Reims Polar 2024 : The Last Stop in Yuma County, l’espérance du vice

En panne sèche ? Venez déguster la tarte à la rhubarbe de Francis Galluppi en attendant de repartir. The Last Stop In Yuma County possède un large choix d’ingrédients tout droit sortis des seventies pour que l’on passe un bon moment en compagnie d’individus, dont il sera compliqué d’anticiper les actions. Sur ce point, le suspense gagne à être au sommet de ses atouts, car le reste du programme sent parfois le réchauffé.

Synopsis : Un marchand de couteaux itinérant est contraint d’attendre dans un diner (restaurant américain). Il se retrouve pris en otage quand deux braqueurs en cavale débarquent après un hold-up.

Le rêve américain n’a jamais existé et LaRoy, en ouverture de ce Reims Polar, en atteste. Francis Galluppi ne renonce pas entièrement à cette idée, en jouant des codes du western et de huis clos pour nous piéger dans l’attente. Déjà récompensé au Sitges, le cinéaste prouve son habileté dans l’écriture de situations assez cocasses. Si les frères Coen avaient ouvert un diner à l’écran, celui du jeune cinéaste ne serait pas loin d’avoir la même architecture. Il manque toutefois à ce premier long-métrage une meilleure fluidité, car on y confond le temps qui passe et la montée en tension.

Les beaufs, la belle et le trouillard

Un vendeur de couteaux ambulant, une belle serveuse et femme du shérif, deux gangsters en fuite, un opérateur qui vit dans la station avec son chien, un couple chétif qui se revendique Bonnie & ClydeUne myriade de personnages se greffe ainsi de suite au récit et tous échouent dans la seule station-service du coin paumé du comté de Yuma. Chaque groupe semble venir d’un film différent et les références sont assez nombreuses si l’on souhaite jouer la comparaison, mais l’intérêt n’est pas là. Pas d’enquêtes à mener, pas de ripou à démasquer, la personnalité des personnages transparaît à l’écran. Il fallait donc les stimuler un peu pour que l’intrigue vaille le détour, car le spectateur sait pertinemment que le camion-citerne n’arrivera jamais à bon port pour les ravitailler.

La photographie met toutefois ce décor de western à l’honneur, justifiant ainsi l’isolement et la fournaise du désert de l’Arizona. Bien au chaud et sans climatisation, les esprits s’échauffent rapidement, à l’image des Huit Salopards, que l’on tente d’égaler en matière de dialogues pétillants et de huis clos cérébral. On penche cependant vers Sale temps à l’hôtel El Royale, avec les mêmes défauts. Richard Brake est intimidant, Jim Cummings est névrotique et Michael Abbott Jr. est tremblant. Le jeu des comédiens n’est pas la cause et les clichés qu’ils incarnent non plus. Mais la présentation des nouveaux venus et de leurs motivations effacent souvent les enjeux précédents, jusqu’à en perdre le fil rouge. Dans le même mouvement, on repousse l’inévitable impasse mexicaine que l’on redoute.

Jour de paye

Doté d’un cadrage précis et d’un montage qui travaille le hors-champ dans ce lieu pourtant trop serré, c’est dans la spontanéité du jeu et des réflexes que l’humour vient à point nommé. S’il ne fait pas mouche à chaque intervention, il a au moins le mérite de révéler la nature des personnages qui se découvrent être peureux, courageux, maladroits ou complètement barges. À la manière d’une roulette russe, Galluppi a consciencieusement laissé traîner tout un arsenal de Tchekhov qui attend que la prise d’otages dérape pour de bon. La violence est crue et ne manque pas d’efficacité, malgré un épilogue frustrant, qui ne parvient plus à renouveler la magnifique tension du début de film. The Last Stop In Yuma County manque donc d’être à la hauteur de ses ambitions, trop grandes pour que Francis Galluppi puisse contenir tout le gras qui dégouline de son récit. Reste néanmoins une belle surprise qui, s’il transfigure sa mise en scène avec le bon carburant, est prédestinée à accomplir son hold-up. À suivre au prochain arrêt !

The Last Stop In Yuma County : bande-annonce

The Last Stop In Yuma County : fiche technique

Réalisation et Scénario : Francis Galluppi
Production : Matt O’Neill, Atif Malik & Francis Galluppi
Image : Mac Fisken
Montage : Francis Galluppi
Musique : Mathew Compton
Pays de production : États-Unis
Année de production : 2023
Distribution France : The Jokers Films
Genre : Thriller, Policier
Durée : 1h30

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Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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