Festival de Cannes 2022 : The Stranger de Thomas M. Wright

Polar australien tout droit sorti des abysses de véritables faits réels, The Stranger détonne par son intelligence et son découpage méditatif sur la noirceur de l’âme. Un deuxième long-métrage plutôt impressionnant pour un réalisateur qui mérite toute notre attention.

La première ligne directrice où le film souhaite nous conduire, c’est l’ambiance avec laquelle nous allons cohabiter. Un judicieux mélange entre Twin Peaks et Blade Runner donne comme résultat une certaine oppression aérienne qui se balade entre routes et montagnes, huis clos et non-dits. L’atmosphère est telle qu’elle s’abreuve de chacune de nos respirations, nous forçant à suivre Mark, l’un des personnages principaux dans une série d’inspirations qui deviendra une sorte de mantra pour un homme qui chasse le mal jusque dans ses poumons.

L’histoire démarre sur une banale rencontre entre deux hommes, Henry et Mark. Aux premiers abords, il ne s’agit que d’un homme, pris sous l’aile du deuxième dans ce qui semble être une chance d’expier tous les pêchés grâce à de petites missions castées sous forme d’honneur entre malfrats. Jour après jour, une confiance s’installe et une amitié (parfois embarrassante) s’engraine dans un scénario fignolé de sorte qu’une multitude de questions soient posées.

Petit à petit, le climat s’embourbe dans les profondeurs de leur relation, entre cauchemars et appréhension pour un Mark qui domine son poulain dans une armure de grand gaillard qui en impose. Pourtant un sac de doutes l’habite jusque dans les recoins du sanctuaire familial, où prudence et intimité sont les maîtres-mots. L’éventualité d’un fiasco sur l’objectif premier de cette camaraderie l’oblige à redoubler d’efforts pour éviter la faille sous l’amas de confiance qu’il a créé, soit le jeu dangereux d’un flic infiltré mais une petite pièce sur le grand échiquier de l’Australie occidentale.

La posture de la cigogne

Ce méli-mélo sous forme de poker se dévoile dans un procédé en poupée russe, démantelant un à un les éléments du passé, des débuts au pourquoi d’une rencontre pas si hasardeuse que ça. Henry, petit chiot plein d’insouciance n’est autre que l’accusé principal d’une affaire de disparition d’enfant vieille de huit ans. De là, tout s’éclaire, de l’ombre à la lumière, nos questions trouvent des réponses, et notre pitié antérieure pour un être candide devient source de colère face au mal.

Mark devient instantanément l’élément clé de l’histoire, où son courage et sa retenue sur une fraternité avec l’assassin d’un enfant est à saluer. Dur de constater les conséquences d’une claustration à son propre domicile en présence de son fils, pas plus jeune que le gamin mutilé du rapport ou encore les attouchements scabreux d’Henry après une dure journée de labeur.

Les enjeux sont élevés et malgré l’importante mise en scène, la réussite de la tâche reste incertaine. Au final, jusqu’où peut-on aller pour coffrer le suspect n°1 ?

C’est ce que semble penser Thomas M. Wright qui a de quoi mettre le spectateur dans une position d’incertitudes tant son déroulement se fait crescendo. Et bien que quelques imperfections se glissent ici et là, l’oeuvre est audacieuse et permet au cinéma oserais-je dire de genre, de s’accoupler davantage avec celui du thriller.

Le film, The Stranger de Thomas M Wright, est présenté dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2022.

Bande annonce :

The stranger : fiche technique

  • Titre original : The Stranger
  • Réalisation et scénario : Thomas M. Wright
  • Musique : Oliver Coates
  • Direction artistique : David Ockenden
  • Distribution : Sean Harris, Joel Edgerton, Ewen Leslie,…
  • Décors : Leah Popple
  • Costumes : Marriot Kerr
  • Montage : Simon Njoo
  • Photographie : Sam Chiplin
  • Production : Iain Canning, Joel Edgerton, Rachel Gardner, Kim Hodgert, Kerry Kohansky-Roberts et Emile Sherman
  • Sociétés de production : Anonymous Content et See-Saw Films
  • Pays de production : Drapeau de l'Australie Australie
  • Format : couleur
  • Genre : drame, policier, thriller
  • Sortie : 2022

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

« L’Odyssée » de Christopher Nolan, un spectaculaire voyage intérieur

On l'attendait depuis trois ans ! "L'Odyssée" débarque cette semaine sur nos écrans. Une épopée mythologique sensationnelle qui redore enfin le blason du péplum. Délaissant le pouvoir des dieux au profit des tourments d'un homme, Ulysse, incarné par Matt Damon, Christopher Nolan représente le retour à Ithaque comme un labyrinthe mental inextricable.

The Last Viking : une bande à part

"The Last Viking" suit deux frères, Mads Mikkelsen et Nikolaj Lie Kaas, dans une forêt danoise où un magot enterré cache surtout de vieux souvenirs. Anders Thomas Jensen y mélange polar et comédie tendre, entre fausse reformation des Beatles et vraie thérapie de groupe.

La chaleur : l’adolescence en mode atone ou l’art de filmer le vide

Faut-il filmer l'ennui pour le faire exister ? Stéphane Demoustier avec son dernier opus "La chaleur" en fait le pari, avec une délicatesse certaine, mais au risque d’engluer son spectateur dans la torpeur même de son héros.

« Vaiana, la légende du bout du monde » n’est pas le pire remake, mais c’est de loin le plus inutile

"Vaiana, La légende du bout du monde" (2026), remake live-action de Disney, déçoit sur toute la ligne. Animation ratée, prestations fades de Dwayne Johnson et Catherine Laga'aia, effets visuels décevants malgré un budget de 250 millions de dollars... un naufrage face à l'excellent film original.

L’Espèce explosive : Alexis Manenti électrise le film braque de Sarah Arnold

Avec "L’Espèce explosive", Sarah Arnold dynamite les codes de la comédie rurale. Un film déglingué, détonant et drôle, tendre et imprévisible, porté par un Alexis Manenti éblouissant de chaos. Un cinéma vigoureux et téméraire !
Charlotte Quenardel
Charlotte Quenardelhttps://www.lemagducine.fr/
Mordue de ciné depuis mes jeunes années, allant de The Thing à Moulin Rouge, Lost Highway ou encore To Have and Have Not, je m'investis à nourrir cet hétéroclisme cinématographique en espérant qu'il me nourrisse à son tour. Et peut-être qu'en passant, je peux en happer un ou deux sur ma route. Après tout, comme disait Godard : “Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d’autre chose ? Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout.”

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.