Le Cœur a ses raisons : Critique de la série

A première vue, Le Cœur a ses raisons a l’allure d’une parodie hilarante des soaps américains, tels Les Feux de l’amour ou Amour, gloire et beauté : générique dans le vent, gros plans sur les chandeliers ou les bouquets de fleurs fournis, lumières chatoyantes, décors en carton pâte, montage grossier, flash-back incessants et vaporeux, sur-jeu et expressions faciales volontairement exagérées… Oui, nous sommes bien dans l’univers du soap, celui qui ravit les ménagères et certaines de nos grands-mères…

Synopsis : à la mort du patriarche, les deux héritiers de la famille Montgomery, les jumeaux Brett et Brad, se déchirent pour prendre le contrôle de l’empire familial. Amours, passions, trahisons, meurtres et complots rythment le quotidien des habitants de Saint-Andrews…

Un bon anti-dépresseur hivernal

« Le cœur a ses raisons » selon Pascal, mais l’absurde a aussi ses vertus. Surtout au pays des caribous.

La série joue surtout du comique de répétition : quiproquos, jeux de mots, double sens, rebondissements ahurissants, répliques désormais cultes grâce au talent de son auteur Marc Brunet, alliant le potache, le coquin voire le salace. Petite mise en ambiance :

– Brett à Criquette (S1, ép.1) : « Quelque chose semble vous tracasser, ma douce. Ne soyez pas timide, je suis médecin. Est-ce un problème d’ordre féminin ? Souffrez-vous de “crampes de dame” ? Ou peut-être de “démangeaisons de la demoiselle”, mieux connues sous le nom de “éveil du volcan tranquille” ?… »

– Brett à Criquette, lors de l’émission « Beauté et Adversité » (S2, ép.27):« La vérité doit triompher, le peuple doit savoir que nous ne faisons plus l’amour depuis des heures ! Le prophète de mon pantalon ne commande plus à son peuple de pénétrer votre terre promise. »

– Criquette à Madge (S3, ép.28) :« Douce Madge, vous êtes beaucoup plus qu’une domestique dévouée… vous êtes aussi le sosie d’un bulldog en dépressurisation… et c’est un compliment.

Si les répliques du Cœur a ses raisons mériteraient à elles seules une petite anthologie, ce comique grotesque voire frappadingue, qui n’est pas sans évoquer l’univers des Nuls, des ZAZ, ou encore celui de La Classe Américaine (1993), se voit renforcé par une galerie de personnages plus déjantés les uns que les autres, et deux acteurs principaux fabuleux, jouant plusieurs rôles simultanés. Bien-entendu Marc Labrèche et Anne Dorval (que l’on a l’occasion de découvrir ici dans un registre bien plus léger que l’univers dramatique qu’elle abordera plus tard avec Xavier Dolan, dont l’excellent et tout récent Mommy) forment ce duo culte du petit écran : le premier interprète Brett, l’aîné des Montgomery, médecin et gynécologue, fiancé de Criquette ; Brad, son frère jumeau moustachu, play-boy milliardaire et cupide, époux de l’impitoyable Becky Walters (Pascale Bussières) ; mais aussi Brenda, ou plutôt « Brendaaaah », mannequin internationale au charme ravageur, fiancée de Bo Bellingsworthhhh (Stéphane Rousseau) ; puis en fin de série, le grand-père Clifford Montgomery, ancien joueur de maracas. Anne Dorval, c’est à la fois Criquette Rockwell, bourgeoise hyper guindée aux tenues improbables vivant dans un manoir luxueux, businesswoman multi-facettes, mais surtout hystérique notoire, et Ashley, sa sœur jumelle particulièrement niaise, infirmière diplômée d’État, aux formes plus que généreuses, amoureuse de Peter (James Hyndman), puis de son « spectre d’amour ». A ces deux acteurs principaux fabuleux, s’ajoutent une héritière milliardaire aux lèvres siliconées et intoxiquée au botox, Crystale Bouvier-Montgomery (Sophie Faucher), mère amnésique et peu aimante de Brett, Brad et Brenda ; une bonne, Madge  (Michèle Deslauriers) parfois confidente, mais plus souvent plante verte, souffre-douleur et projectile occasionnel; un bellâtre télévisuel Ridge Taylor (Pierre Brassard), présentateur du JT  « Info Action 24 barre oblique 7 », déficient érectile, fiancé à la jolie potiche Megan (Macha Grenon), mais toujours à la conquête de Criquette ; Britany Jenkins (Elise Guilbault), 72e meilleure détective privée de Saint-Andrews, ex-fiancée de Brad et acrobate émérite ; un spécialiste des crises conjugales, le Révérend MacDougall (Jean-Michel Anctil), ceinture noire de karaté ; Lewis (Patrice Coquereau), maître d’hôtel au Royal Coconut Grill Club, ami des Montgomery, qui a le sentiment d’avoir raté sa vie ; sans oublier le petit DougDoug, possédé par le démon…  Ah, il est sûr que tout ce beau petit monde a dû s’éclater sur le tournage !

Néanmoins, Le cœur a ses raisons ne peut se résumer à un simple enchaînement de gags : il y a une histoire à suivre. Malgré une baisse de régime en seconde saison, une troisième moyenne, et certaines scènes frôlant parfois la lourdeur, la série parvient à conserver son ton frais et hilarant. Elle s’approprie son histoire et forge son propre genre: un texte voguant entre absurdité et non-sens, des épisodes s’enchaînant sans perdre le rythme, mais surtout des personnages caricaturaux entraînés dans des péripéties délirantes. Ainsi, vous assisterez au « Télethon des enfants pouilleux de Saint-Andrews », au voyage humanitaire de Brett en Afrique pour aider (ou humilier, c’est selon) « le petit Boubou » ; vous assisterez à l’émission « Au secours vous êtes laide » ou encore au « Naël » (au mois d’avril) chez les Montgomery… Vous rirez à la profusion des « Niiiiiiiiiin » ; vous apprendrez à tricher au scrabble en inventant le WQT (prononcé « Waqueuteuh »), désormais cultissime animal aquatique nocturne ; vous célébrerez les pichets de l’amour …

Le WQT- Le cœur a ses raisons : La cultissime partie de scrable

Mais chut ! De nombreux fous rires, de nombreuses scènes peuvent revenir en tête, mais Le Coeur a ses raisons est une série qui ne se décrit pas, mais qui se regarde et se vit, un peu comme un ovni que l’on verrait passer. Du bon humour québécois, décalé, revigorant et particulièrement addictif. En ces jours raccourcis et de morosité ambiante, il serait louable que la comédie française en mal d’inspiration, retrouve cette légèreté, ce lâcher prise, sur grand et/ou petit écran. En attendant ce sursaut salvateur, enfilons nos charentaises, adoptons ce nouveau remède anti-déprime, éventuellement « broutons-nous l’orifice principal du visage », mais surtout rions de bon cœur !

Fiche technique – Le Cœur a ses raisons :

Scénario, dialogues et mise en scène : Marc Brunet
Conseillers à la scénarisation : Émile Gaudreault et Josée Fortier
Réalisation : Alain Chicoine et Sophie Morasse
Assistante à la réalisation : Chantal Gagnon
Musique originale : Jean St-Jacques
Productrice : Josée Fortier
Producteurs exécutifs : Michel Bissonnette, Paul Dupont-Hébert, André Larin, Vincent Leduc
Société de production : Zone 3

Épisodes :

Première saison (2005)

1) La mort de Doug
2) Le retour d’Ashley
3) Le testament de Doug
4) La mystérieuse Becky
5) L’épidémie de poux à St-Andrews
6) Le terrible secret de Brad
7) À la recherche de Brett
8) La naissance d’un Montgomery
9) La demande en mariage
10) Le rival des Montgomery
11) Criquette en Péril
12) L’assaillant de Criquette démasqué
13) Brett et Criquette face à leur destin

Deuxième saison (2006)

14) L’héritière des Montgomery
15) La déchéance de Criquette
16) La résurrection de Brett
17) Criquette à la rescousse de Saint-Andrews
18) À la recherche de Becky
19) Le secret de Criquette
20) La supercherie de Brad
21) L’ambition de Criquette
22) Attentat à Saint-Andrews
23) L’ange de Saint-Andrews
24) Tragédie aérienne à Saint-Andrews
25) Périple infernal dans le désert
26) Noël chez les Montgomery

Troisième saison (2007)

27) La résurrection des Montgomery
28) Le rapt de Doug Doug
29) Un amour en péril
30) Criquette suspendue entre la vie et la mort
31) L’inattendu retour de Brenda
32) Le mystérieux mystère entourant la mystérieuse maîtresse du mystérieux Brett
33) À la rescousse de Doug Doug
34) À la poursuite de Ridge
35) Pour l’amour de Doug Doug
36) La félicité de Criquette
37) La fabuleuse interview de Megan
38) La malédiction des Montgomery
39) Le somptueux bal des Montgomery

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