriture n’ont pas été bien loin pour livrer le script final. En effet, ils ont repris le concept de Cars (enchaînement de courses durant lesquelles le personnage principal va évoluer petit-à-petit) en changeant juste la personnalité du héros : à la place d’un Flash McQueen arrogant, fonceur et ivre de célébrité, nous avons un Dusty Crophopper timide, pas sûr de lui et modeste au possible. Rien qu’avec un tel constat, Planes sent le produit commercial à plein nez, qui, comme Cars 2, cumule les personnages secondaires inutiles (ils n’apportent vraiment rien à l’histoire) et clichés (exemple du Mexicain qui ne pense qu’à faire la fiesta). Planes se présente ainsi aux adultes, notamment ce qui fuient Cars et son univers, comme un film d’animation mille fois vu et hautement ennuyeux.

Sinon, le jeune public y trouvera sûrement son compte auprès de ce divertissement, certes hautement classique, mais qui peut se montrer amusant pour les 4-5 ans. Notamment grâce à de petits gags et des personnages qu’ils trouveront sûrement amusants. Même s’il se montre commercial et use fortement de la notoriété de Cars pour attirer les jeunots et forcer les parents à les emmener au cinéma, Planes n’est pas entièrement un piège à pigeons, arrivant à divertir les enfants, comme tout bon film d’animation estampillé Disney. C’est déjà ça, non ?

Mais avec un tel long-métrage, Disney aura bien du mal à crier victoire. Même si la suite est récemment sortie et semble être bien plus appréciée que ce premier opus, Planes fait un peu tâche parmi les récents films d’animation. Surtout que bien plus tard dans l’année, le studio aux grandes oreilles sortait une certaine Reine des Neiges, qui, à l’heure actuelle, a battu bien des records. Même Turbo (de DreamWorks), sorti une semaine après Planes, a bien plus de mérite sur le papier, proposant une aventure classique mais un brin déjantée et véritablement amusante. Enfin… quand il faut faire plaisir aux plus jeunes, difficile de dire non par moment…

Planes – Bande-annonce

Fiche technique – Planes

États-Unis – 2013
Réalisation : Klay Hall
Scénario : John Lasseter, Klay Hall et Jeffrey M. Howard
Doublage : Dane Cook/Fred Testo (Dusty Crophopper), Stacy Keach/Michel Vigné (Skipper), Carlos Alazraqui/Bernard Gabay (El Chupacabra), Danny Mann/Emmanuel Garijo (Sparky), Priyanka Chopra/Leïla Bekhti (Ishani), Brad Garrett/Frantz Confiac (Chug), Teri Hatcher/Marika Duchenay (Dottie), Cedric the Entertainer/Pascal Casanova (Leadbottom)…
Date de sortie : 9 octobre 2013
Durée : 1h32
Genre : Film d’animation
Directeur artistique : Ryan L. Carlson
Animation : Ethan Hurd et Scott Seeto
Montage : Jeremy Milton
Musique : Mark Mancina
Budget : 50 M$
Producteurs : Tracy Balthazor-Flynn, John Lasseter, Tony Cosanella et Kip Lewis
Productions : Walt Disney Pictures, DisneyToon Studios et Prana Studios
Distributeur : The Walt Disney Company France