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Une Femme du monde de Cécile Ducrocq

Après la comédie romantique Antoinette dans Les Cévennes qui lui a valu un César, Laure Calamy change de registre et incarne une prostituée dans Une Femme du monde, premier long-métrage de Cécile Ducrocq. C’est le cri d’espoir et de détresse d’une mère célibataire, qui, dépassée par la violente crise d’adolescence de son fils, mène sa vie comme un radeau perdu. Un personnage vibrant d’énergie et de fragilité auquel l’actrice prête sa fantaisie déjantée.

Pour ce premier long-métrage, Cécile Ducrocq offre à son actrice fétiche le rôle d’une femme libre de ses choix, fière de son corps et de son activité de travailleuse du sexe. Héroïne des temps modernes vibrante d’énergie et de fragilité, Marie fait face à de lourdes difficultés financières, doit gérer la crise d’adolescence de son jeune fils Adrien (le débutant Nissim Renard) et tente par tous les moyens de le raisonner afin qu’il parvienne enfin à trouver sa voie professionnelle. 

Dépouillée de tout ornement futile, la mise en scène se repose sur les frêles épaules de Laure Calamy qui mène la danse de bout en bout. Dans son imperméable doré, elle arpente les trottoirs de Strasbourg à la recherche de potentiels clients, multiplie les passes pour sortir de sa galère et payer à son fils expulsé du lycée les frais d’inscription d’une école privée hors de prix. Hélas, ce dernier reste sourd aux sacrifices altruistes de sa mère ; Adrien rejette catégoriquement l’idée de devenir adulte et se complaît dans une paresse nonchalante et désillusionnée. Tributaire de cette carrière toute tracée qu’elle vit par procuration, Marie renonce finalement à son activité indépendante et décide de traverser la frontière. Elle atterrit dans un night-club allemand baptisé « l’Altromondo », sorte de palais des mirages en vase clos, de caverne aux merveilles contemporaine peuplée d’une clientèle sordide ou ingrate qui vient payer pour consommer. Là, Marie se heurte aux rivalités entre la maquerelle (Diana Korudzhiyska) qui tient les comptes et ses pouliches pulpeuses, toutes bien déterminées elles aussi à gravir les échelons sous la lumière flashy des néons de l’Altromondo. 

Si la protagoniste d’Une Femme du monde revendique le droit de louer, de vendre son corps pour gagner sa vie honnêtement, la réalisatrice ne cherche pas à glamouriser la condition de courtisane moderne. Sans porter de jugement, elle décrit toutefois avec justesse la mécanique embarrassante des échanges qui précédent l’acte sexuel programmé, les étapes du basculement précipité de la relation intime vers le rapport tarifé. 

Au delà de l’intonation linéaire de Calamy et des quelques maladresses du premier film (en effet, dans la première moitié, le dispositif semble tourner en rond comme dans une cellule, rendant l’intrigue approximative et sa résolution vraiment bâclée), Une Femme du monde séduit par son traitement réaliste de l’affrontement générationnel et l’hypotypose minutieuse d’une relation conflictuelle entre une mère dépassée par les événements et son fils renfrogné. Après une violente dispute, vient le temps de la réconciliation, l’occasion de laisser une nouvelle chance au dialogue. Surgissent alors ces fragments d’incertitude, ces moments de flottement, lorsque les personnages se retrouvent subitement confrontés à des choix déterminants, chantant leur optimisme et leur espoir sur Vancouver de Véronique Sanson.

Le film s’achève d’ailleurs sur la très belle image d’une femme libérée de ses responsabilités maternelles ; à force de persévérance bienveillante, Marie a atteint ses ambitions personnelles à travers la réussite sociale de son fils.

Sévan Lesaffre

Une Femme du monde – Bande-annonce

Synopsis : À Strasbourg où elle se prostitue depuis vingt ans, Marie a son bout de trottoir, ses habitués, sa liberté et Adrien, son fils âgé de 17 ans. Pour assurer son avenir et lui payer des études, elle doit gagner de l’argent rapidement.

Une Femme du monde – Fiche technique

Réalisation et scénario : Cécile Ducrocq
Avec : Laure Calamy, Nissim Renard, Béatrice Facquer, Romain Brau, Valentina Papic, Sam Louwyck, Diana Korudzhiyska, Amlan Larcher, Mélissa Guers, Leonarda Guinzburg, Kim Humbrecht, Maxence Tual, Sarah Ouazana, Mahir Fekih-Slimane, Marie Schoenbock, Philippe Koa…
Production : Stéphanie Bermann, Alexis Dulguerian
Photographie : Noé Bach
Montage : Sophie Reine
Décors : Catherine Cosme
Costumes : Ariane Daurat
Musique : Julié Roué
Distributeur : Tandem
Durée : 1h34
Genre : Drame
Sortie : 8 décembre 2021

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3

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