Interview de Lucas Stoll pour son film Breaking-Bad : The Movie

À l’occasion du fulgurant succès de Breaking-Bad : The Movie, Lucas Stoll, jeune réalisateur tout terrain, nous a raconté comment ce projet hors du commun a pu voir le jour. Retour sur les débuts prometteurs de cet artiste éclectique…

I/ L’éclatant projet : Breaking-Bad : The Movie

« On voulait que le film puisse exister en tant que tel »

Tu as travaillé avec Gaylor Morestin, d’où vous est venu ce projet de transformer la série Breaking Bad en un film de deux heures ?

Lucas Stoll : Alors qu’on se voyait un soir, Gaylor me parle de son concept : « Ça me ferait marrer de voir à quoi ressemblerait une série si elle était remontée sous forme de long-métrage ». Étant fans de la première heure de Breaking Bad tous les deux, je lui ai tout de suite répondu : « Et si on commençait demain  avec cette série ?! ».
C’est comme cela que le projet est né.

Quelle est votre première intention ? Est-ce pour vous une simple volonté de résumer Breaking Bad ?

Lucas Stoll : Au contraire. Le but n’était pas de faire un mash-up ou un regroupement de tous les meilleurs moments de la série. On voulait que le film puisse exister en tant que tel, et que des personnes n’ayant jamais vu la série puissent comprendre les intentions scénaristiques du long-métrage de A à Z.

Quelles ont été vos démarches et sur quels aspects avez-vous voulu insister ?

Lucas Stoll : On s’est vite rendu compte qu’il nous faudrait faire des choix décisifs pour pouvoir tenir un film de 2h. « Breaking Bad – The Movie » raconte donc l’histoire de Walter ; et Jesse, qui au final est aussi important que lui dans la série, a dû passer un peu plus à la trappe dans notre film.

Comment qualifierais-tu ce projet ?

Lucas Stoll : Pour nous il s’agit avant tout d’un essai. C’est le concept qui nous a séduit dans cette démarche.

Quelles ont été les difficultés ?

Lucas Stoll : Elles ont été scénaristiques tout d’abord. Il a fallu par moment grâce au montage réécrire certains passages de la série dans le film, car on ne pouvait pas s’étendre sur des moments secondaires. Et puis le projet nous a demandé énormément de patience. Il y a eu en tout 12 versions différentes pour arriver jusqu’à la toute dernière.

Il a dû y avoir encore entre 4 et 6 mois de travail entre notre version 1 et la version 2. On a voulu « livrer » un film le plus cohérent et compréhensible possible même si, bien sûr, il n’est pas parfait, on en a bien conscience.

Quelles conclusions en tirez-vous?

Lucas Stoll : Que c’est long. Très long. Et qu’on est très heureux d’avoir enlevé tous les passages ennuyeux de Skyler dans la série.

« Puis en une semaine, le projet a fait le tour des médias du monde entier. »

Walter White, personnage culte des années 2010, incarne-t-il pour toi une sorte d’anti-héros ?

Lucas Stoll : La différence entre une série de 50h et un film de 2h, c’est que la personnalité et le back-ground de vos personnages sont bien entendu moins développés dans un film. C’est aussi cela que l’on voulait montrer.

Plusieurs personnes nous ont reprochés un Walter White limite « trop clean » et, effectivement, c’est presque un bisounours dans notre adaptation comparé à la série. Mais c’était impossible d’en montrer plus sur sa personnalité tout en faisant avancer l’intrigue.

Ce projet a duré deux ans, vous êtes-vous dit à un certain moment que le défi serait finalement irréalisable ?

Lucas Stoll : Au tout début du projet, on s’est remis à regarder toute la série avec Gaylor, papier et crayons en mains, afin d’annoter tout ce qui pouvait être pertinent pour notre projet. A la fin de la première saison, on a commencé à dérusher et à faire un prémontage de ces premiers épisodes. Ça nous a pris moins d’une semaine et on était super content. On pensait qu’on arriverait à finir le film en 3 mois top chrono. Mais plus on avançait dans les saisons, plus c’est devenu difficile.

En deux ans, on s’est effectivement dit plus d’une fois qu’on s’était lancé un pari impossible. Mais vu qu’on n’est pas du genre à baisser les bras, on a continué à s’encourager à tour de rôle quand l’un de nous avait un peu une baisse de régime.

Comment le film a-t-il été reçu ? Avez-vous eu des retours de Vince Gilligan ou des acteurs ?

Lucas Stoll : On a eu la chance d’avoir un très bel article dans Clique, qui a ensuite été relayé dans plusieurs médias français. On était très content avec Gaylor. Puis en une semaine, le projet a fait le tour des médias du monde entier. On ne s’y attendait pas du tout, mais on est ravi.

Pour des questions de droits, Sony a actuellement bloqué le projet. Ce qui est compréhensible. Mais on serait honoré de recevoir un retour (même négatif!) de Vince Gilligan ou de la part des comédiens.

II/ Qui est Lucas Stoll ?

« Je suis un enfant de la pop culture »

Peux-tu nous expliquer ton parcours ?

Lucas Stoll : Originaire d’Alsace, c’est à 12 ans, en piquant le caméscope de mon oncle, que j’ai commencé à tourner des courts-métrages, d’abord avec mes playmobils, puis avec de la famille, et de fil en aiguille, c’est un forgeant que je suis devenu forgeron et que j’ai eu l’occasion de rejoindre des tournages de plus en plus importants dans la région.

Pourquoi la réalisation ?

Lucas Stoll : Ce dont j’ai le plus envie, c’est avant tout de raconter des histoires et de créer des univers.

Quelles sont tes inspirations (cinématographiques, artistiques…)?

Lucas Stoll : Le cinéma français a son lot de metteurs en scène assez incroyables, ayant chacun leur propre univers. C’est ce qui me touche le plus dans un film. Je pourrai citer Tati, Jacques Demy, le cinéma de Jeunet & Caro, Quentin Dupieux, Valérie Donzelli,…

Peux-tu nous parler de tes réalisations jusqu’à maintenant ?

Lucas Stoll : J’ai eu la chance de pouvoir réaliser des choses très éclectiques, allant du court-métrage au clip, en passant par le web ou encore la publicité.

Je ne cherche pas à rester dans un seul genre bien précis, au contraire, c’est la diversité des projets qui m’intéresse. C’est pour cela qu’on s’est lancé dans un projet tel que Breaking Bad avec Gaylor, et je suis actuellement en préparation de mon premier documentaire.

« Je ne cherche pas à rester dans un seul genre bien précis, au contraire, c’est la diversité des projets qui m’intéresse. »

Comment qualifierais-tu ton travail ?

Lucas Stoll : Je suis un enfant de la pop culture, qui a grandi avec le cinéma des studios Amblin et qui rêve d’aventure. Je pense que c’est ce que j’essaye de retranscrire au maximum dans mes réalisations.

Travailles-tu actuellement sur un nouveau projet ?

Lucas Stoll : Plusieurs projets assez différents sont en préparations et d’autres actuellement en post-production.

Un clip que j’ai co-réalisé avec Alexis Bambi, animateur 2D/3D, va bientôt voir le jour. C’est un petit bébé que l’on chéri depuis plusieurs mois et qui devrait débarquer dans les semaines à venir sur l’internet.

C’est par le biais d’un travail très éclectique, que le jeune réalisateur tout terrain se dessine un avenir prometteur dans l’industrie cinématographique. Lucas Stoll n’a véritablement pas fini de nous surprendre…

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Smash Palace : au pays de la casse

Dans une casse automobile perdue en Nouvelle-Zélande, un ex-pilote confond amour et possession jusqu'à traiter sa fille comme un trophée. Son couple se déchire, son garage déborde de carcasses, et le paysage tout entier se referme sur lui comme un piège dont personne ne ressort.
Megane Bouron
Megane Bouronhttps://www.lemagducine.fr/
Obnubilée par le cinéma indépendant, je passe la plupart de mon temps à rechercher de nouvelles pépites cinématographiques. De la psychose en passant par la tristesse pour arriver aux éclats de rire, tous les états d’âme sont bons pour apprécier à sa juste valeur un film… Si je devais n’en choisir qu’un ? Mr. Nobody de Jaco Van Dormael (2010).

Evil Dead Burn : Rencontre avec Sébastien Vaniček et Florent Bernard

Comment deux Français se sont-ils approprié l'une des sagas d'horreur les plus iconiques d'Hollywood ? Sébastien Vaniček et Florent Bernard reviennent sur la genèse de "Evil Dead Burn", ses partis pris narratifs et techniques, et la place qu'il occupe dans une franchise qui avance, plus que jamais, à tâtons.

Entretien avec Victoria Verseau sur « Trans Memoria »

Dans cet entretien, la réalisatrice Victoria Verseau revient sur "Trans Memoria", un film intime et sensoriel où mémoire, deuil et transition se mêlent. Elle y évoque Meril, son amie disparue, la construction du film, la présence d’Athena et Aamina, et la manière dont son geste artistique interroge identité, survivance et transformation.

Rencontre avec Tudor Giurgiu pour « Libertate »

Dans "Libertate", le cinéaste Tudor Giurgiu revient sur un épisode oublié de la Révolution roumaine de 1989 : des centaines de prisonniers enfermés dans une piscine à Sibiu. Entre manipulation médiatique, violence d'État et quête de liberté, le film interroge notre rapport à l’Histoire.