Musique

BO 15 avril 2026 : Juste une illusion, Le Réveil de la Momie, Good Luck, Have Fun, Don’t Die

La musique de film a souvent pour mission d’accompagner le changement. Ces trois sorties du 15 avril lui demandent plutôt de l’incarner. Que ce soit le piano instable et multidirectionnel de Gogo Penguin dans l’intime comédie dramatique de Nakache et Toledano, les résonances graves et interminables de Stephen McKeon dans la relecture horrifique de La Momie, ou le chaos assumé et anti-numérique de Geoff Zanelli chez Gore Verbinski, chaque partition refuse l’illustration évidente pour devenir le moteur même de la métamorphose des personnages.

Clavecin, saxophone et pellicule calcinée : la musique hantée de Frédéric Alvarez pour Alexandre Trannoy

Frédéric Alvarez a relevé le défi impossible : composer la musique d’un cinéaste qui passait sa vie à brûler ses propres rushes. Entre clavecin fantôme, saxophone mélancolique et violoncelle intime, la bande originale de L’Œuvre invisible donne une existence sonore aux films qu’Alexandre Trannoy n’a jamais achevés.

Daniel Pemberton enregistre un robinet avec son iPhone et crée la bande originale cosmique de Project Hail Mary

Pour la bande originale de Project Hail Mary, Daniel Pemberton a banni les synthétiseurs et construit un univers sonore à partir de matériaux élémentaires. Un robinet enregistré avec iPhone, des steel drums arrachés aux Caraïbes, un cristal baschet que personne ne connaît, seize personnes créant des rythmes avec leurs corps à Abbey Road. Chaque matériau isolé sonne terrestre et familier. Combinés dans la partition, ils génèrent quelque chose qui n'existait dans aucun d'eux : l'étrangeté cosmique de Project Hail Mary. Phil Lord et Christopher Miller appellent ça Hope Core. Pemberton en a fait la preuve qu'un cosmos peut naître d'une cuisine.

Le Silence en Musique : Quand le Vide Devient Son

Un pianiste monte sur scène, ouvre la partition, s'assoit au piano. Il ne joue pas. Le public attend. Une minute passe, puis deux, puis trois. Aucune note ne sort. Nous sommes le 29 août 1952, au Maverick Concert Hall de Woodstock. L'œuvre que David Tudor vient de ne pas jouer s'appelle 4'33". Son compositeur, John Cage, a écrit une partition sans une seule note. Juste trois mouvements marqués "TACET" — silence, en latin. Depuis cette soirée, le silence n'est plus l'absence de musique. Miles Davis en fait un instrument dans le jazz, Arvo Pärt une structure dans le minimalisme. Le cinéma l'utilise pour amplifier la tension (*No Country for Old Men*, *A Quiet Place*). Aujourd'hui, dans l'ère du streaming continu, le silence se raréfie. Mais il reste ce qui permet au son d'exister vraiment. De Cage à Instagram, du concert à l'écran, retour sur un siècle de silences qui font de la musique ou qui la révèlent.

BO : Un Parfait Inconnu, Wolf Man, Flight Risk

Timothée Chalamet réinterprète Bob Dylan en live, Benjamin Wallfisch compose l'horreur orchestrale, Antonio Pinto sculpte le silence. Trois films, trois approches musicales : folk authentique, symphonie dissonante, minimalisme anxiogène. Les BO de la semaine décryptées.

Dissonance Musicale : 3 Artistes qui ont Révolutionné le Son (Monk, Ligeti, Meshuggah)

25 prises ratées pour un morceau de Monk. Un vol musical par Kubrick. Des milliers de batteurs vaincus par 4 minutes de métal. La dissonance expliquée par ceux qui l'ont maîtrisée.

Invincible : structure mélodique au lazer

"Invincible", le dernier album de Michael Jackson est une réussite sur plusieurs plans, malgré des convenances évidentes. Évocation infantile, lyrisme, adrénaline, chocs puissants, électriques, etc. Voici une analyse de l'œuvre morceaux par morceaux.

Barbara Barbara, we face a shining future : sculpture au laser

Peu de gens le savent, mais Underworld a, depuis leur hymne " Born Slippy ", titre fédérateur de l’époque dancefloor des années 90, produit ce qui se fait de mieux dans l’electronica britannique. Leur avant-dernier album, " Barbara, Barbara, we face a shining future " se place sans difficulté dans le meilleur de leur production discographique. Mix harmonique dans un appareillage inspiré : l’album opère des formules élégantes, façon haute couture, avec ses synthés évanescents, ses pulsations douces et stimulantes et ses beats qui savent prendre leur temps sans jamais tomber dans la cacophonie éprouvante

Beetlejuice Beetlejuice : une bande originale entre classiques et nouveautés

Avec Beetlejuice Beetlejuice, Tim Burton nous replonge dans son univers décalé et gothique. Portée par Danny Elfman, la bande originale mêle orchestration captivante et morceaux cultes, de la disco des Bee Gees aux ballades de Donna Summer. Un festin musical à ne pas manquer !

Symphonies Urbaines : Marco Beltrami et la Musique de The Killer (2024)

En 2024, John Woo réinvente son chef-d'œuvre The Killer, accompagné par une partition musicale somptueuse de Marco Beltrami. Beltrami tisse une tapisserie sonore organique, une sève fractale qui explore chaque recoin des émotions humaines, décomposant et recomposant sans cesse la trame narrative. Nietzsche disait que « Sans la musique, la vie serait une erreur » — ici, la musique pulse une partition en clair-obscur, devenant la matrice filmique qui donne vie à l'univers de John Woo.

Tōru Takemitsu : la quête d’un langage universel

Les influences de Tōru Takemitsu sont très variées. Il a, tout au long de sa vie de compositeur, tenté d'allier tous les sons qui lui parvenaient en une fusion que l'on pourrait qualifier de cosmique. L'humanisme, le silence, la nature et l'art étaient parmi ses sources d'inspiration les plus précieuses.

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