L’Étrange Festival 2026 : Mum, I’m Alien Pregnant – accouchement du troisième type

Devenir parent est une épreuve. Souvent effrayante, parfois malaisante, toujours imprévisible. Mum, I’m Alien Pregnant pousse cette évidence jusqu’à son point de rupture le plus visqueux. Le duo Thunderlips, formé de Sean Wallace et Jordan Mark Windsor, y filme le corps d’une femme malmené par une grossesse surprise, accélérée par le sperme acide de son voisin, mi-homme mi-extraterrestre. Le pitch tient du sketch potache, ou alors tout droit sortié des scènes coupées de Men In Black, mais les cinéastes s’accrochent à leur concept jusqu’au bout du générique.

Derrière le grotesque assumé se cache en réalité une vraie colonne vertébrale. Le duo utilise la comédie absurde comme scalpel pour ausculter les dysfonctionnements d’un système de santé qui n’écoute jamais vraiment les femmes, qu’elles souhaitent garder leur enfant ou non. Le débat sur l’avortement ressurgit ainsi par à-coup, telles des contractions, porté par un humour bien écrit mais parfois un peu trop théorique pour son propre bien. On sent le sous-texte affleurer en même temps qu’une conscience politique, aussi louable soit-elle, finit par tirer le film vers la démonstration plutôt que vers la pure catharsis comique.

Le tempo en pâtit d’ailleurs par endroits. Certains gags s’étirent, quelques silences traînent un peu trop longtemps pour convaincre pleinement sur le terrain de l’efficacité pure. Le film n’est pourtant jamais raté, mais simplement inégal, comme rattrapé par l’ampleur de son propre engagement. Et c’est sans doute là que Mum, I’m Alien Pregnant trouve sa vraie force. Il ne cherche pas tant à faire rire à tout prix qu’à rendre à la femme enceinte la pleine possession de son corps, quitte à sacrifier quelques punchlines sur l’autel de la thèse.

Et cette thèse, elle avance masquée derrière une pointe de folie et d’inventivité savoureuse. Certes, on frôle parfois la blague pipi-caca, et le film ne dévie jamais de son ton, refusant tout arc dramatique au premier degré. Mais cette obstination devient une force. Thunderlips ne dénonce rien d’autre que les failles d’un milieu médical incapable d’offrir à une femme enceinte la sérénité nécessaire pour mettre au monde un enfant qu’elle ne désire pas forcément, aussi étranger à elle-même qu’un alien. La métaphore est prise au pied de la lettre. Mary (Hannah Lynch), trentenaire qui vit toujours chez sa mère et ne glande rien de la journée sinon mater du hentai cosmique, incarne littéralement ce corps étranger à lui-même, colonisé sans qu’on lui demande son avis.

Si sa grossesse est un accident, elle n’est en tout cas pas beaucoup soutenue par Boo (Arlo Green), ce voisin introverti à la mentalité d’ado qui préfère fuir au galop plutôt qu’assumer. Sans surprise, ce sont les femmes qui tiennent la baraque et les rênes dans ce film où rien ne se déroule comme prévu. Entre Mary et sa mère (Yvette Parsons), protectrice et bavarde à l’excès, avec qui toute barrière d’intimité a sauté depuis longtemps, se noue en creux un autre film, plus tendre, celui d’une réconciliation. Le duo Thunderlips signe finalement une histoire de famille où l’étranger n’est peut-être pas celui qu’on croit, et où le vrai choc culturel se joue moins entre deux espèces qu’entre deux générations de femmes.

Reste un objet bancal et attachant, qui parle de monstruosité et de « l’horreur » d’un accouchement avec un charme certain. Pour les amateurs de bizarrerie, il y a largement assez de latex et de fluides en tout genre pour se réjouir. Pour les autres, il restera au moins cette certitude désarmante. Enfanter, humaine ou extraterrestre, c’est toujours accueillir un peu d’inconnu dans son propre corps.

Ce film est présenté en compétition internationale à l’Étrange Festival 2026.

Mum, I’m Alien Pregnant – bande-annonce

Mum, I’m Alien Pregnant – fiche technique

Réalisation : Thunderlips
Scénario : Jordan Mark Windsor
Interprètes : Hannah Lynch, Yvette Parsons, Arlo Green, Jackie van Beek
Photographie : Bayley Broome-Peake
Montage : Thunderlips
Musique : Dream Chambers
Production : Alix Whittaker, Morgan Leigh Stewart, Ilai Amar
Sociétés de production : Hot Candle Wave, XYZ Films
Pays de production : Nouvelle-Zélande
Durée : 1h35
Genre : Comédie, Horreur

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Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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