Les Œillades 2024 : Dans la cuisine des Nguyen, la délicieuse comédie culinaire de Stéphane Ly-Cuong

Dans la cuisine des Nguyen est une comédie pop multicolore, mâtinée de fantaisie et de féminisme, avec au menu la radieuse énergie de Clotilde Chevalier dans le rôle d’une bosseuse forcenée, qui livre ici une vibrante déclaration d’amour à la comédie musicale. Un premier long-métrage à la fois léger et pétillant signé Stéphane Ly-Cuong, que l’on sent très sincère dans sa volonté de représenter la communauté vietnamienne, trop rare à l’écran en France, et qui donne du baume au cœur.

Yvonne Nguyen, jeune comédienne d’origine vietnamienne interprétée par Clotilde Chevalier, enchaîne les auditions, tentant tant bien que mal de percer dans le milieu de la scène parisienne. Mais, malgré son talent et sa persévérance, son profil atypique l’empêche de décrocher des rôles intéressants et d’asseoir la carrière pailletée dont elle rêve depuis sa plus tendre enfance. La jeune femme retourne alors à sa dure réalité, vivre chez sa vieille mère (l’excellente Anh Tran-Nghia) qui tient un petit restaurant traditionnel en banlieue parisienne.

Né d’un spectacle intitulé « Cabaret jaune citron », dans lequel l’actrice principale incarnait déjà la même Yvonne, bosseuse forcenée s’accrochant à son rêve comme à une bouée de sauvetage, le premier long-métrage de Stéphane Ly-Cuong s’ouvre sur un numéro coloré, truffé de petits détails, rendant hommage aux grands classiques de la comédie musicale de l’âge d’or hollywoodien, du Magicien d’Oz à Grease en passant par West Side Story et Mary Poppins.

Abordant avec humour la double culture et la quête identitaire des enfants d’immigrés, souvent ballotés entre deux recettes difficilement conciliables, le réalisateur célèbre le mélange des genres, se joue des clichés et accueille l’autodérision à bras ouverts pour raconter les affres d’une génération désenchantée, tiraillée entre ses différentes facettes.

Le réalisateur Stéphane Ly-Cuong, présent aux Œillades.

Théâtre de cette relation mère-fille conflictuelle qui est le noyau du film, la cuisine du titre devient le lieu intime des confidences, du partage et de l’amour vache, savoureux décor dont émane une profonde tendresse. En effet, il y a ici une pure joie enfantine et une indéniable capacité à installer une atmosphère tantôt feutrée, tantôt explosive : la caméra de Stéphane Ly-Cuong, généreuse et gourmande, capture les regards, les visages, le grain de la peau aussi, léchant cette galerie de personnages truculents qui trouvent dans l’art total et flamboyant de la comédie musicale, l’expression la plus directe de leurs émotions, le seul véritable remède à leur mélancolie passagère. Ainsi, le réalisateur prend un plaisir ludique à transformer des situations de la vie quotidienne en pétillants mirages comiques. Au risque de donner du carburant à ses détracteurs, Dans la cuisine des Nguyen est en cela un film parisien jusqu’au bout des ongles, légèrement boudiné dans son costume d’auto-parodie en vase clos, jonglant avec les codes narratifs du backstage musical, où l’on chante et danse comme à Broadway dans des bulles enchantées, lesquelles éclatent les unes après les autres, jusqu’à l’euphorie de la performance finale. Mais il s’agit surtout d’une comédie pop à la drôlerie communicative, qui assume pleinement ses représentations stéréotypées, ses nombreux clins d’œil amusés (la prière hilarante à Delphine Seyrig ou encore le caméo de Thomas Jolly en metteur en scène fantasque), son portrait caricatural d’un panier de crabes rempli de casteurs égocentrés et hypocrites qui ne donnent pas leur chance aux débutants, et sa morale un poil prévisible (« chaque recette raconte une histoire unique et les ingrédients ne sont pas interchangeables »). En effet, tout comme Dorothée replonge dans le sépia réconfortant de son Kansas natal, Yvonne Nguyen, elle, choisit d’abandonner son rêve pour retourner aux couleurs éclatantes de ses racines (les nems et le Mékong), réapprendre le plaisir authentique de se nourrir d’un héritage culturel et familial, et goûter avec une curiosité nouvelle à la cuisine de sa mère si touchante. Ne se prenant jamais trop au sérieux, Dans la cuisine des Nguyen est un premier film doux comme un bonbon, tour à tour cruel et tendre, mordant et malicieux, et habité par l’énergie à la fois contagieuse et succulente de Clotilde Chevalier, le genre de reine vietnamienne radieuse comme on n’en croise pas tous les matins au royaume du cinéma français.

Sévan Lesaffre

Dans la cuisine des Nguyen – Bande-annonce

Synopsis : Yvonne Nguyen, jeune femme d’origine vietnamienne, rêve d’une carrière dans la comédie musicale au grand dam de sa mère qui préférerait la voir reprendre son restaurant en banlieue. L’intimité de la cuisine, entre plats familiaux et recettes traditionnelles, leur permettra-t-elle enfin de communiquer, se comprendre et s’accepter ?

Fiche technique

Réalisation et scénario : Stéphane Ly-Cuong
Avec : Clotilde Chevalier, Camille Japy, Thomas Jolly, Leanna Chea, Anh Tran Nghia, Gaël Kamilindi, Linh-Dan Pham
Production : Amélie Quéret
Photographie : Alexandre Icovic
Montage : Tuong-Vi Nguyen-Long
Décors : Caroline Long Nguyen
Costumes : Elsa Depardieu
Musique : Clovis Schneider, Thuy-Nhân Dao
Distributeur : Jour2fête
Durée : 1h35
Genre : Comédie musicale
Sortie : 5 mars 2025

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Festival

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Sévan Lesaffre
Sévan Lesaffrehttps://www.lemagducine.fr/
Titulaire d’un Master 2 en Histoire, esthétique et théorie du cinéma, auteur d’un ouvrage qui concerne l’analyse du corps filmique de Judy Garland, jeune membre du jury du Festival International du Film d'Amiens 2017 présidé par Alexandra Stewart, critique et rédacteur pour CineChronicle.com pendant deux ans, je couvre le festival du film francophone d’Albi « Les Œillades » depuis 2018 et le FIFAM en 2022.

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