La musique de film a souvent pour mission d’accompagner le changement. Ces trois sorties du 15 avril lui demandent plutôt de l’incarner.
Que ce soit le piano instable et multidirectionnel de Gogo Penguin dans l’intime comédie dramatique de Nakache et Toledano, les résonances graves et interminables de Stephen McKeon dans la relecture horrifique de La Momie, ou le chaos assumé et anti-numérique de Geoff Zanelli chez Gore Verbinski, chaque partition refuse l’illustration évidente pour devenir le moteur même de la métamorphose des personnages.
Frédéric Alvarez a relevé le défi impossible : composer la musique d’un cinéaste qui passait sa vie à brûler ses propres rushes. Entre clavecin fantôme, saxophone mélancolique et violoncelle intime, la bande originale de L’Œuvre invisible donne une existence sonore aux films qu’Alexandre Trannoy n’a jamais achevés.
Pour la bande originale de Project Hail Mary, Daniel Pemberton a banni les synthétiseurs et construit un univers sonore à partir de matériaux élémentaires. Un robinet enregistré avec iPhone, des steel drums arrachés aux Caraïbes, un cristal baschet que personne ne connaît, seize personnes créant des rythmes avec leurs corps à Abbey Road. Chaque matériau isolé sonne terrestre et familier. Combinés dans la partition, ils génèrent quelque chose qui n'existait dans aucun d'eux : l'étrangeté cosmique de Project Hail Mary. Phil Lord et Christopher Miller appellent ça Hope Core. Pemberton en a fait la preuve qu'un cosmos peut naître d'une cuisine.
Wim Wenders a toujours apporté un soin particulier à ses bandes sonores, la musique suintant littéralement à travers tous les pores de ses films. DJ à ses heures perdues, réalisateur de clips vidéos, marié un temps à l'actrice et chanteuse rock Ronee Blackley, on pourrait ainsi énumérer de nombreux épisodes de sa vie démontrant la relation passionnée qu'il entretient avec la musique.
Trois ans après la sortie de son premier EP, le groupe pop franco-allemand Lefkes, revient avec Le Temps des ronces, une comète débarquée sur la planète Terre pour raconter l'amour, la séparation, la foi aussi en un monde plus beau ensemble, sans oublier qu' "un seul être vous manque et tout est dépeuplé".
Infinite Granite marque un tournant dans la carrière de Deafheaven. Un virage qu’on sentait venir et qui s’avère être d’une grande beauté. Une nouvelle carrière pour le groupe, ou une simple parenthèse. Qui sait.
La réputation d'Ennio Morricone n'est plus à faire : chacune de ses mélodies est une histoire parallèle, un contrepoint sonore à l'image. Dans Il était une fois en Amérique des thèmes discrets ponctuent, jalonnent et rendent riches de sens, les grands moments de l'intrigue. Retour sur une musique wagnérienne qui a su devenir ponctuation emphatique et colorer une des plus grandes fresques de l'histoire du cinéma
Dès le mois de mai 2017, on apprenait que The Young Pope, auréolé de succès, allait accoucher d'une suite, The New Pope. La série qui bouleverse les codes figés du Vatican et donne une nouvelle dimension à la fonction et à l'autorité papales, a désormais une date arrêtée concernant sa diffusion à la télévision : ce sera le 13 janvier 2020. Pourquoi ne pas s'imprégner, de nouveau, de la playlist officielle du premier volet de la série ? The Young Pope offre un choix éclectique suavement transcendant.
"La reconnaissance pas uniquement symbolique est également un sujet : Cannes est le plus gros festival de films au monde… et le seul événement de cette envergure à n’avoir pas de prix pour la musique de film !", déclare Jean-Noël Tronc dans l'interview accordée à notre mag à l'occasion du festival de Cannes où la Sacem accompagne les compositeurs de musiques de films.
Sous la houlette de The Omega Productions Records, un label français éditeur de bandes-originales de films, c'est tout un pan du cinéma français qui va ressurgir de l'abime puisque l'accent est porté sur le cinéma de genre post-2000. L'occasion pour eux de sortir dès le 24 avril prochain, et en édition limitée, les BO des films Martyrs et Ghostland d'un fervent adepte du genre en France : Pascal Laugier.
Et c'est la fin de notre cycle en musique ! Quoi de mieux pour clore qu'en plongeant dans les meilleures scènes de comédies musicales. Que seraient ces films sans leurs séquences emblématiques ? Alors, c'est parti en musique pour ces moments hors du temps et de la réalité que nous sommes nombreux à connaître par cœur.
À travers un trait simple et des mots d’une précision désarmante, "La Garde" racontent un système de santé en tension permanente. Entre conquêtes passées et fragilités présentes, c’est toute une vision du soin qui se dévoile.
Dans les plis du temps, entre deux fractures intimes, "Jusqu’à la nuit tombée" explore les états d'âme d’un homme qui cherche à comprendre et à réparer, quitte à s’égarer.
Dans "Les Voyageurs de la Porte Dorée", paru aux éditions Delcourt, Flore Talamon et Bruno Loth inventent un dispositif narratif aussi simple qu’efficace : faire parler les objets pour redonner chair à l’histoire des migrations. Une traversée sensible, entre transmission et introspection, où le passé s’invite dans le présent avec une étonnante justesse.
Avec "l’Encyclopédie des patrimoines de l’Amérique française", le patrimoine est une matière vivante, mouvante, où se croisent mémoire, langue, paysages, techniques, rites, saveurs ou encore combats collectifs. Ce livre foisonnant, paru aux PUR, constitue surtout une manière très juste de rappeler qu’une civilisation se conçoit autant dans ses vieilles pierres que dans ses chansons, ses noms de lieux ou sa manière de faire lever une pâte et mûrir un fromage.