Les Œillades 2024 : Le Choix du pianiste de Jacques Otmezguine, Symphonie en Amour majeur

Sixième long-métrage de Jacques Otmezguine projeté en ouverture du festival Les Œillades d’Albi, Le Choix du pianiste met en scène le jeune Oscar Lesage, brillant interprète de l’émouvante partition de François Touraine, grand virtuose du piano au destin ébranlé par les heures sombres de la Shoah. Un drame historique à la fois ample et profond dans lequel le réalisateur de Prunelles Blues raconte en trois périodes éclatées la trajectoire sinueuse et sacrificielle d’un amour scellé à jamais par la musique symphonique.

Sixième long-métrage de Jacques Otmezguine, Le Choix du pianiste narre une grande histoire d’amour sur fond de Seconde Guerre mondiale et de musique classique. Alors qu’il n’a que dix ans, François Touraine tombe sous le charme de Rachel, sa professeure de piano, qui se consacre à faire de lui un grand virtuose. Mais l’éducation bourgeoise de ses parents s’oppose farouchement à ce coup de foudre artistique, qui, selon eux, le conduira à sa perte. Refusant la voie plus convenue que voudrait lui tracer un père autoritaire, le jeune François choisit de cultiver son talent en cachette et intègre le Conservatoire de musique. Hélas, l’Allemagne nazie occupe la France et Rachel, qui est juive, n’est pas épargnée par le conflit. Avec pour seule arme son instrument, François n’a d’autre choix que de trahir ses convictions et sa patrie en partant jouer pour l’ennemi à Berlin, dans le seul but de protéger la femme qu’il aime de la déportation.

le choix du pianiste Jacques Otmezguine critique film
Pia Lagrange, actrice, Jacques Otmezguine, réalisateur, Nelly Kafsky, productrice et Laurence Côte, actrice, présents aux Œillades.

Fragmentant la trame en trois strates enchevêtrées, le réalisateur compose un objet esthétique soigné qui témoigne de sa maîtrise de l’espace-temps et de son intelligence de l’ellipse. Derrière les apparats très codifiés du drame en costumes, Le Choix du pianiste est un film plus charnel que didactique, sans démonstration appuyée, évitant à tout prix la surenchère grandiloquente de la mise en spectacle, pour laisser place à la dramaturgie musicale d’une émotion narrative brute. Grâce à cette approche ophulsienne de la mise en scène, Jacques Otmezguine parvient à personnifier l’époque la plus sombre de notre histoire, à interroger avec nuance le rôle et la condition bouleversés de l’artiste dans cette période particulièrement trouble, et à offrir un formidable éclairage musical sur la vie artistique pendant l’Occupation.

Grand cri d’amour à elle seule, l’œuvre immortelle de Frédéric Chopin résonne ici comme le support tragique de la romance : elle donne corps à l’âme endeuillée de cet instrumentiste fictif (lequel rencontre de vraies figures historiques telles que Karajan, Furtwängler, Cortot ou encore Paré), amoureux désespéré expulsant toute sa douleur dans le lyrisme des concertos. En effet, Touraine, auquel le charismatique Oscar Lesage prête l’humilité de sa silhouette élancée, fait face à un profond mal de vivre. Alors que l’ombre de la haine antisémite a déchiré son cœur et réduit son idylle en cendres, le jeune virtuose est comme un piano froid, brisé, privé de musique, auquel on a arraché les cordes ; il doit apprendre à composer avec la pesante mélodie de l’absence de sa dulcinée (la mystérieuse Pia Lagrange), qu’il tente de combler dans les bras d’une autre jolie jeune femme, Annette (campée par la pétillante Zoé Adjani). De cette union réparatrice qui lui offre une forme de rédemption, naît une seconde Rachel, symbole de leur amour éternel, triomphant de la jalousie collaborationniste incarnée par la sœur de François.

Épousant le mouvement voluptueux de la musique, capturant comme rarement au cinéma la puissance de l’orchestre symphonique, la caméra s’accorde à la pulsation amoureuse de ce triangle kaléidoscopique, et capture l’assombrissement de la lumière à mesure que la guerre fait rage hors champ. Cinéaste accompli, Jacques Otmezguine puise l’essence et le tempo de l’enamourement dans l’attraction des êtres, la cinégénie des comédiens, l’alchimie des corps qui se repèrent, se regardent et s’aimantent mutuellement. Il aime figer les choses, les suspendre, et surtout laisser fermenter les sentiments, comme le souligne notamment ce plan sublime sur le portrait spectral de la professeure, posé là, au bord du piano, dans l’attente du retour de son élève bien aimé. Une ode moderne à la résistance, à la paix et à l’amour, qui doit autant à la minutie de sa reconstitution qu’à la présence théâtrale de ses jeunes interprètes. Sévan Lesaffre

Le Choix du pianiste – Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=sHk8aOStPHU

Synopsis : À l’aube de la Seconde Guerre mondiale, François Touraine, grand virtuose du piano, n’a d’autre choix que de partir jouer en Allemagne pour sauver la femme qu’il aime, sa professeure. Rachel est juive dans une époque qui ne le permet plus… À son retour en France, il n’est plus que l’ombre de lui-même lorsqu’il rencontre Annette. Elle fera un geste incroyable pour lui permettre de remonter sur scène.

Le Choix du pianiste – Fiche technique

Réalisation et scénario : Jacques Otmezguine
Avec : Oscar Lesage, Pia Lagrange, Zoé Adjani, Philippe Torreton, Laurence Côte, André Manoukian, Andréa Ferréol, Nathan Desnyder, Nicolas Vaude, Luc Béraud…
Production : Nelly Kafsky
Photographie : Lubomir Bakchev
Montage : Constance Alexandre
Décors : Denis Renault
Costumes : Edith Vesperini, Stéphane Rollot
Musique : Dimitri Naïditch
Distributeur : Destiny Films
Durée : 1h46
Genre : Drame
Sortie : 29 janvier 2025

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Festival

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Sévan Lesaffre
Sévan Lesaffrehttps://www.lemagducine.fr/
Titulaire d’un Master 2 en Histoire, esthétique et théorie du cinéma, auteur d’un ouvrage qui concerne l’analyse du corps filmique de Judy Garland, jeune membre du jury du Festival International du Film d'Amiens 2017 présidé par Alexandra Stewart, critique et rédacteur pour CineChronicle.com pendant deux ans, je couvre le festival du film francophone d’Albi « Les Œillades » depuis 2018 et le FIFAM en 2022.

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